Articles de philippecachau
Villandry au XVIIIe siècle : l’architecte du marquis de Castellane identifié
Considéré à juste titre comme l’un des grands châteaux Renaissance du Val-de-Loire, Villandry demeure néanmoins largement dans l’état souhaité au XVIIIe siècle par le comte Michel-Ange de Castellane (1703-1782).
Il acquit la seigneurie en 1754 et obtînt son érection en marquisat par Louis XV en 1758. Elle demeura la propriété de la famille jusqu’à la cession par son fils, Esprit-François-Henri, en 1791.
Dès 1755 et jusqu’au début des années 1760, Michel-Ange de Castellane engagea la rénovation complète du château et de ses jardins.
Il procéda ainsi à la création de nouveaux pavillons à l’entrée du domaine, aujourd'hui sur la route à l'entrée de la commune, puis sur l’avant-cour du château, étendue et réaménagée en conséquence. Un vaste logis de communs fut créé à l’est tandis que de nouvelles écuries avec manège et logement pour la domesticité étaient établis à l'ouest.
Le marquis de Castellane compléta le jeu des terrasses du jardin par d'autres, à l’est et au sud. Il aménagea la cascade que l’on voit aujourd’hui ainsi que, au sud du domaine, le grand bassin polylobé disposé au centre des parterres en gazon.
Les célèbres carrés du potager, qui font aujourd’hui la renommée des jardins de Villandry, ont été établis au début du XXe siècle à partir de ceux apparaissant sur le plan cadastral napoléonien de 1808 et suivant les modèles gravés au XVIe siècle par Jacques Androuet du Cerceau dans son célèbre recueil Les plus excellents bastiments de France.
Le marquis mit également les façades du château au goût du jour, soit le style rocaille du moment. Il réaménagea parallèlement l’intégralité des intérieurs afin de leur conférer la modernité, le confort et les commodités appréciées au XVIIIe siècle.
L’escalier Renaissance polygonal hors œuvre de la cour fut démoli et remplacé par le bel escalier rocaille actuel.
Enfin, le château et le parc se virent dotés de pavillons de même style, conformes au goût pittoresque du moment : les pavillons de la terrasse et de l’audience (années 1750).
Tous ces aménagements ont été relatés lors de ma conférence pour la Société archéologique de Touraine, le 12 janvier 2022. On en retrouvera le contenu dans l'article à paraître dans le bulletin 2023 de la Société.
Cette conférence fut surtout l’occasion de dévoiler - enfin - le nom de l’architecte employé par Michel-Ange de Castellane.
Il me fut révélé dans une procuration du marquis datée du 30 juin 1768, conservée dans le fonds du château du Rivau, autre propriété tourangelle de Castellane, déposée aux Archives départementales d’Indre-et-Loire : il s’agit du dénommé Jean-Baptiste Saint-Joire.
Domicilié au château de Villandry, l'homme se déclarait abusivement « architecte du roi ». Or il n’existe aucun architecte de ce nom dans les registres de l’Académie royale d’architecture.
Ce titre flatteur fit cependant son effet auprès du marquis de Castellane et son entourage. Il était peut-être originaire de la Meuse où se trouve une commune de ce nom (?). On ignore tout du personnage et de prochaines recherches devraient permettre d'en savoir plus.
Tout élément permettant une meilleure connaissance de sa personnalité et de son activité est donc bienvenu.
Addendum : En avril 2022, c'est avec une satisfaction particulière que j'ai pu identifier, avec l'aimable collaboration d'Henri Carvallo, propriétaire de Villandry, l'appartement des Castellane père et fils dans l'aile gauche du château, au bout de la galerie.
Resté en service jusqu'au début du XXe siècle, cet appartement sert aujourd'hui de réserve. Disposé ensuite de l'actuelle salle mauresque, ancienne chambre du marquis, il se composait d'un cabinet, d'un lieu d'aisance, d'une salle de bains, d'un corridor d'accès à l'ancienne terrasse conduisant au logis de l'intendance, d'une chapelle ou oratoire et sa menue sacristie.
On espère voir cet appartement prochainement restauré et être inscrit dans le circuit de visite. Une analyse plus fine de cet appartement sera livrée dans mon article pour la Société archéologique de Touraine à paraitre en 2023.
Actualités tourangelles
Retrouvez ici l'actualité de mes conférences, publications et médias 2021-2022 :
Conférences
Métamorphoses de Villandry au XVIIIe siècle : les superbes aménagements du comte de Castellane (1756-1762), Société archéologique de Touraine, Chapelle Saint-Libert, Tours, mercredi 12 janvier 2022, 14h30.
De Pierre Meusnier à Charles De Wailly : panorama de l'architecture de Tours et de la Touraine au XVIIIe siècle, Cycle "Les jeudis de l'architecture", jeudi 9 décembre 2021, 18h30, Tours, Hôtel de Ville, salle des mariages.
Publications
"Les architectes Gallois et Lafargue au château du Petit-Thouars : un bel exemple de néo-gothique tardif (1873-1901)", Bulletin de la Société historique de Chinon Vienne & Loire - Amis du Vieux Chinon, t. XII, n° 6, 2022, p. 903-920 (parution mars 2022).
