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La vraie histoire des Pineau et de Mansart de Sagonne

Par Le 18/06/2025

Soucieux de permettre à tous ceux qui souhaitent s’informer valablement sur le grand ornemaniste rocaille Nicolas Pineau (1684-1754), il m’a semblé judicieux, en ce 18 juin, de mettre en ligne la partie de ma thèse* relative au sujet.

Les amateurs du style rocaille et des Pineau y trouveront les éléments établis et identifiés par mes soins, il y a bientôt 30 ans, ainsi que ceux portés dans les notes de bas de page de l’examen critique de l’ouvrage bien peu scientifique, voire assez fantaisiste, Nicolas Pineau 1684-1754. Un sculpteur rocaille entre Paris et Saint-Pétersbourg, paru en mars dernier. Examen mis en ligne le mois dernier sur ce site.  

Un accès direct à l’information sur Nicolas et Dominique Pineau et leurs liens véritables avec l’architecte Jacques Hardouin-Mansart de Sagonne plus que nécessaire pour mieux appréhender la gravité de ce qui est porté dans cet ouvrage.

Des éléments de réflexion et de méditation pour distinguer en effet ce qu’est une vraie démarche scientifique de ce qui ne l’est pas. 

Les amateurs trouveront également le début de mon étude sur un autre ornemaniste rocaille important du milieu XVIIIe : Jules-Antoine Rousseau. Une invitation supplémentaire à consulter ma thèse et à mesurer l'ampleur de la tâche accomplie. 

Les fichiers texte et notes sont établis séparément afin de permettre une lecture croisée.

Bonne lecture !

 

  Etude Pineau, Cachau, thèse, 2004, t. I, texteÉtude Pineau, thèse, 2004, t.I, pdf    Etude Pineau, Cachau, thèse, 2004, t. I, notesÉtude Pineau, thèse, 2004, notes 

 

*Jacques Hardouin-Mansart de Sagonne, dernier des Mansart (1711-1778), thèse, 3 tomes, 2004.

 Consultable à : -Paris, INHA ;

                         -Versailles, Bibliothèque municipale (version intégrale) et Archives communales (version texte seulement).

 

Sur les Pineau, voir également l'article du 9 mai 2022 sur ce site relatant l'intégralité de mes travaux depuis la fin des années 1980.

 

 

                                                    Jacques-Hardouin Mansart de Sagonne, château de Jossigny, 1753

                                                          

 

                                            

Nicolas Pineau (1684-1754) : retour sur l'exposition et l'ouvrage des Arts Décoratifs 2025

Par Le 27/05/2025

On devrait toujours faire des expositions et des ouvrages avec les spécialistes du sujet. Cela éviterait les erreurs d’appréciation et d’induire en erreur le public et le lecteur.

Retour sur l’exposition Rococo & Co. De Nicolas Pineau à Cindy Sherman qui vient de s’achever et l’ouvrage Nicolas Pineau (1684-1754). Un sculpteur rocaille entre Paris et Saint-Pétersbourg, paru en mars dernier, du Musée des Arts Décoratifs.

Pauvres Pineau !

Analyse circonstanciée ici :  Examen critique expo et ouvrage Pineau 2025, Ph. Cachau, mai 2025pdf

 

 

Louis Caravaque (d'après), Nicolas Pineau, vers 1742, collection Emile Biais, non localisé.   Jacques Hardouin-Mansart de Sagonne - Nicolas Pineau, Maison des Dames de Saint-Chaumond, Paris, 1734, cl. Ph. Cachau   Louis Caravaque (d'après), Dominique Pineau, vers 1742, non localisé.

La Live de Jully - Voyer d'Argenson : la relation négligée

Par Le 02/04/2025

Le fonds D’Argenson de Poitiers ne devrait jamais être négligé.

Découvrez mon propos d'avril et l'addendum de mai sur l’ouvrage Ange-Laurent La Live de Jully. Un grand amateur à l’époque des Lumières, Paris, novembre 2024.

