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Le prétendu portrait du marquis de Voyer par François-Hubert Drouais
Par
Philippe CACHAU
Le 07/11/2021
Ce devait être l'autre évènement de l'inauguration des décors de l'hôtel de Voyer (Chancellerie d'Orléans) aux Archives Nationales, le 19 octobre dernier : la présentation d'un portrait inédit de leur commanditaire, Marc-René de Voyer d'Argenson, marquis de Voyer, attribué à François-Hubert Drouais.
D'après le cartel, qui ne présente, suivant l'usage, aucun point d'interrogation ou le terme "présumé", ce portrait serait celui du marquis de Voyer, vers 1750.
Ce cartel se montre plus affirmatif encore, évoquant sa biographie et la commande des décors à Charles De Wailly.
Le portrait fut découvert, expose-t-on, par l'historienne de l'art Carole Blumenfeld dans une collection privée en 2007.
Il a été examiné par une autre historienne, spécialiste des collections de peintures du marquis, Anne Leclair. Suite aux observations ci-après, elle a finalement admis que ce ne pouvait être lui.
Après un examen minutieux des traits du visage du présumé marquis de Voyer, il apparait en effet que ce ne peut être lui.
La comparaison avec ceux du vrai marquis (yeux, nez et menton), d'après les portraits bien connus de Maurice-Quentin La Tour en 1752 et de Charles-Nicolas Cochin, gravé par Claude-Henri Watelet, en 1754, ainsi que - c'est la révélation de ce propos - d'un portrait du marquis conservé dans la famille Voyer d'Argenson, dont nous livrons le détail ici1, viennent le confirmer.
Le premier aspect le plus flagrant sont les yeux : comme son père, le comte Marc-Pierre d'Argenson, Marc-René de Voyer présente des yeux globuleux, patents sur la gravure de Cochin et le portrait de famille, ainsi qu'en témoignent les détails ci-dessous. Ils ne correspondent nullement au doux regard du personnage présenté le 19 octobre 2021.
Le nez de celui-ci remonte au bout et présente une légère bosse au milieu, quand celui de Voyer est long, droit et légèrement tombant. Les narines de Voyer sont aussi larges tandis que celle de l'anonyme sont plus étroites.
La différence de traits est aussi patente au droit du menton : l'anonyme présente un menton en galoche qui n'apparait pas sur la gravure de Cochin.
Anne Leclair attribue ce portrait à Drouais, quand d'autres spécialistes y voient plutôt la main de Guillaume Voiriot (1713-1799), son confrère de l'Académie royale de peinture et de sculpture.
Rappelons, pour mémoire, que l'on ne connait, à preuve du contraire, aucun lien entre Voyer et Drouais2 quand, bien au contraire, Voiriot exécuta le portrait de Guillaume II Coustou, sculpteur de notre marquis à Asnières, qui fut aussi celui d'autres artistes.
L'hypothèse de Drouais est d'autant moins probante qu'il fut le portraitiste de Madame de Pompadour, ennemie jurée du marquis de Voyer3 !
Enfin, le prétendu marquis est présenté le compas à la main où Anne Leclair a vu, à juste titre, une allusion à son goût de l'architecture qui pourrait être aussi celle, ne l'oublions pas, de sa qualité de franc-maçon qu'il partageait avec de nombreux aristocrates éclairés de son temps comme avec ses architectes Jacques Hardouin-Mansart de Sagonne et Charles De Wailly4.
Toutefois, le globe-terrestre à l'arrière-plan n'est nullement celui de l'"ami des arts" que fut Voyer, suivant l'expression de l'architecte François-Joseph Bélanger, mais bien plutôt celui d'un homme féru de sciences et de découvertes5. À moins qu'il ne faille voir là le symbole de son universalisme (?).
Au-delà du portrait anonyme examiné ici, il existe bien, en effet, un portrait du marquis de Voyer assis à son bureau, dans son cabinet de travail de style rocaille. La mauvaise qualité du cliché remis en 1989 ne nous permet pas de le montrer ici.
Quant à l'identité du personnage présenté le 19 octobre, elle demeure pleine et entière.
Avis donc à la sagacité des historiens et professionnels du monde de l'art comme au comité scientifique chargé du remontage des décors6 !
