- Philippe CACHAU
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La chambre de Louis XVI à Versailles : une restitution éclectique
Le récent aménagement de la chambre de Louis XVI à Versailles, dans son prétendu "état d’octobre 1789, départ de la cour", ravira le grand public et les médias par la qualité de sa réalisation mais il laissera plus circonspect le connaisseur de Versailles et des XVIIe-XVIIIe siècles.
S’agit-il d’une restauration, d’une restitution, d’un essai de restitution, d’une évocation, d’une création ? Un peu de tout cela à la fois suivant la tendance du "en même temps" chère à la France Macron telle qu’on a pu l'observer l’an dernier à propos du nouvel aménagement de la galerie des Glaces.
Examinons les faits sérieusement :
1. Ce qu’on n’a pas et qu’on a réalisé :
-Un lit d’été à la duchesse, mis en pièce durant la Terreur (1792-94) et dont on ne dispose, en l’état actuel des connaissances, que du motif central du baldaquin, donné par le décorateur Jacques Garcia en 2013, figurant un Pélican se nourrissant pour sauver ses petits, mais d’aucun dessin ou vue, hormis l'esquisse figurée dans l'élévation de l'alcôve plus bas.
Un lit reconstitué par deux jeunes menuisiers de l’École Boulle, François Gilles et Charles Boulnois, d’après le mémoire détaillé du sculpteur sur bois Pierre-Edme Babel (1719-1775) en 1775, conservé aux Archives Nationales1. Dans sa vidéo de présentation, François Gilles ne cache pas sa part d’interprétation :
https://www.youtube.com/watch?v=dzfMnuPHVEo
-Le décor textile livré en 1785 par le soyeux lyonnais Camille Pernon (1753-1808), composé d’un meuble d’été "gros de Tours broché, dessin de fleurs et colorié sur fond blanc à bouquets détachés et guirlandes formant mosaïques".
Un décor qui fut réalisé en deux campagnes (1983-1989 ; 2008-2012) à partir d’un fragment ancien, de rééditions du début du XXe siècle et des archives du Garde-Meuble de la Couronne (Archives Nationales, Mobilier National).
2. Ce qu’on a et qui n’a pas été réalisé ou replacé :
-Le plan annoté et le dessin de la balustrade de l’alcôve avec ses pilastres corinthiens tels qu’ils apparaissent dans une coupe du grand projet d’Ange-Jacques Gabriel, datée d’août 17741.
Un ensemble qui fut conçu par Jacques V Gabriel, premier architecte du roi, et son fils Ange-Jacques en 1738 (balustrade) et vers 1753 pour les pilastres centraux, réalisés par Ange-Jacques Gabriel dans la mouvance du goût néo-classique naissant en remplacement des palmiers rocailles initiaux, passés de mode2.
Le plan de 1758, levé en vue de la réalisation des tapis de la pièce évoqués ci-après, qui contient toutes les mesures permettant la restitution de la balustrade de bois doré par l'architecte en chef du château, Frédéric Didier (agence 2BDM). Il indique clairement les portes latérales à deux vantaux qui se retiraient lors de la maladie du roi (annotation A en marge).
Ajoutons que l’on dispose aussi de la description de l’alcôve à sa réalisation en 1738 comme indiquée par Alfred Marie3 : "ouverte entre deux pilastres aux angles du flanc desquels on remarque des palmiers qui s’élèvent et se recourbent en cintre, en s’étendant le long de la traverse d’en haut ; cette traverse est chantournée et les armes du Roi sont sculptées dans son milieu".
La traverse est devenue droite vers 1753 lors de l’installation des pilastres remplaçant les palmiers, soulignant symboliquement la présence du blason royal ailé en couronnement au-dessus de l’alcôve4.
-Les quatre portraits en dessus de portes figurant :
-François Ier par Titien (1538, Louvre) au-dessus de la porte sur le cabinet du Conseil ;
-Don Juan d’Autriche par Antonio Moro (1565, Louvre), le grand portraitiste d’origine hollandaise de la cour de Philippe II d’Espagne, en vis-à-vis, au-dessus de la porte sur le cabinet de la Pendule ;
-Élisabeth de France par Pierre-Paul Rubens (vers 1630, Saint-Pétersbourg, musée de l'Ermitage) au-dessus de la fausse porte voisine de la précédente ;
-Marie de Médicis par Antoon van Dyck (vers 1640, Lille, musée des Beaux-Arts) au-dessus de la fausse porte en vis-à-vis, soit un homme et une femme de chaque côté.
À l’exemple de Gérald Van der Kemp pour la chambre de Louis XIV, trois portraits au moins pourraient être remis en place au lieu de ceux des filles de Louis XV par Jean-Marc Nattier qui ne sont plus d’actualité dans une chambre passée de celle de Louis XV, telle qu’établie par Van der Kemp, à celle de Louis XVI aujourd’hui.
En effet, en vertu du décret Malraux n°61-153 du 13 février 1961 "relatif au décor mobilier du château de Versailles, des Trianons et des anciennes demeures royales disparues", ces œuvres doivent revenir au château.
Si cela n’était vraiment possible - toile du musée de l’Ermitage à Saint-Pétersbourg principalement -, on dispose des moyens techniques suffisants pour en faire des copies satisfaisantes à l’instar du lit réalisé.
-Une commode par l’ébéniste Jean-Henri Riesener (1734-1806) en 1775, vendue en 1794 et acquise en 1857 par le duc d’Aumale, aujourd’hui conservée au château de Chantilly. Une commode célèbre qui ne peut être restituée ou mise en dépôt à Versailles en vertu des dispositions testamentaires du duc.
Ceci étant, si l’on a réalisé un lit qu’on n'a pas alors qu’on dispose de la commode originale, pourquoi donc ne pas réaliser la copie de celle-ci afin de rétablir la réalité historique de la pièce plutôt que d’employer une commode authentique, certes, mais d’un autre ébéniste (Guillaume Beneman) et pour une autre résidence royale (Compiègne) ?! La présence de cette dernière commode n’a clairement pas de sens ici. Il est également possible d'installer une belle copie XIXe de la commode d'origine.
-un lit à la duchesse, réalisé vers 1740 pour la marquise de Créquy, offert en 1965 par les époux Hamel, installé dans la chambre, des années 1960 aux années 1980. Un lit authentique qui aurait pu être remis en place avec les aménagements d’apparence nécessaires plutôt que le faux lit intégral réalisé.
On dispose également du lit à la romaine de Louis XVI à Saint-Cloud par Guillaume Beneman (1750-1811) en 1787, aujourd’hui dans les appartements du pape à Fontainebleau et qui aurait pu rejoindre les pliants installés dans la pièce qui sont du même ébéniste et de même provenance (voir plus bas).
-Les tapis d’alcôve et de la chambre de la Savonnerie dont les modèles sont connus5.
3. Ce qui est conservé et qui a été installé :
-Les deux vases Médicis, dit "jardin", fond lilas, exécutés par la manufacture de Sèvres, peints par Antoine-Joseph Chappuis l'Ainé et dorés par Henri-François Vincent, acquis par Louis XVI à l’exposition de Versailles en 1780 et placés sur l’une des deux cheminées de la grande chambre du roi, actuelle chambre de Louis XIV, où ils sont signalés en 1791. Saisis en 1793-94 et placés sur la commode de la chambre de Louis XVI depuis leur acquisition en 1998.