Bonne lecture !

 

  Propos révisé, avril 2025analyse, avril 2025         Addendum révisé, mai 2025addendum révisé, mai 2025


   

        François Gérard, Julien-David Le Roy, père de l'hellénisme français, fin XVIIIe           Joseph Ducreux (attr. à), Ange-Laurent La Live de Jully, vers 1765, Saint-Quentin, musée Antoine Lecuyer            Charles-Nicolas Cochin, Marc-René de Voyer d'Argenson, marquis de Voyer, Londres, British Museum.

Mansart de Sagonne : un projet de palais royal pour Lisbonne (1756)

Par Le 27/02/2025

Il est des publications qui sont un honneur, une distinction, une récompense. 

À une période où les récompenses sont attribuées parfois sur on-ne-sait quel critère, être publié par une université étrangère et son éminent comité scientifique* est en effet des plus flatteurs : c’est la reconnaissance de son travail hors de France.

Parution, ce mois de mars 2025, dans Modus Operandi, actes du symposium "História de Arte Hoje" organisé par l’Université de Lisbonne, les 14-16 novembre 2022, de mon article : "Jacques Hardouin-Mansart de Sagonne à Lisbonne. Un projet stratégique de palais royal pour la diplomatie française" (p. 233-263).

Ce symposium fut organisé en hommage à l’éminent historien et critique d’art portugais, José Augusto França (1922-2021), à l’occasion du centenaire de sa naissance.

Lors de mes recherches en 1998, j’eus l’honneur de m’entretenir avec ce spécialiste de la Lisbonne du XVIIIe siècle, fort sympathique et ouvert aux doctorants étrangers.

 

                                                        José Augusto França (1922-2021)

 

Le projet de palais royal en question fait suite au tremblement de terre survenu à Lisbonne à la Toussaint 1755, si bien évoqué par Voltaire dans Candide (1759).

Si l’on ne dispose pas, malheureusement, des plans et élévations, en revanche, une documentation non négligeable – correspondance diplomatique et des Bâtiments du roi, actes notariés – est conservée.

Souvent abordé par de nombreux historiens ou historiens de l’art (Réau, Cordeiro de Souza, França, Gallet), le sujet ne fut traité que de manière succincte. Il m’appartenait de l’approfondir en établissant les tenants et les aboutissants. Ce fut ainsi l’occasion de faire le point sur la situation artistique et diplomatique des monarchies française et portugaise à la veille de la Guerre de Sept-Ans (1756-1763).

 

     Le palais royal de Lisbonne et le Terreiro do Paço avant le tremblement de 1755, anonyme, XVIIIe siècle, Lisbonne, Museu da Cidade.               Le palais royal de Lisbonne après le tremblement de 1755, anonyme, 1756, estampe, Lisbonne, Museu da Cidade.

 

On verra comment Louis XV entendit se servir de sa passion, l’architecture art ô combien emblématique de l’influence française en ce milieu des Lumières dans le contexte des grands chantiers du règne (place Louis XV de Paris, actuelle place de la Concorde, notamment) – afin de s’allier ou, à défaut, de neutraliser une puissance alliée de l’Angleterre depuis le début du siècle, faisant de ses architectes de véritables agents diplomatiques.

Si le séjour de Mansart de Sagonne en 1756 fut contrecarré par ses prétentions indécentes, la poursuite des secousses et le début du conflit en mai, l’architecte du roi se rendra bien dans la péninsule ibérique plus d’une dizaine d’années plus tard, en 1767-1769, afin de défendre ses projets de canaux en Espagne et de palais royal à Lisbonne. L’intérêt du roi Charles III pour les premiers l’empêcha de pousser plus avant.

 

                                                            Gaspard Frois Machado, la place du Commerce d’après le projet d’Eugenios dos Santos, XVIIIe siècle, estampe, Lisbonne, Museu da Cidade.