"Jacques Hardouin-Mansart de Sagonne – Pierre Meusnier : la vraie histoire du Palais du Commerce de Tours, 1757-1759", Bulletin de la Société archéologique de Touraine, tome LXVI, 2020 (2021), p. 81-94 (parution avril 2021).
TV
Les Gabriel, architectes de Touraine au XVIIe siècle, Tilt, TV Tours, 22 février 2022
Pierre Meusnier, un grand architecte tourangeau du XVIIIe siècle, Tilt, TV Tours, 17 janvier 2022
Internet
Presse
Un élu municipal à l’Institut de France, La Nouvelle République, 8 décembre 2021
Amboise, le château royal, style Renaissance ou 19e siècle ?, La Nouvelle République, 9 octobre 2021
Avant-première publications 2021
En ces temps de partage mais aussi d’incertitude grandissante face à l’avenir (covid-19 et ses variants récurrents, etc), à l’heure où les ouvrages d’art sont souvent difficiles à monter, nous avons souhaité profiter de cette période des fêtes pour mettre en ligne les textes de nos prochains ouvrages* , sans les illustrations (ndlr), ces textes étant susceptibles d'évolution dans l'édition finale.
Notre objet est d’éveiller ainsi la curiosité du public, des éditeurs et des mécènes intéressés par nos travaux scientifiques afin qu'ils ne demeurent pas le privilège des seuls historiens de l'art mais qu'ils soient aussi connus du plus grand nombre.
Les sujets ici évoqués, souvent inédits, sont :
- la dynastie des Mansart : Ouvrage basé sur un travail de recherche de plus de 30 ans. Un propos neuf et complet, rédigé sur le modèle de l'ouvrage collectif Les Gabriel, publié en 1983, sous la direction de Michel Gallet et d'Yves Bottineau, réédité en 2004.
Une vision croisée des trois principaux Mansart pour mieux appréhender la part d'influence et d'innovation de ceux qui furent parmi les plus grands architectes de leur temps. On trouvera aussi les biographies et analyses de Pierre Delisle-Mansart et Jean Mansart de Jouy, ainsi qu'une fortune critique complète de chaque Mansart, des origines à nos jours.
- la cathédrale Saint-Louis de Versailles : Un ouvrage complet sur l'édifice phare de Versailles au XVIIIe siècle rappellant son importance dans l’architecture du règne de Louis XV ainsi qu'au XIXe siècle avec les interventions de Louis XVIII, Louis-Philippe et Napoléon III1. Cet ouvrage constitue aussi une étude complète, voire inédite, sur d'autres sujets réputés connus, tels : l'administration royale des Économats, les entrepreneurs du roi Louis Letellier et Jean Rondel, leurs liens avec les architectes du roi Jacques Hardouin-Mansart de Sagonne et Louis-François Trouard, le sculpteur-ornemaniste Nicolas Pineau, l'évolution de la cathédrale aux XIXe-XXe siècles et beaucoup d'autres choses sur les arts aux XVIIIe-XIXe siècles.
- les château et haras d’Asnières : Un ouvrage inédit et complet sur ce dernier château survivant en bord de Seine aux environs de Paris et sur cette importante commune des Hauts-de-Seine dont le destin et l'évolution du XVIIe au XXe siècle restent en grande partie à découvrir. En corollaire, une étude détaillée sur la famille Voyer d’Argenson, son influence majeure dans les domaines des arts et du cheval au Siècle des Lumières2.
- le domaine impérial de Biarritz : Un ouvrage majeur sur ce domaine resté longtemps méconnu des historiens et sur le développement de la cité balnéaire sous le Second Empire, leurs conséquences sur le développement du sud-ouest de la France, le tout sur la base de sources documentaires exceptionnelles, locales et parisiennes.
- l’Hôtel du Palais : Un ouvrage complet sur ce navire amiral de l'hôtellerie de luxe sur la côte basque, seul palace de la façade Atlantique en France, avec son flot d’événements et de personnalités qui firent la réputation internationale de Biarritz aux XIXe-XXe siècles. Vous en rêviez et je l'ai fait !
Bonne lecture à tous !
* Cette mise en ligne vaut publication. Tout plagiat fera l'objet de poursuites.
1.Texte révisé et annoté de l’édition de 2009. Préface par Mgr Luc Crépy, évêque de Versailles, décembre 2021.
2.Découvrez mes travaux engagés depuis la fin des années 1980 sur ces fabuleux chantiers et cette superbe famille.
Paris, Maison Clautrier : Mansart de Sagonne démoli 4 fois.
Je ne m'étendrais pas sur les démolitions opérées, cette année, par l’agence d’architecture Novembre-Architecture à Paris, dans la maison Clautrier1, 56 rue des Francs-Bourgeois, soit en plein cœur des secteurs protégés du Marais et du quadrilatère des Archives Nationales. L’essentiel a été dit dans l’article de Didier Rykner mis en ligne le 21 décembre.
Afin d’éclairer davantage le lecteur sur ce triste événement, je formulerai les observations suivantes :
1°) C’est la quatrième fois en 30 ans qu’une réalisation de Jacques Hardouin-Mansart de Sagonne (1711-1778), l’un des trois grands Mansart, protégée au titre des Monuments historiques, est démolie en tout ou partie :
-en 1990-1991, un promoteur parisien se livra au saccage intérieur de la maison de l’architecte au 2 rue La Feuillade, près de la place des Victoires, donnant par-derrière sur la rue des Petits-Pères, ancienne propriété des HLM de la Ville de Paris. Il ne laissa qu’un bout de l’escalier principal jusqu’à l’entresol.