-Les feux à vases en bronze doré d’après ceux livrés par Quentin-Claude Pitouin en 1775 pour le petit appartement du roi à Compiègne, puis placés dans la chambre de Louis XVI à Versailles où ils sont inventoriés en 1786-87, avec pelle, pincettes et tenailles. Dépôts du château de Fontainebleau du 8 janvier 19656.
4. Ce qui est définitivement perdu :
a. Disparus à la Révolution :
-Les deux girandoles d’or par le bronzier Thomas Germain sur la commode.
-Le lustre de cristal à douze branches au centre de la pièce.
-Les deux sucriers d’or sur la commode.
-La grille de feu en bronze doré à figures mythologiques.
-Le plâtre figurant le Dauphin chevauchant un dauphin7.
-Les tapis de l’alcôve et de la chambre par la manufacture de la Savonnerie.
b. Conservé dans les collections royales britanniques :
-Régulateur solaire orné de la figure d’Apollon par l’ébéniste Gilles Joubert (1689-1775).
-Régulateur lunaire orné de la figure de Diane par le même.
Deux éléments qui étaient disposés de part et d’autre de l’alcôve sous l’Ancien régime et qui sont évoqués aujourd’hui par ceux venus du Louvre, indiqués plus bas.
5°. Ce qui n’était pas là et qui a été mis :
-une commode dite « aux tourterelles » par Guillaume Beneman sur un bâti exécuté par son confrère et associé Joseph Stöckel pour le comte de Provence en 1784, livré pour la chambre de Louis XVI à Compiègne en 1786, déposé par le musée du Louvre à Versailles, le 1er février 2011.
-Sept pliants ou sièges en X sur une série de douze commandés en octobre 1787 et réalisés par Guillaume Beneman pour la chambre de Louis XVI à Saint-Cloud, revêtus du gros de Tours susdit et livrés à Saint-Cloud, le 25 avril 1788. Modèle repris pour le salon des jeux de Marie-Antoinette à Compiègne.
Achat en vente publique chez Sotheby's à Londres, le 6 juillet 2010, avec la participation de M. Michel David-Weill, des Amis de Versailles et le concours de la Fondation du Patrimoine.
N’aurait-on pu mettre ceux de Louis XV pour cette chambre, aujourd’hui dans la chambre de Louis XIV, voire en réaliser des copies pour cette chambre ?!
-Un paravent par Jean-Baptiste Boulard (vers 1725-1789), Nicolas Vallois (1744-1788) et Louis-François Chatard (vers 1749-1819) en noyer sculpté et doré avec soierie de gros de Tours, tissée à Lyon, livré en 1788 pour la chambre du comte de Provence, frère de Louis XVI, dans l’aile du Midi. Acquis en 1977 par les Amis de Versailles.
-Un écran de cheminée par Jean-Baptiste Séné (1748-1803), livré le 25 avril 1788 pour la chambre de Louis XVI à Saint-Cloud, collection du comte et de la comtesse de Ribes, préempté chez Sotheby’s, le 11 décembre 2019.
-Deux fauteuils en noyer par Jean-Baptiste-Claude Séné, sculptés par Louis-Alexandre Regnier et dorés par Louis-François Chatard, commandés le 3 novembre 1787 et livrés en 1788 pour la chambre de la reine à Saint-Cloud. Dépôts du musée des Arts décoratifs à Versailles en 1991.
-Une pendule de l’Étude et la Philosophie avec aigle au-dessus par Renacle-Nicolas Sotiau (1749-1791), d’après le modèle du sculpteur Louis-Simon Boizot (1743-1809), fournie en 1788 par le marchand-mercier Dominique Daguerre pour la salle du conseil de Saint-Cloud, placée ensuite dans la chambre de Louis XVI de cette même résidence et acquise par Riesener sous la Révolution. Legs de Mme Pillaut-Riesener en 1958, entré au château de Versailles, le 4 décembre 1959.
-Une horloge de parquet attribuée à Jean-Henri Riesener, vers 1785, placée aux Tuileries. Issue du cabinet de travail de l’impératrice Eugénie, versée au Louvre en 1870 par le Mobilier National et déposée à Versailles en février 2011.
-Un baromètre d’après Jean-Henri Riesener par Grohé Frères, années 1850-1860, issu du cabinet de travail de l'impératrice Eugénie aux Tuileries, versé au Louvre en 1870 et déposé à Versailles en février 2011.
-Un œuf d’autruche sur monture en ivoire tournée par Madame Adélaïde, fille de Louis XV, placé sur la commode.
-Le modèle en plâtre d’Augustin Pajou en 1781 figurant Marie-Antoinette en Vénus présentant son premier fils, le Dauphin Louis-Joseph-Xavier-François de France, né cette année-là. Don du comte et de la comtesse de Niel, entré le 3 avril 1958.
6. Ce qui est non localisé :
-Deux tables en noyer.
-Pliants de la chambre.
-Marchepied du lit.
En résumé
Il y a deux façons de procéder à la restauration d’une pièce historique à Versailles :
- la restitution intégrale comme on le fit dans les années 1970 avec les chambres de Louis XIV et de Marie-Antoinette, voire celle de reine au Petit Trianon dans les années 20008.
- l’évocation à partir d’éléments authentiques approchants disponibles.
En jouant sur les deux tableaux avec un lit recomposé d’après les descriptions d’époque9 mais sans aller jusqu’au rétablissement de la balustrade de l’alcôve et de ses pilastres dont le plan et le dessin sont connus, contrairement au lit ; sans replacer les toiles d’origine au-dessus des portes ; et en ne se livrant pas à la copie ou à l'installation d'une belle copie de la commode de Riesener, aujourd'hui à Chantilly, ainsi que des sièges et tapis qui s’y trouvaient, la conservation de Versailles est restée au milieu du guet, dans ce "en même temps" signalé en introduction et déjà observé, l’an dernier, à propos des lustres de la galerie des Glaces.
Il était tout à fait loisible de remettre le lit d’époque installé dans les années 1960-80 et de confectionner simplement pour le baldaquin le couronnement du pélican et ses petits, à la forte portée symbolique, limitant là les frais de restitution.
Plus cohérent, aurait été l’installation du lit à la romaine de Louis XVI à Saint-Cloud afin de composer un ensemble homogène avec les pliants mis dans la chambre, issus de cette même résidence. Lit qui est aujourd’hui dans la chambre du pape Pie VII à Fontainebleau.
S’agissant de ces pliants, on s’étonnera qu’ils aient été préférés à ceux de la chambre de Louis XV à Versailles, aujourd’hui dans la chambre de Louis XIV (?). Il était tout à fait loisible de les y remettre quand bien même ils n’étaient pas de style Louis XVI alors qu’on a conservé dans cette pièce les toiles des filles de Louis XV et des éléments qui ne s’y trouvaient pas ! Raison de plus pour remettre ceux qui s’y trouvaient.
Le choix de la chambre de Louis XV fait par Van Der Kemp dans les années 1970 se révèle au final plus judicieux que celui de la chambre de Louis XVI aujourd’hui.
En effet, à part les feux de cheminée authentiquement signalés en 1786-87, rien de ce qui est présenté dans la chambre ne se trouvaient là en 1789.
Il s’agit de toute évidence d’une évocation hybride, composite, d’une chambre de Louis XVI dans une résidence royale à la fin de l’Ancien Régime mais sûrement pas de celle du souverain à Versailles en 1789.
Les éléments installés sont trop disparates pour qu’il en soit ainsi.
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Notes
1.Voir Vivien Richard, 2018, p.160-161, et 173, note 81.