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1.Cliché aimablement communiqué par le comte Marc-René D'Argenson (1948-1999) en 1989, jamais reproduit jusqu'ici en raison de sa mauvaise qualité.
2.Le nom de l'artiste n'apparait pas dans l'inventaire de l'abondante correspondance de la famille et du marquis de Voyer en particulier, conservées dans le fonds D'Argenson de la bibliothèque universitaire de Poitiers.
3.Sur leur rivalité artistique, voir mon article "Le mécénat du marquis de Voyer aux château et haras d'Asnières-sur-Seine : enjeux politiques et culturels (1750-1755)", Bulletin de la Société de l'Histoire de l'Art français, année 2013, 2017, p. 139-171. Le harcèlement de la marquise contraignit Voyer à démissionner des haras du roi en juillet 1763. Mal lui en prit puisqu'elle décéda quelques mois plus tard, en avril 1764. Rappelons que cette femme de pouvoir avait déjà joué un mauvais tour à son père, le comte d'Argenson, en le faisant exilé en 1757, pour une raison demeurée obscure, sur sa terre des Ormes par Louis XV. Il est vrai que le comte avait cherché à éloigner la marquise du roi avec la jeune et charmante Choiseul-Beaupré !
4.Cet aspect de sa personnalité, longtemps ignoré des historiens fut évoqué dans ma thèse à Paris-I en 2004 (t.I, p. 472-474) et publié sommairement dans les Annales de la journée d'histoire du château des Ormes en 2013 (p. 27-29). La loge du marquis de Voyer, comme celle de Mansart de Sagonne, n'est pas connue. De Wailly appartenait, quant à lui, à celle des "Neuf Sœurs", fondée en 1776, mais il est probable qu'il fut initié bien plus tôt par le marquis, son mentor. Voir Monique Mosser-Daniel Rabreau, Charles De Wailly, peintre architecte dans l'Europe des Lumières, catalogue expo, CNMHS, 1979, p. 23-24.
5.Mes travaux pour le programme du CRCV, "Sciences à la cour", en 2007-2008. Outre les arts sous toutes leurs formes et le cheval, Voyer était aussi féru de philosophie et de métaphysique par ses échanges avec Voltaire, Dom Deschamps, Helvétius et bien d'autres, plutôt que de sciences.
6.On s'étonne que ce comité scientifique n'ait pas davantage examiné la pertinence d'une telle attribution.
Mansart de Sagonne, De Wailly et le marquis de Voyer aux Archives Nationales
Par
Philippe CACHAU
Le 28/10/2021
Le hasard fait parfois bien les choses !
Aurait-on pensé jamais voir un jour, aux Archives Nationales qui plus est, haut-lieu de la mémoire française, les deux architectes successifs de Marc-René de Voyer d'Argenson, marquis de Voyer (1722-1782), réunis : Jacques Hardouin-Mansart de Sagonne (1711-1778) et Charles De Wailly (1730-1798)1 ? !
Au-delà des deux architectes, ce sont aussi leurs sculpteurs-ornemanistes attitrés qui se retrouvent également au sein du quadrilatère des Archives Nationales : Nicolas Pineau (1684-1754) pour le premier, Augustin Pajou (1730-1809) pour le second.
Découvrez dans l'album photos, les clichés de l'inauguration des splendides décors de l'hôtel de Voyer, faussement dénommés "de la Chancellerie d'Orléans" depuis le XIXe siècle, le 19 octobre 2021, par Roselyne Bachelot, ministre de la Culture, et François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, propriétaire des décors, aujourd'hui installés au rez-de-chaussée de l'hôtel de Rohan-Strasbourg.
Cette opération consacre, de manière inespérée, mes travaux scientifiques sur ces artistes, engagés depuis la fin des années 1980.
Le miracle de ces merveilleux décors est d'autant plus surprenant qu'ils dormaient depuis plus d'un siècle dans un entrepôt de la Banque de France à Asnières-sur-Seine, là même où le marquis de Voyer engagea sa fabuleuse aventure de grand mécène dans les années 17502 !
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1.Jacques Hardouin-Mansart de Sagonne est l'architecte de la maison Clautrier (1752), 56 rue des Francs-Bourgeois, direction des Archives de France, et Charles de Wailly est l'architecte des décors de l'hôtel de Voyer, présentés au rez-de-chaussée de l'hôtel de Rohan-Strasbourg.