 

On verra aussi comment l’ex-infante Marie-Anne-Victoire d’Espagne, mariée de force à Louis XV en 1721, alors âgée de 3 ans, renvoyée indécemment dans ses foyers en 1725 et devenue reine de Portugal, n’oublia pas l’humiliation subie lorsque le roi de France proposa son aide financière à la couronne portugaise.

Il s’agit là de ma cinquième publication étrangère et de la troisième dans la péninsule ibérique, après celles de Madrid en 2001 ("Archivo español de Arte", n°293) et de Salamanque en 2019 ("Cuadernos dieciochistas", vol. 20).

J’exprime toute ma gratitude à l’Institut d’Histoire de l’Art de la Faculté des Humanités de Lisbonne, ainsi qu’à son comité scientifique, pour cette importante parution.

Article consultable ici.

* https://calenda.org/970869

 

                                                                         Philippe Cachau, article Lisbonne, 2024 (2025), p. 1

Inauguration du grand orgue de la cathédrale Saint-Louis, Versailles, janvier 2025

Par Le 20/01/2025

Les 17-18 et 26 janvier 2025 verront l’inauguration du grand orgue de la cathédrale Saint-Louis de Versailles, après six ans de restauration.

Réalisé en 1760-1761 par Louis-Alexandre Cliquot (1680-1760) et son fils François-Henri (1732-1790), qui le paracheva à la mort de son père, cet orgue de 53 tonnes, classé M.H. en 1906, figure au rang des plus grands instruments liturgiques du XVIIIe siècle au même titre que l’orgue de la chapelle royale du château, œuvre de Robert et Jean Cliquot (1710-1771), respectivement père et aïeul des précédents.

 

                                                            Grand orgue, vue générale depuis la croisée, cl. Ph Cachau

 

Inauguré aux vêpres du 31 octobre 1761, veille de Toussaint, il fut joué, nous dit L’Avant-Coureur, durant trois-quart d’heure devant Louis XV par son organiste Nicolas-Hubert Paulin (1713-1785).

L’orgue fut restauré à plusieurs reprises au XIXe siècle. Les interventions les plus notables sont celles de : Pierre-François Dallery (1807-1808), son fils Louis-Paul (1828-1829), John Abbey (1838-1839) et, surtout, Aristide Cavaillé-Coll (1859-1863). 

 

                     Partie gauche du grand orgue, détail, cl. Ph. Cachau       Le positif, détail, cl. Ph. Cachau        Partie droite du grand orgue, détail, cl. Ph. Cachau

                              

Restauré à nouveau en 1901-1902, l’orgue dut attendre 1987-1989 pour que l’on procédât à une nouvelle intervention d’envergure en vue du bicentenaire de la Révolution française. Je me souviens encore de l’inauguration, le 15 octobre 1989, avec le récital de Marie-Claire Alain. L’orgue fut béni alors par Mgr Jean-Charles Thomas, évêque de Versailles.

La colle employée durant cette restauration entraina malheureusement une dégradation lente des 3248 tuyaux, constatée en 2000. Ce n’est qu’en 2018 que la restauration complète put être enfin engagée. Le remontage des tuyaux, effectué en 2024, avait été entravé en 2020-2022 par le Covid et la restauration de la façade de la cathédrale.

 

            Ange musicien, à gauche, cl. Ph. Cachau                Ange musicien, à droite, cl. Ph. Cachau

 

On retrouvera l’historique complet de l’instrument dans mon ouvrage La cathédrale Saint-Louis de Versailles. Un grand chantier du règne de Louis XV, Paris, Somogy, 2009 (p.52-53, 87-88, 126-130), ainsi que sa composition complète (p.246-247), avec l’aimable et précieuse collaboration de Jean-Pierre Millioud, titulaire de l’orgue depuis quatre décennies.

Le 18 janvier, à 16h, verra une nouvelle bénédiction de l’instrument par Mgr Luc Crépy, évêque de Versailles. 