2.Vivien Richard rappelle que les pilastres n’apparaissent pas à la réfection de la pièce en 1754-56 et qu’ils durent être réalisés quelques temps auparavant (2018, p. 172, note 55). Ils le furent probablement vers 1753, au moment où Louis XV procédait à plusieurs aménagements dans son appartement intérieur, dont la création de son cabinet d’angle, ensuite du salon de la pendule.
3.Alfred Marie, 1984, p. 337.
4.Vivien Richard, 2018, p. 158, note 55.
5."Tapis fond blanc ayant au milieu une rose moresque en coquille entourée de guirlandes de fleurs sur les quatre faces" avec bordure. Voir Vivien Richard, 2018, p. 160, fig.13 et p. 173, note 75.
6.Sur les feux placés dans cette chambre, voir Vivien Richard, 2018, p. 173, note 89.
7.Le Louvre conserve une figurine d’enfant chevauchant un dauphin, legs Chauchart, inventorié GML7970, qui pourrait être judicieusement présenté ici en lieu et place de la Marie-Antoinette en Vénus.
8.Rappelons que depuis les années 1970, les chambres de Louis XIV et de Marie-Antoinette, tout comme partie du mobilier de la galerie des Glaces sont copies de modèles authentiques. À la fin des années 2000, la conservation de Versailles fit réaliser par le décorateur Jacques Garcia la table et les sièges de l’antichambre du grand couvert de la reine. On réalisa également le billard de la salle éponyme de Louis XVI.
On pourrait multiplier les exemples de réalisations d’après originaux au sein des collections du château ou des deux Trianons.
9.L'opportunité de la restitution de ce lit demeure dans le contexte actuel. Didier Rykner s’était également interrogé dans La Tribune de l’Art en septembre 2017 :
https://www.latribunedelart.com/versailles-le-lit-de-louis-xvi-se-passera-de-ses-parties-sculptees
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Bibliographie sommaire
-Gérald Van Der Kemp, Versailles. Le château – le parc- les Trianons, Art Lys, Versailles 1972, n°24 – La chambre de Louis XV.
-Alfred Marie, Versailles au temps de Louis XV, Paris, Imprimerie Nationale, 1984, p. 327-340.
-Pierre Lemoyne, Versailles et Trianon, Châteaux et Jardins, Paris, RMN, 1991, p. 80-81.
-Jean-Claude Le Guillou, "Le « côté du Roi » au temps de Louis XVI", Versalia, n° 10, 2007, p. 80-142.
-Richard Vivien, "Les chambres du roi à Versailles au XVIIIe siècle, espace de la majesté ?", Versalia, n° 21, 2018, p. 153-174.
-Restauration de la chambre de l’appartement intérieur du roi, dossier de presse, Versailles, avril 2026.
dossier-de-presse-chambre-du-roi-versailles-15-avril-2026-compresse.pdf (16.02 Mo)
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Liens mobilier
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Lien architecture
Versailles : une architecture religieuse royale !
La Ville de Versailles dispose dans ses quartiers historiques (Notre-Dame, Saint-Louis, Montreuil) d’une architecture religieuse XVIIe-XVIIIe de première importance mais souvent négligée par les historiens de l’art, voire la municipalité elle-même, faute de pouvoir en apprécier toute la valeur artistique.
Prise entre les grandes réalisations parisiennes du temps (Saint-Roch, Saint-Sulpice, Sainte-Geneviève (Panthéon), Madeleine, Saint-Eustache, etc) et celles du château et des Trianons, la cité royale peine beaucoup à exister en effet aux yeux des historiens. Et pourtant !
Les architectes de cette période ont pour noms : Hardouin-Mansart, Mansart de Sagonne, Trouard, De Wailly, Mique, Darnaudin, soit parmi les meilleurs de leur temps, distingués par leur sens de la créativité et de l’audace architecturale.
Si l’église Notre-Dame de Versailles (1684-86) de Jules Hardouin-Mansart, paroisse de la famille royale, peut paraître bien pâle aujourd'hui au regard de la chapelle royale (1687-1710) nouvellement restaurée, c’est que la présentation que l’on en fait depuis le XIXe siècle, dépourvue de ses lys et plombs dorés extérieurs, l’a considérablement affadie. Sa vaste coupole sous le dôme et la flèche à plombs autrefois dorés constitue la première du genre à Versailles1.
Il en va de même de la cathédrale Saint-Louis, église royale s’il en fût, avec sa flèche et ses bulbes dorés, agrémentée, avant 1792-93, du blason royal et des lys de France au centre du portail tandis que les portes latérales comportaient les L entrelacés de Louis XV.
Je me suis attaché dans ma thèse soutenue en 2004, puis dans l’ouvrage qui suivit, publié en 2009, à redonner à cet édifice toute l’importance qu’il mérite dans la création religieuse du règne2.
Au-delà de Mansart de Sagonne et de l'éminent Nicolas Pineau, il convient d’évoquer aussi la grande commande picturale faite en 1761 par l’administration des Économats aux meilleurs peintres français du temps (Boucher, Pierre, Vien, Deshays, Jeaurat, Vanloo, Lagrenée, Hallé, Monnet, Millet), si bien évoquée par Xavier Salmon dans ledit ouvrage3. Combien d’historiens de l’art font référence à cette commande majeure dont les œuvres furent exposées au Salon du Louvre et reçurent les commentaires plus ou moins amènes de la critique (Diderot, Grimm, Fréron, l’abbé Le Blanc, etc) ?
Saint-Louis de Versailles, c’est aussi le début du néo-classicisme avec la Chapelle des Catéchismes de Louis-François Trouard en 1764, première réalisation du genre à Versailles, quand le Petit Trianon de Gabriel, commencé en 1762, ne sera pas achevé avant 1770 !
Une chapelle dévolue à l'enseignement religieux des garçons et des filles placés dans deux nefs latérales scandées de niches et de colonnes, séparées par un chœur central surmonté d'un dôme à caissons, le tout sur le mode antique.
Cerise sur le gâteau : les superbes reliefs et médaillons d’Augustin Pajou bien avant ceux de l’Opéra royal4 !
C’est au même Trouard que l’on doit en 1764-70, l’église Saint-Symphorien de Montreuil, première église néo-classique de France avec ses colonnes doriques et son plan basilical à l’antique, repris par Chalgrin à Paris pour Saint-Philippe-du-Roule à compter de 1767-685.
Outre les cannelures des colonnes sur le mode antique, on appréciera les beaux ornements de la porte centrale, déjà Louis XVI, autrefois dorés, et le blason royal au-dessus dont les lys devraient être rétablis comme à Saint-Louis pour une meilleure appréhension de l’origine de l’édifice.
Le Reposoir de Charles De Wailly en 1769, rue Dauphine (Hoche), est sans aucun doute l’une des plus grosses pertes architecturales de la cité royale, voire de l’architecture religieuse du XVIIIe siècle, constituant, comme le rappelle Daniel Rabreau, « le seul exemple d’édifice religieux complet » de l’architecte6.
Démoli en 1880 pour laisser place au temple néo-gothique actuel, cet édifice témoigne de l’importance que le directeur des Bâtiments du roi, le marquis de Marigny, attachait à cet architecte - qu’il fit contrôleur adjoint des Bâtiments de Versailles en 1767 - au point de lui confier ce chantier royal au détriment d'Ange-Jacques Gabriel, premier architecte du roi, après celui de la décoration de l’Opéra royal en 1768.