-au milieu des années 1990, Hervé Baptiste, architecte M.H., autorisa la démolition de la petite vis au centre du château d’Asnières-sur-Seine, permettant l'accès aux combles, afin d’établir un ascenseur. Quelques années plus tard, un vérificateur des Monuments historiques m'indiqua que cette triste démolition aurait pu être évitée, l'ascenseur n'étant pas véritablement nécessaire au sein de ce monument classé.
C’est avec la même erreur d’appréciation que son confrère Frédéric Didier défit l’ancien monogramme Voyer d’Argenson sur l’avant-corps au profit d’un buste en relief de Louis XV qui n’exista jamais, quand il s’agissait en réalité d’une ronde-bosse disposée au-dessus, remplacée par le vase actuel ensuite. Je ne m'étenderai pas davantage sur l'aménagement de la grande antichambre au-dessous (salle aseptisée, plafond abaissé).
-en 1998, pour la réalisation de l’actuel parking souterrain de la place de la cathédrale Saint-Louis de Versailles, le groupe Eiffage fut autorisé par l’architecte M. H. Bernard Fonquernie et le maire Éienne Pinte à procéder à la démolition du bel aqueduc souterrain en pierre de taille qui allait du bas-côté gauche de l'édifice, sur la place latérale, à la fontaine de la place Saint-Louis. Un aqueduc dans lequel on pouvait se tenir debout et que je fis visiter à une équipe de France 3 Ile-de-France en 1998.
-en 2021, la démolition de l’escalier de service de la maison Clautrier (1752) est d’autant plus désolante qu’il avait été restauré, il y a une vingtaine d’années, comme en témoignent mes clichés pris en 2000, reproduits par Didier Rykner. On mesure ainsi la différence d’approche en matière de patrimoine en 20 ans de temps !
2°) Le silence du ministère de la Culture sur les démolitions des éléments décoratifs subsistants de Nicolas Pineau ‒ célèbre sculpteur ornemaniste du XVIIIe siècle, qui œuvra notamment pour Pierre le Grand à Peterhof ‒, et en particulier du service d’Antoine-Marie Préaud, conservateur régional des Monuments historiques d’Ile-de-France, en dit long2.
M. Préaud se déclare sensible - à juste titre - à la protection du patrimoine années 1950 de sa ville de Royan, mais autorise, en revanche, sans problème, la disparition d’éléments XVIIIe.
Précisons qu’à aucun moment, son service ne jugea bon de me consulter suite à mes recherches en thèse3.
3°) À la question si elle connaissait ce qui fut détruit, Jacques Hardouin-Mansart de Sagonne ou Nicolas Pineau, Natacha Fricout, architecte de l’Agence Novembre-Architecture, n’eut rien de plus avisé à me répondre que : « je n’étais pas née ! », expression à la mode chez certains actuellement. Chacun jugera …
4°) Le deux poids - deux mesures est toujours ennuyeux en matière de patrimoine : on est exigeant à l’égard du simple privé pour une couleur de façade ou de volet, le déplacement d’une cloison ou de cheminée, mais on l’est beaucoup moins lorsqu’il s’agit d’éléments authentiques relevant de l’État, d’une collectivité, d’une société ou de personnalités bien introduites.
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1. Le nom de la maison est Clautrier et non Claustrier. Gilbert-Jérôme Clautrier (1702-1781), premier commis du Contrôle général des finances, signait ainsi son nom. La maison était en partie une annexe de l'hôtel du Grand Contrôle à Versailles, hôtel que j'ai rendu à Jules Hardouin-Mansart en 2011 (voir articles). Elle est le siège de la direction des Archives de France.
2. Je lui avais adressé deux mails, les 5 et 15 novembre, auxquels il accusa réception sans jamais me répondre sur le fond. Didier Rykner reçut mi-décembre une lettre évasive qui témoigne de la gêne occasionnée par nos demandes.
3. Philippe Cachau, Jacques Hardouin-Mansart de Sagonne, dernier des Mansart (1711-1778), thèse d'histoire de l'art, Paris-I Panthéon-Sorbonne, soutenue en juin 2004, t. II, p. 1184-1188 (maison Clautrier). Sur Gilbert-Jérôme Clautrier, voir t. I, p. 520-535, et sur les Pineau père et fils, t. I, p. 322-347.
Sous la coupole de l'Institut de France : séance annuelle de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres 2020-2021
Suite à ma publication, au 1er semestre 2020, de la correspondance de Julien-David Le Roy avec le marquis de Voyer dans le Journal des Savants, j'eus le privilège d’être convié par l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres à sa séance annuelle 2020-2021, tenue le 26 novembre sous la coupole de l’Institut de France.
Prendre place sous cette magnifique coupole, où tant de brillants esprits et de gens illustres ont siégé, est un plaisir particulier qui vaut la peine d'être vécu au moins une fois dans sa vie, surtout en présence d'aussi grands noms des sciences humaines, Mme Hélène Carrère d'Encausse en tête.