2.Rarement personnalité privée aura autant bâti et dépensé en matière de demeures et de décors au XVIIIe siècle : Paris, Asnières, Les Ormes, La Guerche, Argenson et bien d'autres lieux. Bâtiments qui étaient souvent d'une ampleur exceptionnelle, ne l'oublions pas !
Catalogue en ligne de la statuaire de Versailles et Trianon par Alexandre Maral, 2021
Par
Philippe CACHAU
Le 20/09/2021
Depuis fin juillet 2021, le catalogue d'Alexandre Maral sur la statuaire de Versailles et de Trianon du XVIIe au XXe siècle est en ligne :
https://sculptures-jardins.chateauversailles.fr/essais/remerciements.php#hn
Ce travail colossal tant attendu, auquel je pris part de juin 2006 à septembre 2007, à la suite de Roland Bossart, documentaliste du château, en collaboration avec lui et l'auteur, demeure le meilleur souvenir conservé de mon passage à la conservation de Versailles.
Ce fut, en effet, pour moi l'occasion de remettre sur pied le travail engagé par Simone Hoog, prédécesseure d'Alexandre Maral aux sculptures du domaine national, complétant substantiellement le nombre de fiches réalisées des statues, bustes et reliefs que connut Versailles depuis sa création.
Un travail de recherche (sources, bibliographie, iconographie) qui servit de base à son tour aux nombreux autres collaborateurs qui suivirent.
Ce fut aussi un moment passionnant de découverte d'une foule d'œuvres insoupçonnées, du XVIIe au XXe siècle.
Bref, une autre vision du parc de Versailles, premier musée statuaire en plein air du monde.
Le relief de l'Adoration de la Vierge de la chapelle royale d'Amboise identifié
Par
Philippe CACHAU
Le 18/09/2021
On ignorait, jusqu'à l'an dernier, l'auteur exact du relief XIXe figurant Charles VIII et Anne de Bretagne en adoration devant la Vierge à l'Enfant sur le portail de la chapelle royale Saint-Hubert du château d'Amboise. Relief qui vînt remplacer la rosace réalisée sous Louis-Philippe.
Attribué à Adolphe-Victor Geoffroy-Dechaume (1816-1892) par Jean-Pierre Babelon dans son ouvrage sur le château publié en 1990, je l'ai rendu en 2020 au sculpteur Eugène Legrain (1837-1915) dans l'étude préalable aux ouvrages de restauration de la chapelle placés sous la direction d'Étienne Barthélémy, architecte M.H.. Relief qui fut exécuté en 1879-80.
Si ce sculpteur n'évoque plus rien aujourd'hui, il était, au contraire, très en vue à Paris au moment de la réalisation de ce relief, s'étant vu confié la fontaine du Palais du Trocadéro pour l'Exposition universelle de 1878. Fontaine dont Auguste Rodin, alors au début de sa carrière, exécuta les mascarons, portés ensuite à la cascade du parc de Sceaux en 1937.
Cette attribution, rendue possible par la correspondance de Victor Ruprich-Robert au comte de Paris, conservée aux Archives nationales, vient lever une énigme sur l'auteur véritable de ce relief que l'on croit souvent daté de la période gothique.
Il apparait, en vérité, plutôt anachronique au regard de celui au-dessous, de style gothico-renaissant, figurant Le miracle de Saint-Hubert, contemporain du retour d'Italie de Charles VIII en 1495.
Quand le XIXe siècle néo-gothique trompe son monde !
https://collections.musee-rodin.fr/fr/museum/rodin/mascarons-pour-la-fontaine-du-trocadero
Article Nouvelle République Amboise du 9 octobre 2021
Alexis de Tocqueville : de Versailles à la Touraine
Par
Philippe CACHAU
Le 13/09/2021
On ne présente plus Alexis de Tocqueville (1805-1859), de son vrai nom Alexis-Henri-Charles Clérel, comte de Tocqueville, chantre de la démocratie américaine.
Le début de sa carrière fut marqué par sa nomination en 1827 en tant que juge auditeur au Tribunal royal de Versailles. Son père était alors préfet de Seine-et-Oise.
