Il y a 200 ans, naissait à Grenade, le 5 mai 1826, la dernière souveraine des Français : l’impératrice Eugénie.
En France, les historiens n’envisagent souvent que son aspect français, quand la personnalité de l’impératrice se révèle bien plus riche, triple en réalité : espagnole, française et anglaise.
Elle était espagnole par sa naissance, sa famille paternelle, son éducation, ses mœurs, sa profonde piété catholique, ses goûts (la corrida, la fête, le soleil, la mer) et son entourage.
Elle était française par son union avec Napoléon III, son fils, le prince impérial, son rôle d’impératrice des Français, ses ami(e)s et relations, son goût de la mode, de l’architecture et de la décoration intérieure.
Elle était anglaise enfin, britannique devrait-on dire, si l’on considère la noblesse écossaise de sa mère et l’alliance Fitz-James Stuart, duc d’Albe, par sa sœur Paca, devenue sa branche héritière, puis par son intimité avec la reine Victoria et son long exil en Angleterre de 1870 à sa mort en 1920, à Chislehurst tout d’abord, au sud-est de Londres, puis à Farnborough Hill (Hampshire), à partir de 1880, sa dernière résidence et sa sépulture.
Lors de mes investigations approfondies sur le domaine impérial de Biarritz dont on parlait si confusément et approximativement, son aspect espagnol m'intrigua beaucoup : des personnalités espagnoles figuraient dans ses relations sans que l’on sache qui elles étaient vraiment, le comment du pourquoi ?
Eugénie disposait de résidences en Espagne (Arteaga, Carabanchel, Belmonte) sans qu’elles aient été vraiment étudiées bien que la première figurât régulièrement aux côtés de celles de Pau et de Biarritz dans l'évocation des résidences impériales.
Je ne saurais trop conseiller la lecture du remarquable article de Jean-Emmanuel Skovron, "De qui Montijo est-il le nom ? Pour une meilleure connaissance de la famille espagnole de l’Impératrice Eugénie" dans Napoleonica. La revue, n° 39, 2021, p. 54-85. Un historien amateur, avocat de profession, d’origine espagnole, qui s’aperçut lui aussi combien les Français ignoraient tout de l’aspect espagnol de la souveraine ou en mélangeaient tout en raison même de la mauvaise appréhension du personnage dès son arrivée sur le trône impérial en 1853.
Ce travail engagé mérite d’être poursuivi. C’est que j’ai fait pour ma part dans l’étude complète sur Arteaga qui paraitra cette année, soulignant l’intérêt profond de Napoléon III pour l’Espagne de son épouse : il apprit l’espagnol et affectionna lui aussi l'ambiance festive de la corrida qu'elle affectionnait tant.
Eugénie, c’est aussi une femme éclectique comme son époque, affectionnant les arts, les jardins, les plantes, la mode, la joaillerie, et … la politique, hélas, comme Marie-Antoinette à laquelle elle se comparait souvent.
Si vous aimez l’impératrice, ne manquez pas l’exceptionnelle visite du musée qui lui est consacré au château de Compiègne et visitez, non loin de là, le château de Pierrefonds, contemporain de la reconstruction de celui d’Arteaga.