Après le soutien apporté à mon ouvrage sur la cathédrale de Versailles en 2008, c'est la seconde fois que je suis ainsi honoré par une Académie de l'Institut.
Cette séance s’est déroulée avec toute la solennité et le protocole d'usage : entrée des membres de l’Académie en habit vert avec haie d’honneur de la Garde républicaine et roulements de tambours, levée de l’assistance à ce moment.
La séance fut introduite par le discours de M. Yves-Marie Bercé, président de l’Académie, suivi de la lecture du palmarès des récompenses et prix accordés par M. Henri Lavagne, vice-président, et enfin par l’allocution de M. Michel Zink, secrétaire perpétuel.
D’une durée de deux heures, la séance s’acheva par les interventions successives de trois membres de l’Académie :
-M. Alain Thote sur le thème : « Littérateurs et érudits dans la Chine antique à l’épreuve de l’archéologie ».
-Mme Agnès Rouveret sur le thème : « “Les yeux érudits“ : de la collection des œuvres à la constitution des savoirs dans l’Antiquité ».
-Mme Nicole Bériou sur le thème : « Un penseur érudit au travail : Thomas d’Aquin ».
Interventions d’une vingtaine de minutes environ chaque fois.
La séance fut prolongée par la réception d’usage dans la grande salle de l’auditorium André et Liliane Bettencourt.
Ce fut pour moi, bien évidemment, un plaisir immense que d’être présent à cette assemblée annuelle. J'adresse mes plus chaleureux remerciements à l’Académie des Inscriptions et Belles Lettres pour son aimable invitation. Elle marque toute l’attention qu’elle a accordé à mes travaux sur le marquis de Voyer et ses liens privilégiés avec Julien-David Le Roy, son conseiller artistique, membre réputé de l’Académie au XVIIIe siècle.
Le plaisir d’assister à cette séance fut d’autant plus grand que toutes ces dernières années furent marquées par une série de malveillances en tout genre d'un certain microcosme de l'histoire de l'art (plagiats, escamotages, spoliations de recherches et de publications, désinformation) et autres personnalités en vue. La singularité, l’originalité et l’audace de mes recherches et travaux, souvent inédits, suscitent en effet parfois ce type de réactions déplorables dont je m'ouvrirais peut-être un jour.
De cette séance du 26 novembre 2021, on retiendra surtout le sentiment rassérénant de stabilité et d'érudition que procurent les Académies de l’Institut de France.
Elles sont plus que jamais les gardiennes de la belle et grande tradition française de la culture et du goût du savoir. Comme évoqué en séance, trois mots animent l’Académie des Inscriptions et Belles Lettres : érudition, curiosité et plaisir.
En ces temps de grandes incertitudes, où tout semble parfois perdu dans ce climat d’inculture et de médiocrité croissantes, d’incompétence et de vulgarité qui nous submergent depuis quelques années, elles sont là, immuables, fidèles à elles-mêmes, survivant aux guerres, aux révolutions, aux modes éphémères et au terrorisme intellectuel de quelques-uns.
Elles viennent rappeler combien elles sont là pour assurer la transmission et la diffusion du savoir et du génie national, celui qui fait la réputation de notre pays à travers le monde, qu’elles récompensent à travers de nombreux prix remis aux chercheurs.
L’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres délivre ainsi chaque année une trentaine de prix - non des moindres - et attribue de nombreuses bourses et subventions. Ajoutons les quelques dix-sept médailles accordées aussi chaque année à titres divers.
Elle assure enfin la proclamation des diplômes d’archivistes paléographes à l’issue de la formation de l’École des Chartes.
Bref, un des hauts-lieux de l’excellence française, digne de ce nom, qui mériterait d’être évoqué davantage dans les médias.
Asnières : le château du Régent et de Mme de Parabère révélé
Le 19 novembre, furent présentés aux Amis du château et du Vieil Asnières, dans le cadre de notre conférence sur le second château d'Asnières (1699-1750), les plans et l'élévation de ce château érigé en 1699 pour l'abbé Antoine-Louis Lemoyne, prêtre docteur en Sorbonne, chapelain de Notre-Dame de Paris et chanoine de la cathédrale d'Évreux.
Ce fut là un moment privilégié pour plusieurs raisons :
1°) Maintes fois évoquées par les historiens de la Régence et du début du règne de Louis XV, ainsi que dans le beau film de Bertrand Tavernier, Que la fête commence (1975), ce château qui abrita les amours du Régent, Philippe III d'Orléans (1674-1723), et de sa maitresse, la fameuse comtesse de Parabère (1693-1753), sa physionomie demeurait totalement méconnue jusqu'ici.
Elle fut révélée par les plans des rez-de-chaussée et premier étage, le plan général amendé (basse-cour, cour et jardins) et l'élévation principale sur jardin - valable également pour la cour - retrouvés par mes soins, début 20211.
2°) Leur auteur, l'architecte Jean-François Lepaultre (165?-1703), frère aîné du sculpteur du roi Pierre Lepaultre (1659-1744) et neveu de l'architecte du roi Antoine Lepaultre (1621-1679), était aussi ignoré des historiens jusqu'ici2.