Cette nomination lui valut de faire la connaissance de Gustave Bonnin de La Bonninière de Beaumont, dit Gustave de Beaumont (1802-1866), désigné l'année précédente (22 février 1826), procureur du roi au tribunal de première instance. Beaumont restera au tribunal de Versailles jusqu'à sa nomination à celui de Paris, le 27 septembre 1829.
Les deux hommes, qui étaient de la même génération et pétris des mêmes idées, se lièrent d'une amitié indéfectible dans la cité royale. Beaumont hébergea ainsi son ami au 66 rue d'Anjou où il disposait d'un appartement.
Une plaque commémorative rappelle la présence de Tocqueville à cet endroit, de 1828 à 18321.
Elle m'est sensible à plusieurs titres : non seulement en tant qu'enfant du quartier Saint-Louis de Versailles, mais aussi en tant qu'ex-voisin du lieu durant deux décennies, puis en tant qu'auteur d'un ouvrage sur la famille de Beaumont et son fief tourangeau, paru en 20192.
En 1830, suite à leur démarche auprès du garde des Sceaux, Tocqueville et Beaumont obtinrent du gouvernement un congé de dix-huit mois afin de se rendre aux États-Unis pour étudier le système pénitentiaire, aux conceptions alors révolutionnaires en matière de gestion des détenus. En avril 1831, les deux hommes embarquèrent au Havre pour New York.
Ce séjour, qui s'étendit jusqu'en janvier 1832, valut aux deux amis la sortie d'ouvrages majeurs pour le XIXe siècle, à savoir :
Pour Gustave de Beaumont, Du système pénitentiaire aux États-Unis (1833) en collaboration avec Tocqueville et Marie ou de l'esclavage aux États-Unis (1835), première grande dénonciation de la situation des Noirs américains.
Pour Tocqueville, l'ouvrage en deux tomes, De la démocratie en Amérique (t. I, 1835 ; t.II, 1840), "best-seller" de la littérature libérale, tant française qu'européenne.
Les deux hommes se livreront ensuite à une carrière politique sur les bancs de l'Assemblée en tant que députés.
En 1853, Tocqueville éprouvant le besoin de passer l’été et l’hiver en province - le Second Empire n'était pas sa tasse de thé ! -, son ami Gustave de Beaumont lui trouva une demeure, Les Trésorières, à Saint-Cyr-sur-Loire, en périphérie de Tours. Il y séjourna de juin 1853 à mai 1854.
Ceci lui permit d'entreprendre des recherches aux Archives départementales d’Indre-et-Loire pour servir son essai L'Ancien Régime et la Révolution (Paris,1856). Tocqueville décédera cinq ans plus tard à Cannes.
Cette présence d'Alexis de Tocqueville à Saint-Cyr-sur-Loire, dans la région de la famille de Beaumont, lui vaut aujourd'hui son portrait sur un rond point très fréquenté de la ville.
On regrettera que Gustave de Beaumont, issu d'une des plus vieilles familles tourangelles et ce depuis le Moyen Age, né à quelques kilomètres de là, à Beaumont-la-Ronce, n'ait disposé de semblable faveur près de lui, son œuvre littéraire, certes quelque peu oublié aujourd'hui, ayant été au moins aussi important en son temps.
Espérons que ce regrettable oubli saura être réparé par la municipalité.
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1. Les dates de cette plaque sont sujettes à caution. Il est possible que Tocqueville ait continué à demeurer à Versailles après sa nomination à Paris en 1829 mais la date d'avril 1831 est plus exacte pour son départ définitif, étant en Amérique jusqu'en 1832 et à Paris ensuite.
2. Ouvrage disponible sur demande (12 euros + frais de port).
Emmerveillez-vous au Garde-Meuble de la Couronne !
Par
Philippe CACHAU
Le 29/07/2021
Si vous êtes férus du XVIIIe siècle, vous serez comblés !
Courez vous plonger dans cette époque d'un raffinement extrême en visitant les splendides appartements privés des directeurs du Garde-Meuble de la Couronne, devenu hôtel de la Marine à la fin du XVIIIe siècle.
Au-delà du Siècle des Lumières, vous vous laisserez séduire par le luxe inouï des grandes salles XIXe sur la place de la Concorde, ainsi que par celui du café-restaurant La Pérouse dans la grande cour, nouveau lieu tendance de la capitale.