Cette rotonde néo-classique inscrite dans un carré constituait une version réduite, revue et corrigée, du Panthéon de Rome si apprécié de cette nouvelle génération d’architectes dites des "piranésiens français", préfigurant le projet de chapelle de Darnaudin à l’hôpital royal. Son état nous est connu par la description du Cicérone de Versailles.
L’architecture néo-classique versaillaise put s’enorgueillir au même moment de la maison d’éducation voulue par Marie Lezczynska en 1766, dite "Couvent de la Reine", réalisée par Richard Mique, architecte lorrain qui travaillait pour son père Stanislas en tant que premier architecte7.
Bâti de 1767 à 1772, le couvent royal est sa première réalisation à Versailles. Son importance dans l’architecture du temps est attestée par les beaux plans, profils et élévations du recueil conservé à la Bibliothèque municipale.
Il entendait être l’"un des plus beaux et plus commodes du royaume" aux dires de Madame Adélaïde, laquelle poursuivra, avec ses sœurs Victoire et Sophie, l’œuvre de leur mère à son décès en 1768.
Le couvent est ainsi autant celui de Mesdames que de la feue reine qui dépensèrent plus de 800 000 livres, soit plus de 9 133 000 euros, somme fort importante à cette époque.
La savante composition de la chapelle de plan centré, d’inspiration palladienne8, élevée en 1771-72, témoigne du talent et de l’originalité de Mique qui abandonna le plan basilical initial trop courru.
Il en fit ainsi l’une des plus belles du genre en France avec ses superbes reliefs et ornements par Joseph Deschamps, ses deux rotondes arrière pour le chœur des religieuses et des pensionnaires, la croisée étant rehaussée des peintures de Gabriel Briard et Jean-Jacques Lagrenée.
Mique et Deschamps devaient se retrouver au service de Marie-Antoinette à Trianon dans la décennie suivante (Belvédère, Temple de l’Amour, Théâtre de la Reine).
Enfin, last but not least, la chapelle de Charles-François Darnaudin pour l’Hôpital royal conçu en 1781, réalisée en 1786-90, présente un plan centré des plus originaux avec à l'intérieur, au centre, une rotonde à colonnes et balustrade, inspirée du Tempietto de Bramante (XVIe siècle) mais aussi du baldaquin de baptistère du Latran à Rome (Ve siècle) suivant une tradition chrétienne établie.
Un ensemble qui fut placé au centre d’un espace cubique, coiffé d’une coupole à caissons sur le mode du Panthéon susdit et ce sans le moindre ornement, à l’instar de Trouard à Saint-Symphorien. Un fait notable en cette fin du XVIIIe siècle, souvent prolixe en la matière comme l’attestent les bâtiments évoqués de Mique et de Deschamps à Trianon.
Rappelons que le projet de Darnaudin pour l’hôpital de Versailles figurait au rang des plus beaux du genre en France à la fin de l’Ancien Régime9.
Ainsi, la cité royale présente-t-elle une architecture religieuse de premier ordre à bien des égards, totalement aboutie, quand les chantiers parisiens peinaient souvent à parvenir à leur terme. On ne compte plus en effet les églises de la capitale restées inachevées, parachevées ou modifiées au XIXe siècle. Point de cela à Versailles. Des édifices restés dans leur jus XVIIIe !
On regrettera, bien sûr, les ravages de la Ière République (1792-1804) durant la Terreur (1792-1794) qui ont totalement dépouillées ces merveilles de leurs superbes ornements et mobilier.
On rappellera simplement que Saint-Louis était assurément à la fin du XVIIIe, si l’on en juge par les inventaires et descriptions du temps, l’une des églises les plus somptueuses du pays par la protection apportée par le Dauphin, fils de Louis XV, et sa famille, ornée d’autels de marbres précieux conçus par Trouard dans le nouveau genre, ses peintures, tapis, lustres, rideaux de soie et superbes ornements liturgiques. Seules les peintures de la grande commande réchappèrent de ce monstrueux saccage.
Notre-Dame, Saint-Symphorien et bien d’autres sanctuaires connurent le même sort comme partout en France.
Quand vous passerez par Versailles, ne manquez pas, autant que possible, de jeter un œil sur ces merveilles !
Voir également l'album photos.
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1.Sur cette église royale, voir François Bergot, Notre-Dame. Église paroissiale et royale de Versailles, Versailles, Art Lys, 2005.
2.Voir mon ouvrage La Cathédrale Saint-Louis de Versailles. Un grand chantier royal du règne de Louis XV, Paris, Somogy, 2009.
3.Ibid, p. 204-231.
4.Ibid, p.61-67.
5.Voir Jean-Marie Pérouse de Montclos, Histoire de l’architecture française de la Renaissance à la Révolution, Paris, Mengès, 1989, p. 427 et 432.
6.Sur cet édifice, voir Daniel Rabreau – Monique Mosser, Charles De Wailly, peintre architecte dans l’Europe des Lumières, cat. expo., CNMHS, Paris, 1979, p. 47 ; Cicérone de Versailles, 1822, p. 217.
7.Sur cet ensemble conventuel, actuel Lycée Hoche, voir Sœur Marie-Claire Tibon, Le couvent de la reine, de Compiègne à Versailles, Paris, Cerf, 2012.
8.Fusion de la Villa Rotonda et de la croisée de San Giorgio Maggiore.
9.Sur cet édifice, voir Régine Cabannes, L’hôpital Richaud et ses secrets, autoédition, Versailles, 2009.
Hommage à l’impératrice Eugénie, dernière souveraine des Français, mai 2026
Il y a 200 ans, naissait à Grenade, le 5 mai 1826, la dernière souveraine des Français : l’impératrice Eugénie.
En France, les historiens n’envisagent souvent que son aspect français, quand la personnalité de l’impératrice se révèle bien plus riche, triple en réalité : espagnole, française et anglaise.
Elle était espagnole par sa naissance, sa famille paternelle, son éducation, ses mœurs, sa profonde piété catholique, ses goûts (la corrida, la fête, le soleil, la mer) et son entourage.
Elle était française par son union avec Napoléon III, son fils, le prince impérial, son rôle d’impératrice des Français, ses ami(e)s et relations, son goût de la mode, de l’architecture et de la décoration intérieure.
Elle était anglaise enfin, britannique devrait-on dire, si l’on considère la noblesse écossaise de sa mère et l’alliance Fitz-James Stuart, duc d’Albe, par sa sœur Paca, devenue sa branche héritière, puis par son intimité avec la reine Victoria et son long exil en Angleterre de 1870 à sa mort en 1920, à Chislehurst tout d’abord, au sud-est de Londres, puis à Farnborough Hill (Hampshire), à partir de 1880, sa dernière résidence et sa sépulture.
Lors de mes investigations approfondies sur le domaine impérial de Biarritz dont on parlait si confusément et approximativement, son aspect espagnol m'intrigua beaucoup : des personnalités espagnoles figuraient dans ses relations sans que l’on sache qui elles étaient vraiment, le comment du pourquoi ?
Eugénie disposait de résidences en Espagne (Arteaga, Carabanchel, Belmonte) sans qu’elles aient été vraiment étudiées bien que la première figurât régulièrement aux côtés de celles de Pau et de Biarritz dans l'évocation des résidences impériales.