Cette conférence fut donc l'occasion d'évoquer cette personnalité méconnue de l'architecture du XVIIe siècle dont le second château d'Asnières constitua l'une des toutes dernières réalisations, la seule attestée en l'état actuel des connaissances.
Je lui rendis au passage la reconstruction de l'église à compter de 1703, consacrée en 1711, dont la belle façade classique, conforme à son esprit, demeura en place jusqu'à la création de la façade actuelle en 1929.
3°) Cette conférence fut aussi l'occasion d'évoquer la présence d'un certain nombre de personnalités, dont et surtout celle du grand collectionneur, auteur et graveur Claude-Henri Watelet (1718-1786), locataire du château dans les années 1740 avant son installation en 1750 sur l'autre flanc de cette boucle de la Seine, à Colombes, au domaine de Moulin Joli.
Domaine qui devait contribuer à sa notoriété en matière de conception de jardins, dits "pittoresques" ou anglo-chinois, dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. Moulin Joli trouve en effet son origine à Asnières. Là, Watelet y réalisa une série d'œuvres - ses toutes premières - qui restent à identifier, ainsi qu'un théâtre dans le parc, premier d'une série de trois au XVIIIe siècle.
4°) Enfin, l'origine de la notoriété du village bucolique d'Asnières fut rappelée par la présence, dès le milieu du XVIIe siècle, d'importants membres de la Maison palatine : Anne de Gonzague de Clèves (1616-1684), duchesse de Mantoue, qui, par son union avec le duc Edouard de Bavière, comte palatin du Rhin (1625-1663), allait donner naissance à une nouvelle branche des Wittelsbach à travers ses filles Louise-Marie, princesse de Salm (1647-1679), Anne-Henriette-Julie, princesse de Bourbon-Condé (1648-1723) et Bénédicte-Henriette, duchesse de Brunswick (1652-1730). Cette dernière, ainsi qu'Anne-Marie de Bourbon-Condé (1675-1700), furent inhumées dans la vaste demeure asnièroise.
Avec son superbe parc à la française, celle-ci constitua, de l'autre côté de la grande place du village, le pendant du château que nous connaissons, autrefois en bordure de Seine.
Cette importante propriété mériterait amplement d'être étudiée, ainsi que je le rappelais, notamment, aux étudiantes en 'histoire de l'art de l'université Paris-X Nanterre présentes. Un aspect de l'histoire de la ville d'Asnières qui demeure encore largement ignoré de nos jours.
La révélation du plan du rez-de-chaussée du second château d'Asnières me permit de conforter l'attribution, faite en 2011 et publiée en 2013, à Charles De Wailly en 1754-1755, de la salle à manger du château actuel. Attribution qui me fut longtemps contestée par le conseiller scientifique de MM. Hervé Baptiste et Frédéric Didier, architectes des Monuments Historiques successifs en charge du château3. Cette salle à manger n'apparait pas sur le plan en effet. Elle pouvait l'être d'autant moins que le château actuel fut entièrement rebâti et augmenté à l'emplacement du précédent et ses communs.
L'intégralité des plans et de l'élévation feront l'objet d'une prochaine publication.
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1.Je remercie Alexandre Cojannot, conservateur aux Archives Nationales, de son aimable contribution à ces reproductions. Elles seront reproduites dans mon prochain ouvrage sur le château d'Asnières (à paraître).
2. Tous ces artistes signent leur nom sous cette orthographe et sous cette forme.
2.On lui doit l'erreur d'interprétation du buste du roi Louis XV sous le vase de fleurs de l'avant-corps central au lieu et place du monogramme de Voyer d'Argenson, ainsi que la couleur grise des boiseries de la galerie au lieu de la couleur vert d'eau, réchampie vert foncée, conservée derrière un des volets.
Sur cette salle à manger, voir mes articles :
-"Le «goût de la bâtisse» du marquis de Voyer", Journée d'histoire du château des Ormes, annales 2013, p. 30.
-"Le mécénat du marquis de Voyer au château et aux haras d'Asnières-sur-Seine : enjeux politiques et culturels (1750-1755)", Bulletin de la Société de l'Histoire de l'Art français, année 2013, 2017, p. 139-171.
Le prétendu portrait du marquis de Voyer par François-Hubert Drouais
Ce devait être l'autre évènement de l'inauguration des décors de l'hôtel de Voyer (Chancellerie d'Orléans) aux Archives Nationales, le 19 octobre dernier :
la présentation d'un portrait inédit de leur commanditaire, Marc-René de Voyer d'Argenson, marquis de Voyer, attribué à François-Hubert Drouais.
D'après le cartel, qui ne présente, suivant l'usage, aucun point d'interrogation ou le terme "présumé", ce portrait serait celui du marquis de Voyer, vers 1750.
Le cartel est encore plus affirmatif, évoquant sa biographie et la commande des décors passée à Charles De Wailly.
Ce portrait fut découvert, expose-t-on, par Carole Blumenfeld dans une collection privée en 2007.
Il a été examinée par l'historienne de l'art, spécialiste des collections de peintures du marquis, Anne Leclair avec laquelle je me suis entretenu : suite aux observations qui suivent, elle a finalement admis que ce ne pouvait être lui.
Après un examen minutieux des traits du visage du présumé marquis de Voyer, il apparait en effet que ce n'est pas lui.