Vous aurez un avant-goût de ce qui vous attend en vous rendant dans l'album photos.
N'hésitez pas à cliquer sur les images pour les agrandir comme toutes celles de ce site.
Bonne visite !
Frissonnez au château de Jossigny (Seine-et-Marne) !
Par
Philippe CACHAU
Le 10/07/2021
Donnez-vous des frissons au château de Jossigny, charmant château XVIIIe de style rocaille, rendu par mes soins à Jacques Hardouin-Mansart de Sagonne dans les années 2000 et 2010*.
Il est toujours heureux de voir ses travaux scientifiques exploités pour le public à des fins ludiques.
C'est ce qu'a réalisé la jeune équipe talentueuse de DeathScape Story Games, réunie par Pierre Wagner et Pascal Barbe, à l'imagination débordante. Vous pourrez en juger par la présentation en liens ci-dessous.
L'ouverture de ce jeu à sensations dans le château s'est déroulée avec succès, les 3 et 4 juillet derniers.
Le jeu se tient tous les week-ends de l'année jusqu'à la saison 2022 (au moins).
Félicitations aux Centre des Monuments nationaux, à la Conservation de Champs-sur-Marne et à l'équipe de DeathScape Story Games pour ce projet novateur d'animation du patrimoine !
https://www.chateausanglant-escapegame.fr
https://www.crazyradio.fr/2021/07/marne-et-gondoire-frissonnez-au-chateau-sanglant-de-jossigny
*Rendu dans ma thèse soutenue en 2004 et dans mes articles publiés en 2011 et 2012 dans les Cahiers de l'histoire de l'art (voir Articles).
Pierre Meusnier, un grand architecte tourangeau du XVIIIe siècle à (re)découvrir.
Par
Philippe CACHAU
Le 12/05/2021
Qui se souvient encore de Pierre Meusnier (1711-1781) à Tours et en Touraine ?
À part de rares historiens, plus personne n'a conservé le souvenir de ce grand architecte tourangeau du XVIIIe siècle.
Pourtant, et fort heureusement, nombre de ses bâtiments sont parvenus jusqu'à nous. Ils ont survécu aux affres de l'Histoire et particulièrement aux nombreuses démolitions de la Seconde Guerre mondiale et de l'Après-Guerre.
Le Palais du Commerce, dit "Hôtel des Consuls" au XVIIIe siècle, rue Jules Favre, demeure l'une de des plus belles réalisations de l'architecte à Tours, celle d'un style rocaille qu'il répandit dans la Touraine des Lumières.
Actuelle propriété du Conseil départemental d'Indre-et-Loire* et Chambre de Commerce de Tours jusqu'en 2018, le bâtiment fut érigé de 1757 à 1759.
Je m'étais penché sur son histoire dans les années 1990 lors de mes recherches en thèse sur Jacques Hardouin-Mansart de Sagonne auquel l'édifice fut souvent attribué.
Cette attribution n'était pas totalement infondée, tant les similitudes, biographiques comme esthétiques, sont nombreuses entre les deux architectes comme on le découvrira dans mon article pour la Société Archéologique de Touraine.
La vérité sur l'auteur de l'édifice fut établie par mes soins dès 1994. Découverte faite, non à Tours, mais aux Archives nationales, comme mentionnée dans ma thèse soutenue en 2004.
Cet article est aussi l'occasion de dresser un bref panorama de l'activité de Pierre Meusnier à Tours et en Touraine.
En 2013, je lui rendis les ailes et pavillons latéraux actuels du château des Ormes, édifiés de 1757 à 1764 pour le comte Marc-Pierre de Voyer d'Argenson, ministre de la Guerre, alors exilé par Louis XV sur ses terres tourangelles.
D'autres bâtiments demeurent à réattribuer. C'est tout l'objectif que je me suis assigné dans le cadre de la redécouverte des réalisations post-Renaissance de la Touraine.
*Seule la partie fin XIXe en retour sur la rue Berthelot appartenait à la Chambre de Commerce, vendue en 2018.
Société archéologique de Touraine SAT 37
