Je ne saurais trop conseiller la lecture du remarquable article de Jean-Emmanuel Skovron, "De qui Montijo est-il le nom ? Pour une meilleure connaissance de la famille espagnole de l’Impératrice Eugénie" dans Napoleonica. La revue, n° 39, 2021, p. 54-85. Un historien amateur, avocat de profession, d’origine espagnole, qui s’aperçut lui aussi combien les Français ignoraient tout de l’aspect espagnol de la souveraine ou en mélangeaient tout en raison même de la mauvaise appréhension du personnage dès son arrivée sur le trône impérial en 1853.
Ce travail engagé mérite d’être poursuivi. C’est que j’ai fait pour ma part dans l’étude complète sur Arteaga qui paraitra cette année, soulignant l’intérêt profond de Napoléon III pour l’Espagne de son épouse : il apprit l’espagnol et affectionna lui aussi l'ambiance festive de la corrida qu'elle affectionnait tant.
Eugénie, c’est aussi une femme éclectique comme son époque, affectionnant les arts, les jardins, les plantes, la mode, la joaillerie, et … la politique, hélas, comme Marie-Antoinette à laquelle elle se comparait souvent.
Si vous aimez l’impératrice, ne manquez pas l’exceptionnelle visite du musée qui lui est consacré au château de Compiègne et visitez, non loin de là, le château de Pierrefonds, contemporain de la reconstruction de celui d’Arteaga.
Chantilly : les exceptionnelles boiseries du grand salon de la Maison de Sylvie, 1755-56
Ces boiseries animalières du XVIIIe siècle sont sans aucun doute parmi les plus exceptionnelles encore subsistantes de nos jours, tant par leur originalité que leur qualité d’exécution, loin des éternelles boiseries à chicorées rocailles.
Elles auraient mérité de figurer dans l’ouvrage de Bruno Pons, Grands décors français 1650-1800 (Faton, 1999), entre celles du grand salon du château d’Asnières (1750-51, Cliveden House, Grande-Bretagne) et celles du salon du château d’Abondant (1748-50, Louvre).
Tenues loin des visiteurs de Chantilly, les boiseries du grand salon de la Maison de Sylvie, réalisées en 1755-56, n’apparaissent guère sur le net, jalousement conservées par la direction du domaine qui les réserve aux happy fews organisant là évènements et réunions.
C’est lors d’une étude sur le pavillon de chasse du comte d’Eu en forêt de Dreux que je fus conduit jusqu’à elles en 2021. Dès que je les vis, leur influence me sauta aux yeux : ces boiseries à trophées d’animaux ne pouvaient qu’avoir été influencées par celles du grand salon du château d’Asnières-sur-Seine, réalisation majeure de Nicolas Pineau, qui faisaient sensation depuis le début des années 1750. Je les rendis donc à Jean Mansart de Jouy sur la base des éléments ci-après :
-Commanditaire en 1755 du pavillon de chasse destiné à Louis XV, Louis-Charles de Bourbon, comte d'Eu (1701-75), était fils du duc et de la duchesse du Maine.
Au décès de son aîné, le prince de Dombes (1700-55), il hérita du domaine de Sceaux qui voisinait au sud-est avec celui de Berny où résidait son cousin, Louis de Bourbon-Condé, comte de Clermont (1709-71) en tant qu’abbé commendataire de Saint-Germain-des-Prés. Réalisation fameuse de François Mansart, Berny fut restauré par Mansart de Sagonne, "architecte de S.A.S. le comte de Clermont, prince du sang", de 1737 à 1741.
-Le pavillon de chasse de Dreux est voisin du château d’Abondant, propriété de la famille de Souches qui fit intervenir Jean Mansart de Jouy de 1747 à 1750.
-Le choix de ce Mansart par le comte d’Eu fut d’autant plus indiqué que l’architecte était particulièrement en vue des Bourbons par la réalisation du portail de l’église Saint-Eustache à Paris dont la première pierre fut posée par Louis-Philippe d’Orléans, duc de Chartres, en 1754.
-Précepteur de Chartres, le marquis de Voyer, commanditaire des boiseries animalières d’Asnières, se trouvait être aussi allié à la famille Sourches par leur parent commun, le comte de Maillebois dont le marquisat, sis sur la paroisse de Châteauneuf-en-Thymerais, était voisin de celui d'Abondant.
-Enfin, autre élément essentiel et tangible dans le lien entre les derniers Mansart et le comte d'Eu : le service du maître peintre Joseph Labbé, "peintre ordinaire de S.A.S. Louis-Charles de Bourbon, comte d'Eu", qui fut aussi au service de Mansart de Sagonne, apparaissant dans plusieurs de ses réalisations.
Labbé se disait aussi "conseiller de l'Académie de Saint-Luc", ancienne maîtrise des peintres et sculpteurs de la capitale, protégée par le marquis de Voyer au milieu du XVIIIe siècle. Il peignit sans doute lesdites boiseries que l'on voit aujourd'hui. Tout se tient donc.
Dans mon article paru en 2023 dans les Mémoires de la Société historique de l'Oise (t. XLV, p.146-167), on consultera les autres éléments confortant mon authentification.
Héritier du pavillon de chasse de la forêt de Dreux, le duc d'Aumale fit installer, en 1886, les boiseries du salon central dans le grand salon de la Maison de Sylvie par son architecte Honoré Daumet (1826-1911).
Il s’agit là assurément d’une de mes plus heureuses authentifications.
On consultera dans l’album photos le détail de ces superbes boiseries ainsi que leurs parties cintrées (portes et croisées).
La stupéfiante relation de Voyer, Artois & cie. Expo comte d'Artois, Maisons-Laffitte, 14/11/2025 - 02/03/2026
Vous aimez le XVIIIe siècle, l’Angleterre de Barry Lindon, le comte d’Artois et son entourage (Radix de Sainte-Foy, Polignac, Pérusse des Cars), le marquis de Voyer, le cheval, l’architecture de François-Joseph Bélanger (1744-1818) ?
Parution, ce début de mois, dans le "Bulletin des Amis du château de Maisons", n° 18, de mon article sur la relation méconnue de Charles-Philippe de France, comte d’Artois (1757-1836), futur Charles X, avec Marc-René de Voyer d’Argenson (1722-1782), dans le cadre de l’exposition "Le comte d’Artois, prince et mécène" (14/11/2025 – 02/03/2026).
Un article dense et complexe que j’ai pris grand plaisir à écrire, sans doute l’un de mes plus "stupéfiants".
On découvrira en effet les liens étroits du marquis de Voyer avec : Bélanger depuis ses débuts comme élève de Julien-David Le Roy ; le duc de Lauraguais, pionnier du pur-sang anglais en France, protecteur de l’architecte ; la cantatrice Sophie Arnould, maîtresse de Lauraguais, puis de Bélanger ; et, surtout, avec l’élite anglaise du temps dont les lords Shelburne, Clermont, Rockingham, premier ministre de S.M. ; et bien d’autres personnalités. Liens qui retinrent l’attention d’Artois dans ses projets d’écuries et de haras à Maisons, Paris, Fontainebleau (...).
Cet article remet en perspective les travaux de Nicole de Blomac sur l’activité fondamentale du marquis de Voyer en matière de cheval en France au XVIIIe, d’abord principal conseiller du duc de Chartres, futur Philippe-Égalité, puis celui de son cousin Artois, en matière d’achat et de production de pur-sang pour leurs écuries respectives.
L’activité anglaise de Bélanger a été réexaminée à la lumière des correspondances de Voyer avec ses amis Chambers, Le Roy et Shelburne, conservées dans le fonds d’Argenson de Poitiers. La date de 1765 comme premier séjour de l’architecte en Angleterre, telle qu’avancée par Jean Stern en 1930, mais contestée par Janine Barrier en 1990, se voit ainsi confortée.