La comparaison avec ceux ceux du vrai marquis (yeux, nez et menton), d'après les portraits bien connus de Maurice-Quentin La Tour en 1752 et de Charles-Nicolas Cochin, gravé par Claude-Henri Watelet, en 1754, ainsi que - c'est la révélation de ce propos - d'un portrait du marquis conservé dans la famille Voyer d'Argenson, dont nous livrons le détail du visage ici1, viennent le confirmer.
Le premier aspect le plus flagrant sont les yeux : comme son père, le comte Marc-Pierre d'Argenson, Marc-René de Voyer présente des yeux globuleux, patents sur la gravure de Cochin et le portrait de famille, ainsi qu'en témoignent les détails ci-dessous. Ils ne correspondent nullement au doux regard du personnage présenté le 19 octobre 2021.
Le nez de celui-ci remonte au bout et présente une légère bosse au milieu, quand celui de Voyer est long, droit et légèrement tombant. Les narines de Voyer sont aussi larges tandis que celle de l'anonyme sont plus étroites.
La différence de traits est aussi patente au droit du menton : l'anonyme présente un menton en galoche qui n'apparait pas sur la gravure de Cochin.
Anne Leclair attribue ce portrait à Drouais, quand d'autres spécialistes y voient plutôt la main de Guillaume Voiriot (1713-1799), son confrère de l'Académie royale de peinture et de sculpture.
Rappelons, pour mémoire, que l'on ne connait, à preuve du contraire, aucun lien entre Voyer et Drouais2 quand, bien au contraire, Voiriot exécuta le portrait de Guillaume II Coustou, sculpteur de notre marquis à Asnières, qui fut aussi celui d'autres artistes.
L'hypothèse de Drouais est d'autant moins probante qu'il fut le portraitiste de Madame de Pompadour, ennemie jurée du marquis de Voyer3 !
Enfin, le prétendu marquis est présenté le compas à la main où Anne Leclair a vu, à juste titre, une allusion à son goût de l'architecture qui pourrait être aussi celle, ne l'oublions pas, de sa qualité de franc-maçon qu'il partageait avec de nombreux aristocrates éclairés de son temps comme avec ses architectes Jacques Hardouin-Mansart de Sagonne et Charles De Wailly4.
Toutefois, le globe-terrestre à l'arrière-plan n'est nullement celui de l'"ami des arts" que fut Voyer, suivant l'expression de l'architecte François-Joseph Bélanger, mais bien plutôt celui d'un homme féru de sciences et de découvertes5. À moins qu'il ne faille voir là le symbole de son universalisme (?).
Au-delà du portrait anonyme examiné ici, il existe bien, en effet, un portrait du marquis de Voyer assis à son bureau, dans son cabinet de travail de style rocaille. La mauvaise qualité du cliché remis en 1989 ne nous permet pas de le montrer ici.
Quant à l'identité du personnage présenté le 19 octobre, elle demeure pleine et entière.
Avis donc à la sagacité des historiens et professionnels du monde de l'art !
Leurs avis et conseils sont bienvenus ici.
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1.Cliché aimablement communiqué par le comte Marc-René D'Argenson (1948-1999) en 1989 et que je n'ai jamais reproduit jusqu'ici en raison de sa très mauvaise qualité.
2.Le nom de l'artiste n'apparait pas dans l'inventaire de l'abondante correspondance de la famille, et du marquis de Voyer en particulier, conservée dans le fonds D'Argenson de la bibliothèque universitaire de Poitiers.
3.Sur leur rivalité artistique, voir mon article "Le mécénat du marquis de Voyer aux château et haras d'Asnières-sur-Seine : enjeux politiques et culturels (1750-1755)", Bulletin de la Société de l'Histoire de l'Art français, année 2013, 2017, p. 139-171. Le harcèlement de la marquise contraignit Voyer à démissionner des haras du roi en juillet 1763. Mal lui en prit puisqu'elle décéda quelques mois plus tard, en avril 1764. Rappellons que cette femme de pouvoir avait déjà joué un mauvais tour à son père, le comte d'Argenson, en le faisant exilé en 1757, pour une raison demeurée obscure, sur sa terre des Ormes par Louis XV.
4.Cet aspect de sa personnalité, longtemps ignoré des historiens fut évoqué dans ma thèse à Paris-I en 2004 (t.I, p. 472-474) et publié sommairement dans les Annales de la journée d'histoire du château des Ormes en 2013 (p. 27-29). La loge du marquis de Voyer, comme celle de Mansart de Sagonne, n'est pas connue. De Wailly appartenait, quant à lui, à celle des "Neuf Soeurs", fondée en 1776, mais il est probable qu'il fut initié bien plus tôt par le marquis, son mentor. Voir Monique Mosser-Daniel Rabreau, Charles De Wailly, peintre architecte dans l'Europe des Lumières, catalogue expo, CNMHS, 1979, p. 23-24.
5.Mes travaux pour le programme du CRCV, "Sciences à la cour", en 2007-2008. Outre les arts sous toutes leurs formes et le cheval, Voyer était aussi féru de philosophie et de métaphysique par ses échanges avec Voltaire, Dom Deschamps, Helvétius et bien d'autres, plutôt que de sciences.