Découvrez aussi les liens privilégiés du marquis avec l’entourage du comte d’Artois, dont et surtout Jean-François de Pérusse, duc des Cars (1747-1822), qui fit, dans ses mémoires, une passionnante relation de l’accueil réservé par Voyer à Artois au château des Ormes en 1777. L’acquisition conjointe du duché de Châtellerault avec Pérusse des Cars en 1770 est aussi une révélation.
Cet article, c’est enfin l’évocation du rôle de Voyer dans l’éducation du duc de Chartres, la renaissance des courses en France sous Louis XVI et la naissance du Prix du Roi à Vincennes en 1781 ; des échanges entre Voyer et Polignac, premier écuyer d’Artois, directeur des haras du roi, en matière d’acquisition et d’envois de chevaux aux Ormes depuis l’entrepôt général des haras d’Asnières, créé par le marquis en 1752-55.
Cerise sur le gâteau : un portrait inédit de celui-ci en ouverture de propos.
Enjoy !
article Artois - Voyer, Bulletin-Amis-Château-de-Maisons, n°18, 2025, pdf
Plaidoyer pour le château de Maisons. Lettre ouverte à Marie Lavandier
Lettre ouverte à Marie Lavandier, présidente du Centre des Monuments Nationaux (CMN).
Le 30/11/2025
Madame la Présidente,
Le château de Maisons-Laffitte est le fleuron de l’architecture classique française comme rappelé justement dans la belle exposition sur le comte d’Artois, actuellement en cours.
Jacques-François Blondel y conduisit régulièrement ses élèves et des générations d’architectes se sont formés après lui à l’examen scrupuleux de ce chef-d’œuvre du Grand Mansart. François Mansart y exprima en effet sa vision la plus parfaite de l’architecture, n’hésitant pas à démolir les parties qui ne lui convenaient pas, au grand dam de son client, René de Longueil. Mansart est un architecte qui se mérite et ce château ne fut pas peu dans la réputation du nom.
On pensait qu’avec l’exposition, dont les moyens sont perceptibles, le CMN aurait procédé à l’achèvement de la restauration de la façade sur jardin - celle sur cour a été effectuée en 2016, soit 10 ans déjà ! - et que celle de la salle à manger du comte d’Artois, production fameuse de Bélanger, aurait été réalisée. Il n’en est rien. C’est toujours le même état gris, loin du faste cher à Artois.
En poursuivant la visite, on s’aperçoit que la superbe salle de bal et l'antichambre du roi ensuite, la chambre du maréchal de Lannes et d’autres pièces affectent le même état gris indigne d’une demeure de tant de personnalités. La chambre du maréchal Lannes pourrait être aisément rétablie avec le soutien de la Fondation Napoléon ou d’autres institutions napoléoniennes.
Depuis ma première visite dans les années 1980, j’ai toujours eu le même sentiment et d’autres avec moi : le CMN ne prend pas suffisamment la mesure de l’importance historique et patrimoniale de Maisons.
Le jardin est dans un état déplorable malgré le projet de restauration envisagé en 2016 : on attend, en réalité, une restitution dans son état XIXe, celui de Jacques Laffitte, auteur du lotissement du domaine, le seul état qui convienne à ce château en l’état actuel.
Des restaurations ont, certes, été effectuées mais elles ne sont pas judicieuses : couvrir la superbe stéréotomie de François Mansart de chaux blanche, comme elle se pratiquait parfois au XVIIe siècle, n’a pas de sens pour les périodes suivantes (XVIIIe-XIXe siècles). Laissons aux visiteurs la vue du savant assemblage et de la belle blondeur de la pierre. Une chaux rapidement salissante de surcroit, qui contribue au sentiment de négligence évoqué.
S’agissant de l’accueil du public, ne peut-on transférer la boutique dans l’espace symétrique, permettant aux visiteurs de disposer de la place suffisante pour circuler, surtout les groupes, plutôt qu’au sein des tables et présentoirs ? Ne peut-on donner aux personnels d’accueil des installations fonctionnelles, agréables et esthétiques pour les caisses et la consigne ?
De toute évidence, les belles intentions affichées en 2016 sont restées lettre morte (en partie). Il convient d’adopter un programme ambitieux de restaurations et d’aménagement intérieur pluriannuels afin que l’on ait le sentiment de visiter la demeure d’un grand banquier du XIXe siècle plutôt que celle en déshérence de celui-ci.
Meublons, décorons, fleurissons comme le ferait Laffitte !
En vous remerciant de votre intérêt pour ce propos, veuillez recevoir, Madame la Présidente, l’assurance de ma considération distinguée.
Philippe Cachau
Chercheur associé
Historien de l’Art et du Patrimoine
Cliquer sur les images pour les agrandir et les faire défiler.
Galerie des Glaces 2025 : examen critique et historique du nouvel aménagement
C’est un aménagement assez symptomatique de la France Macron, celle du "en même temps", de l’entre-deux, du milieu, avec et sans lustres, et de la façon dont on peut vendre un pseudo-état au public et aux médias.
Le parti actuel est d'autant plus hybride qu'on y mêle des éléments XVIIIe (mobilier, torchères) avec des vasques à orangers devant les fenêtres comme au temps du mobilier d'argent de Louis XIV ?!
Quand on est conservateur du château de Versailles, on ne peut être banal et réduire la galerie des Glaces à n’importe quelle galerie !
Versailles n’est pas un monument quelconque. C’est le lieu de l’excellence française dans tous les domaines : architecture, peinture, sculpture, arts décoratifs, jardins, urbanisme, musique, théâtre, littérature, horticulture, sciences, art équestre, bref la plus sublime expression des deux périodes les plus glorieuses de notre Histoire : le Grand Siècle et le Siècle des Lumières.
L’aménagement de la galerie des Glaces opéré à la fin des années 1970, inauguré en 1980 en même temps que la chambre du roi, entendait redonner au château de Versailles, démeublé par la Ière République en 1793-17941, toute sa magnificence d’Ancien Régime, à savoir celle d’octobre 1789, départ de la cour, dernier état historique attesté.
Une date qui fut arrêtée par Pierre de Nolhac (1859-1936) à la fin du XIXe siècle en vue de la restitution des appartements royaux du corps central2 tandis que l’on conservait le musée historique de Louis-Philippe dans les ailes nord et sud. Les aménagements susdits faisaient suite, rappelons-le, à celui de la chambre de la reine, inauguré en 1976. Un évènement qui fait toujours sensation !
Pour parvenir à ses fins, Gérald Van Der Kemp (1912-2001), éminent conservateur en chef de Versailles de l'après-guerre (1953-1980), s’assura le concours de grands mécènes internationaux, à commencer par celui des Américains3.
Renseignements pris auprès d’une pointure de la conservation de cette époque, il apparait que les lustres de la galerie des Glaces étaient toujours disposés sur trois rangs et pas seulement lors des fêtes, comme en témoignent la vue de Sébastien Leclerc, datée des années 1680, au temps du mobilier d’argent, ainsi que toutes celles montrant la galerie au XVIIIe siècle, notamment durant les soirées de jeux. Un usage qui fut perpétué au XIXe (réceptions de la reine Victoria en 1855 et des souverains européens, de 1856 à 18674).
Si effectivement les lustres étaient montés et démontés après emploi dans les résidences royales par le service des Menus-Plaisirs, il apparaît qu’à la fin du XVIIIe, cet usage s’était perdu et que les lustres demeurèrent en place afin d’éviter les manipulations continuelles, périlleuses et coûteuses.
J’eus l’occasion d’étudier le sujet à propos des lustres de l’église royale Saint-Louis de Versailles, actuelle cathédrale. Montés et démontés après les cérémonies, de 1774 à 1785, ces lustres demeurèrent en place à compter de cette date. Ils participaient du goût du luxe du moment aux côtés des candélabres, tapis et étoffes précieuses5.
Tour à tour lieu de fêtes et de cérémonies, salle des pas perdus et passage obligé des souverains à la chapelle royale lors des messes quotidiennes, la galerie des Glaces était un lieu de représentation autant que de pouvoir, où la cour se pressait pour admirer les cortèges royaux et princiers ou celui des ambassades étrangères.
Le parti d’une seule rangée de lustres dans la galerie, adopté durant l’été 2025, est, par conséquent, parfaitement inadapté et d’autant plus singulier qu’on le justifie, dit-on, pour mieux apprécier le décor de Charles Le Brun, qualifié de "véritable sixtine de l’art français".
Il apparait, en vérité, comme un souhait de renouer avec un état républicain, celui de la IIIe, dont on célèbre cette année les 150 ans avec la réouverture de la salle du Congrès et le réaménagement des espaces périphériques de l'aile sud6.
On rappelera aux tenants de ce parti que la galerie des Glaces n’est pas qu’un plafond mais aussi une architecture, celle de Jules Hardouin-Mansart ; des glaces, bien sûr, produites par la manufacture royale de Saint-Gobain, créée en 1665 afin de concurrencer les productions vénitiennes ; de superbes ornements de bronze et de stucs dorés par les meilleurs sculpteurs et orfèvres du temps (Jacques Buirette, François Lespingola, Pierre Ladoyreau7) ; un mobilier, dont les fameuses torchères de Jacques Gondouin (1737-1818), 24 au total, commandées en 1769 en vue du mariage du Dauphin, futur Louis XVI, avec la Dauphine Marie-Antoinette d'Autriche, l’année suivante. Torchères qui furent reproduites par Gérald Van Der Kemp et Pierre Lemoine d’après les modèles originaux, présentés dans la Grand Appartement du Roi (salon d’Apollon)8.
En supprimant les deux rangées latérales de lustres présentes depuis 45 ans, les tenants de ce parti se trompent à d’autres égards :
-sur un plan pratique, ils assombrissent la galerie durant les périodes automnale et hivernale, lors des réceptions officielles et autres évènements dans la galerie9.
-les effets de faste et de prestige, qui sont l’expression et l’image de Versailles, se trouvent nettement amoindris.
-le respect dû aux grands mécènes qui contribuèrent à l’ambitieuse restitution de 1980, ainsi qu’à la mémoire de ceux disparus, le nom de tous figurant sur les lustres, qu'ils soient retirés ou encore en place. Une injustice donc pour beaucoup.
Soulignons enfin la faiblesse scientifique de la page internet10 et du communiqué de presse du nouvel état, nullement justifié par une vue d'Ancien Régime attestant le bienfondé du parti adopté, preuve de la fantaisie de certains conservateurs de nos jours. Une fantaisie qu’il est aussi loisible d’apprécier dans la transformation continuelle, et pas toujours à propos, d’autres espaces du château11.
On espère que l’on se rendra vite compte de l'erreur commise et que le parti des brillants Van Der Kemp, Lemoine et autres, était finalement le bon.
On ne peut réduire, en effet, la galerie des Glaces au seul plaisir de la vue d’un plafond !
________________________________
1.La Ière République s'étend de 1792 à 1804 et comprend la Convention nationale (1792-1795) avec sa phase de Terreur (1792-1794), le Directoire (1795-1799) et le Consulat (1799-1804). Une période pas particulièrement tendre avec Versailles : après les pillages et le départ de la cour en octobre 1789, le massacre du carrefour Orangerie-Satory en septembre 1792, le projet de démolition du château par le ministre de l'Intérieur, Jean-Marie Roland (de La Plâtière) en novembre, le démeublement organisé en 1793 et la vente du mobilier du 25 août 1793 au 11 août 1794, la fermeture des églises Notre-Dame et Saint-Louis, transformées en "Temple de la Raison" ou "de l'Abondance" (dépôt à grains). La fin des pillages étant décrétée en mai 1794, on revînt à de meilleurs sentiments avec les éphémères Musée central des Arts en 1796 et Musée spécial de l'École française de 1797 à 1810, pendant du Louvre destiné aux écoles étrangères.
2.Un état qui répondait parfaitement à celui extérieur des jardins, restés dans leur état Louis XVI (1774-1776), démantelé dans les années 1990 pour un pseudo-état Le Nostre.
3.Sa seconde épouse, rencontrée en 1958, était américaine. Un rapprochement américain pas toujours bien vu du sérail français d’alors.
4.https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_visites_officielles_au_ch%C3%A2teau_de_Versailles
5.Voir mon ouvrage sur la cathédrale Saint-Louis, Somogy, 2009, p. 56.
6.Ouverture exceptionnelle de la Salle du Congrès. La gare de Versailles-Chantiers porte fièrement l'inscription : "Le Château de Versailles au coeur de la République". La IIIe en l'occurence.
7.On doit à cet orfèvre les superbes trophées suspendus en bronze doré des trumeaux.
8.Il n’est fait aucune allusion à cet artiste réputé à l’évocation de ces torchères dans les interviews.
9.L'intensité des lustres est réglée sur celle de l'éclat d'une bougie.
10.https://www.chateauversailles.fr/presse/restaurations/galerie-glaces-revelee#redecouvrir-lepopee-de-louis-xiv-peinte-par-charles-le-brun
11.On pense notamment à ceux des appartements Dauphin-Dauphine et de Mesdames au rez-de-chaussée du château par le décorateur Jacques Garcia dans les années 2010, revus depuis.
L'incroyable histoire du canal de l'Essonne (1490-1634-1831)
Découvrez l'incroyable histoire du canal de l'Essonne qui, du XVe au XIXe siècle, visa, à la suite du canal de Briare (1605-1642), cher à Henri IV et à Sully, à lier la Loire à la Seine et à favoriser le commerce des régions limitrophes (Gâtinais, Hurepoix, Beauce, Orléanais).
L’association Mémoire et Patrimoine Vivant de Corbeil-Essonnes s’est livrée en 2023, en la personne d’Yves Morelle, à la réalisation d’un beau documentaire intitulé : "Un canal s’est perdu. L’impossible histoire du canal de l’Essonne (1634-1831)".
En vous positionnant sur 27’47’’, vous trouverez mon intervention sur le projet de Jacques Hardouin-Mansart de Sagonne en 1759-67. Projet que j’eus l’occasion d’étudier à la fin des années 1990 dans le cadre de ma thèse sur l’architecte-ingénieur du roi, soutenue en 2004.
Ce canal fit l’objet d’une ample publication circonstanciée en 2018 sous le titre : "Les canaux de la Juine, de l’Essonne et de la Rimarde au XVIIIe siècle. Projets de Jacques Hardouin-Mansart de Sagonne et consorts (1759-1767)", Essonne et Hurepoix, Bulletin de la société historique et archéologique de l’Essonne et du Hurepoix, n° 87, année 2017, 2018, p. 7-70.