Mansart de Sagonne, De Wailly et le marquis de Voyer aux Archives Nationales
Le hasard fait parfois bien les choses !
Aurait-on pensé jamais voir un jour, aux Archives Nationales qui plus est, haut-lieu de la mémoire française, les deux architectes successifs de Marc-René de Voyer d'Argenson, marquis de Voyer (1722-1782), réunis : Jacques Hardouin-Mansart de Sagonne (1711-1778) et Charles De Wailly (1730-1798)1 ? !
Au-delà des deux architectes, ce sont aussi leurs sculpteurs-ornemanistes attitrés qui se retrouvent également au sein du quadrilatère des Archives Nationales : Nicolas Pineau (1684-1754) pour le premier ; Augustin Pajou (1730-1809) pour le second.
Découvrez dans l'album photos, les clichés de l'inauguration des splendides décors de l'hôtel de Voyer, faussement dénommés "de la Chancellerie d'Orléans" depuis le XIXe siècle, le 19 octobre 2021, par Roselyne Bachelot, ministre de la Culture, et François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, propriétaire des décors, aujourd'hui installés au rez-de-chaussée de l'hôtel de Rohan-Strasbourg.
Cette opération consacre, de manière inespérée, mes travaux scientifiques sur ces artistes, engagés depuis la fin des années 1980.
Le miracle de ces merveilleux décors est d'autant plus surprenant qu'ils dormaient depuis plus d'un siècle dans un entrepôt de la Banque de France à Asnières-sur-Seine, là même où le marquis de Voyer engagea sa fabuleuse aventure de grand mécène dans les années 17502 !
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1.Jacques Hardouin-Mansart de Sagonne est l'architecte de la maison Clautrier (1752), 56 rue des Francs-Bourgeois, direction des Archives de France, et Charles de Wailly est l'architecte des décors de l'hôtel de Voyer, présentés au rez-de-chaussée de l'hôtel de Rohan-Strasbourg.
2.Rarement personnalité privée aura autant bâti et dépensé en matière de demeures et de décors au XVIIIe siècle : Paris, Asnières, Les Ormes, La Guerche, Argenson et bien d'autres lieux. Bâtiments qui étaient souvent d'une ampleur exceptionnelle, ne l'oublions pas !
Catalogue en ligne de la statuaire de Versailles et Trianon par Alexandre Maral, 2021
Depuis fin juillet 2021, le catalogue d'Alexandre Maral sur la statuaire de Versailles et de Trianon du XVIIe au XXe siècle a été mis en ligne :
https://sculptures-jardins.chateauversailles.fr/essais/remerciements.php#hn
Ce travail colossal tant attendu, auquel j'avais pris part, de juin 2006 à septembre 2007, à la suite de Roland Bossart, documentaliste du château, en collaboration avec lui et l'auteur, demeure le meilleur souvenir que j'ai conservé de mon passage à la conservation du château de Versailles.
Ce fut pour moi l'occasion de remettre sur pied le travail engagé par Simone Hoog, prédécesseure d'Alexandre Maral aux sculptures du domaine national, complétant substanciellement le nombre des fiches réalisées des statues et reliefs que connut Versailles depuis sa création.
Un travail de recherche (sources, bibliographie, iconographie) qui servit de base à son tour à celui des nombreux autres collaborateurs qui suivirent.
Ce fut aussi un moment passionnant de découverte d'une foule d'œuvres insoupçonnées, du XVIIe au XXe siècle.
Bref, une autre vision du parc de Versailles, premier musée statuaire en plein air du monde, au-delà de la peinture et de l'architecture.
Le relief de l'Adoration de la Vierge de la chapelle royale d'Amboise identifié
On ignorait, jusqu'à l'an dernier, l'auteur exact du relief XIXe figurant Charles VIII et Anne de Bretagne en adoration devant la Vierge à l'Enfant sur le portail de la chapelle royale Saint-Hubert du château d'Amboise. Relief qui vînt remplacer la rosace réalisée sous Louis-Philippe.
Attribué à Adolphe-Victor Geoffroy-Dechaume (1816-1892) par Jean-Pierre Babelon dans son ouvrage sur le château publié en 1990, je l'ai rendu en 2020 au sculpteur Eugène Legrain (1837-1915) dans l'étude préalable aux ouvrages de restauration de la chapelle placés sous la direction d'Étienne Barthélémy, architecte M.H.. Relief qui fut exécuté en 1879-80.
Si ce sculpteur n'évoque plus rien aujourd'hui, il était, au contraire, très en vue à Paris au moment de la réalisation de ce relief, s'étant vu confié la fontaine du Palais du Trocadéro pour l'Exposition universelle de 1878. Fontaine dont Auguste Rodin, alors au début de sa carrière, exécuta les mascarons, portés ensuite à la cascade du parc de Sceaux en 1937.
Cette attribution, rendue possible par la correspondance de Victor Ruprich-Robert au comte de Paris, conservée aux Archives nationales, vient lever une énigme sur l'auteur véritable de ce relief que l'on croit souvent daté de la période gothique.
Il apparait, en vérité, plutôt anachronique au regard de celui au-dessous, de style gothico-renaissant, figurant Le miracle de Saint-Hubert, contemporain du retour d'Italie de Charles VIII en 1495.