Vous trouverez aussi dans ce documentaire l’évocation du château de Montauger, propriété du Département de l’Essonne et, au XVIIIe siècle, de Gilbert-Jérôme Clautrier, premier commis du Contrôle général des Finances, intime de Mansart de Sagonne. Clautrier soutint financièrement ce projet de canal alors que l'architecte réalisait pour lui la reconstruction et l'augmentation du château (1759-1762).
Un aspect méconnu de l’histoire de l’Essonne. Histoire à laquelle j’ai passablement contribué ces vingt dernières années par diverses recherches que vous retrouverez aux Archives départementales de Chamarande.
La vraie histoire des Pineau et de Mansart de Sagonne
Soucieux de permettre à tous ceux qui souhaitent s’informer valablement sur le grand ornemaniste rocaille Nicolas Pineau (1684-1754), il m’a semblé judicieux, en ce 18 juin, de mettre en ligne la partie de ma thèse* relative au sujet.
Les amateurs du style rocaille et des Pineau y trouveront les éléments établis et identifiés par mes soins, il y a bientôt 30 ans, ainsi que ceux portés dans les notes de bas de page de l’examen critique de l’ouvrage bien peu scientifique, voire assez fantaisiste, Nicolas Pineau 1684-1754. Un sculpteur rocaille entre Paris et Saint-Pétersbourg, paru en mars dernier. Examen mis en ligne le mois dernier sur ce site.
Un accès direct à l’information sur Nicolas et Dominique Pineau et leurs liens véritables avec l’architecte Jacques Hardouin-Mansart de Sagonne plus que nécessaire pour mieux appréhender la gravité de ce qui est porté dans cet ouvrage.
Des éléments de réflexion et de méditation pour distinguer en effet ce qu’est une vraie démarche scientifique de ce qui ne l’est pas.
Les amateurs trouveront également le début de mon étude sur un autre ornemaniste rocaille important du milieu XVIIIe : Jules-Antoine Rousseau. Une invitation supplémentaire à consulter ma thèse et à mesurer l'ampleur de la tâche accomplie.
Les fichiers texte et notes sont établis séparément afin de permettre une lecture croisée.
Bonne lecture !
Étude Pineau, thèse, 2004, t.I, pdf
Étude Pineau, thèse, 2004, notes
*Jacques Hardouin-Mansart de Sagonne, dernier des Mansart (1711-1778), thèse, 3 tomes, 2004.
Consultable à : -Paris, INHA ;
-Versailles, Bibliothèque municipale (version intégrale) et Archives communales (version texte seulement).
Sur les Pineau, voir également l'article du 9 mai 2022 sur ce site relatant l'intégralité de mes travaux depuis la fin des années 1980.
Nicolas Pineau (1684-1754) : retour sur l'exposition et l'ouvrage des Arts Décoratifs 2025
On devrait toujours faire des expositions et des ouvrages avec les spécialistes du sujet. Cela éviterait les erreurs d’appréciation et d’induire en erreur le public et le lecteur.
Retour sur l’exposition Rococo & Co. De Nicolas Pineau à Cindy Sherman qui vient de s’achever et l’ouvrage Nicolas Pineau (1684-1754). Un sculpteur rocaille entre Paris et Saint-Pétersbourg, paru en mars dernier, du Musée des Arts Décoratifs.
Pauvres Pineau !
Analyse circonstanciée ici :
pdf
La Live de Jully - Voyer d'Argenson : la relation négligée
Le fonds D’Argenson de Poitiers ne devrait jamais être négligé.
Découvrez mon propos d'avril et l'addendum de mai sur l’ouvrage Ange-Laurent La Live de Jully. Un grand amateur à l’époque des Lumières, Paris, novembre 2024.
Bonne lecture !
analyse, avril 2025
addendum révisé, mai 2025
Mansart de Sagonne : un projet de palais royal pour Lisbonne (1756)
Il est des publications qui sont un honneur, une distinction, une récompense.
À une période où les récompenses sont attribuées parfois sur on-ne-sait quel critère, être publié par une université étrangère et son éminent comité scientifique* est en effet des plus flatteurs : c’est la reconnaissance de son travail hors de France.
Parution, ce mois de mars 2025, dans Modus Operandi, actes du symposium "História de Arte Hoje" organisé par l’Université de Lisbonne, les 14-16 novembre 2022, de mon article : "Jacques Hardouin-Mansart de Sagonne à Lisbonne. Un projet stratégique de palais royal pour la diplomatie française" (p. 233-263).
Ce symposium fut organisé en hommage à l’éminent historien et critique d’art portugais, José Augusto França (1922-2021), à l’occasion du centenaire de sa naissance.
Lors de mes recherches en 1998, j’eus l’honneur de m’entretenir avec ce spécialiste de la Lisbonne du XVIIIe siècle, fort sympathique et ouvert aux doctorants étrangers.
Le projet de palais royal en question fait suite au tremblement de terre survenu à Lisbonne à la Toussaint 1755, si bien évoqué par Voltaire dans Candide (1759).
Si l’on ne dispose pas, malheureusement, des plans et élévations, en revanche, une documentation non négligeable – correspondance diplomatique et des Bâtiments du roi, actes notariés – est conservée.
Souvent abordé par de nombreux historiens ou historiens de l’art (Réau, Cordeiro de Souza, França, Gallet), le sujet ne fut traité que de manière succincte. Il m’appartenait de l’approfondir en établissant les tenants et les aboutissants. Ce fut ainsi l’occasion de faire le point sur la situation artistique et diplomatique des monarchies française et portugaise à la veille de la Guerre de Sept-Ans (1756-1763).
On verra comment Louis XV entendit se servir de sa passion, l’architecture ‒ art ô combien emblématique de l’influence française en ce milieu des Lumières dans le contexte des grands chantiers du règne (place Louis XV de Paris, actuelle place de la Concorde, notamment) – afin de s’allier ou, à défaut, de neutraliser une puissance alliée de l’Angleterre depuis le début du siècle, faisant de ses architectes de véritables agents diplomatiques.
Si le séjour de Mansart de Sagonne en 1756 fut contrecarré par ses prétentions indécentes, la poursuite des secousses et le début du conflit en mai, l’architecte du roi se rendra bien dans la péninsule ibérique plus d’une dizaine d’années plus tard, en 1767-1769, afin de défendre ses projets de canaux en Espagne et de palais royal à Lisbonne. L’intérêt du roi Charles III pour les premiers l’empêcha de pousser plus avant.
On verra aussi comment l’ex-infante Marie-Anne-Victoire d’Espagne, mariée de force à Louis XV en 1721, alors âgée de 3 ans, renvoyée indécemment dans ses foyers en 1725 et devenue reine de Portugal, n’oublia pas l’humiliation subie lorsque le roi de France proposa son aide financière à la couronne portugaise.
Il s’agit là de ma cinquième publication étrangère et de la troisième dans la péninsule ibérique, après celles de Madrid en 2001 ("Archivo español de Arte", n°293) et de Salamanque en 2019 ("Cuadernos dieciochistas", vol. 20).
J’exprime toute ma gratitude à l’Institut d’Histoire de l’Art de la Faculté des Humanités de Lisbonne, ainsi qu’à son comité scientifique, pour cette importante parution.



























































































