Quand le XIXe siècle néo-gothique trompe son monde !
https://collections.musee-rodin.fr/fr/museum/rodin/mascarons-pour-la-fontaine-du-trocadero
Article Nouvelle République Amboise du 9 octobre 2021
Alexis de Tocqueville : de Versailles à la Touraine
On ne présente plus Alexis de Tocqueville (1805-1859), de son vrai nom Alexis-Henri-Charles Clérel, comte de Tocqueville, chantre de la démocratie américaine.
Le début de sa carrière fut marquée par sa nomination en 1827 en tant que juge auditeur au Tribunal royal de Versailles. Son père était alors préfet de Seine-et-Oise.
Cette nomination lui valut de faire la connaissance de Gustave Bonnin de La Bonninière de Beaumont, dit Gustave de Beaumont (1802-1866), désigné l'année précente (22 février 1826), procureur du roi au tribunal de première instance. Beaumont restera au tribunal de Versailles jusqu'à sa nomination à celui de Paris, le 27 septembre 1829.
Les deux hommes, qui étaient de la même génération et pétris des mêmes idées, se lièrent d'une amitié indéfectible dans la cité royale. Beaumont hébergea ainsi son ami au 66 rue d'Anjou où il disposait d'un appartement.
Une plaque commémorative rappelle la présence de Tocqueville à cet endroit, de 1828 à 18321.
Elle m'est sensible à plusieurs titres : non seulement en tant qu'enfant du quartier Saint-Louis de Versailles, mais aussi en tant qu'ex-voisin du lieu durant deux décennies, puis en tant qu'auteur d'un ouvrage sur la famille de Beaumont et son fief tourangeau, paru en 20192.
En 1830, suite à leur démarche auprès du garde des Sceaux, Tocqueville et Beaumont obtinrent du gouvernement un congé de dix-huit mois afin de se rendre aux États-Unis pour étudier le système pénitentiaire, aux conceptions alors révolutionnaires en matière de gestion des détenus. En avril 1831, les deux hommes embarquèrent au Havre pour New York.
Ce séjour, qui s'étendit jusqu'en janvier 1832, valut aux deux amis la sortie d'ouvrages majeurs pour le XIXe siècle, à savoir :
Pour Gustave de Beaumont, Du système pénitentiaire aux Etats-Unis (1833) en collaboration avec Tocqueville et Marie ou de l'esclavage aux États-Unis (1835), première grande dénonciation de la situation des Noirs américains.
Pour Tocqueville, l'ouvrage en deux tomes, De la démocratie en Amérique (t. I, 1835 ; t.II, 1840), "best-seller" de la littérature française et européenne.
Les deux hommes se livreront ensuite à une carrière politique sur les bancs de l'Assemblée en tant que députés.
En 1853, Tocqueville éprouvant le besoin de passer l’été et l’hiver en province - le Second Empire n'était pas sa tasse de thé ! -, son ami Gustave de Beaumont lui trouva une demeure, Les Trésorières, à Saint-Cyr-sur-Loire, en périphérie de Tours. Il y séjourna de juin 1853 à mai 1854.
Ceci lui permit d'entreprendre des recherches aux Archives départementales d’Indre-et-Loire pour servir son essai L'Ancien Régime et la Révolution (Paris,1856). Tocqueville décédera cinq ans plus tard à Cannes.
Cette présence d'Alexis de Tocqueville à Saint-Cyr-sur-Loire, dans la région de la famille de Beaumont, lui vaut aujourd'hui son portrait sur un rond point très fréquenté de la ville.
On regrettera que Gustave de Beaumont, issu d'une des plus vieilles familles tourangelles et ce depuis le Moyen Age, né à quelques kilomètres de là, à Beaumont-la-Ronce, n'ait disposé de semblable faveur près de lui, son oeuvre littéraire, certes quelque peu oublié aujourd'hui, ayant été au moins aussi important en son temps.
Espérons que ce regrettable oubli saura être réparé par la municipalité.
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1. Les dates de cette plaque sont sujettes à caution. Il est possible que Tocqueville ait continué à demeurer à Versailles après sa nomination à Paris en 1829 mais la date d'avril 1831 est plus exacte pour son départ définitif, étant en Amérique jusqu'en 1832 et à Paris ensuite.
2. Ouvrage disponible sur demande (12 euros + frais de port).
Emmerveillez-vous au Garde-Meuble de la Couronne !
Si vous êtes férus du XVIIIe siècle, vous serez comblés !
Courrez vous replonger dans cette époque d'un raffinement extrême en visitant les splendides appartements privés des directeurs du Garde-Meuble de la Couronne, devenu hôtel de la Marine à la fin du XVIIIe siècle.
Au-delà du Siècle des Lumières, vous vous laisserez séduire par le luxe inouï des grandes salles XIXe sur la place de la Concorde, ainsi que par celui du café-restaurant La Pérouse dans la grande cour, nouveau lieu tendance de la capitale.
Vous aurez un avant-goût de ce qui vous attend en vous plongeant dans l'album photos.
N'hésitez pas à cliquer sur les images pour les agrandir comme toutes celles de ce site.
Bonne visite !














