 

                                                                 Horloge, détail, cl. Ph. Cachau

 

Premier concert inaugural, le 19 janvier, 15h et le second, le 26 janvier, 15h.

Toutes les informations ici :

https://actu.fr/ile-de-france/versailles_78646/video-un-monstre-de-la-musique-est-de-retour-en-la-cathedrale-saint-louis-de-versailles_62115326.html

 

                                                             Le grand orgue et sa tribune, milieu XVIIIe, cl. Ph. Cachau                                             

Le Parterre d'Eau de Versailles : Le Nostre ou Hardouin-Mansart ?

Par Le 12/11/2024

La réalisation du Parterre d’Eau en l’état actuel, daté de 1684-85, a donné lieu à bien des spéculations : Stéphane Pincas, Bertrand Jestaz et Thomas Hédin y virent la main de Jules Hardouin-Mansart, quand Alexandre Maral y vit plutôt celle d’André Le Nostre sur la base de documents annotés du fonds de l’Institut de France.

 

                           Jean Cotelle, le Parterre d'Eau, vers 1690,  Grand Trianon                 Jean Chaufourier, le Parterre d'Eau, 1720, Versailles

 

Le nouveau parterre doit être considéré dans un contexte plus large : celui de la main mise progressive d’Hardouin-Mansart sur les aménagements du château à compter de 1678, date du début du vaste chantier en vue de l'installation de la Cour en 1682, dont celui de la Galerie des Glaces (1678-1684) en remplacement de l’ancienne terrasse de Louis Le Vau, de la réalisation de l'aile du Midi (1678-1682), puis de l'Orangerie (1683-1685).

 

                           Hyacinthe Rigaud, Jules Hardouin-Mansart, 1685, Louvre-Lens                   Anonyme, Terrasse de Le Vau et Parterre d'Eau vers 1670, Versailles

 

André Le Nostre est alors un homme âgé (65 ans), à la carrière en déclin et dont les créations paraissent plutôt passées de mode au regard de celles, plus spectaculaires, du jeune génie de l’architecture apprécié du Roi-Soleil.

La correspondance de Louvois révèle un homme auquel il confie le choix des antiques, leur installation dans le parc, ainsi que de menus aménagements dans les résidences royales.

 

                                         Jacob Ferdinand Voet, Francois-Michel Le Tellier, marquis de Louvois, vers 1683, Versailles                     Carlo Maratta, Andre le Nostre, 1650, Versailles

 

Les faits confortent, en effet, l’ascension d’Hardouin-Mansart :

En 1681, il devint le Premier architecte du roi et, par là-même, le patron de l’Agence des Bâtiments du Roi, ayant main sur l’ensemble des résidences royales.

L’année 1682 vit son anoblissement par Louis XIV, ses lettres de noblesse étant délivrées en septembre.

En 1683, Louvois, protecteur d’Hardouin-Mansart, succéda à Colbert, protecteur de Le Nostre, à la tête de la Surintendance des Bâtiments du Roi.

En 1684, le Premier architecte est promu intendant des Bâtiments du Roi.

Dès 1678, le secrétaire d’État à la Guerre s’était plu à confronter les deux génies dans les jardins de sa résidence de Louvois, en Champagne, dont il avait confié les remaniements et décors à l’architecte.

En novembre 1683, alors que s'engageait le chantier de l'Orangerie, Louvois ordonna la destruction du Parterre d’Eau, conçu par Le Nostre et Le Brun en 1672. On venait d’installer pourtant, en 1682, les piédestaux des statues commandées en 1674, dites de la "Grande Commande".

 

            Andre Le Nostre - Charles Le Brun, projet pour le Parterre d'Eau avec variantes, 1672, Louvre, Arts graphiques                  Lievin Cruyl, vue générale du Parterre d'Eau avec statues, 1684, Versailles

 

Cette décision ne peut être comprise que dans le cadre du conseil d’Hardouin-Mansart à Louvois, l’architecte lui ayant fait prendre conscience que cette série de vingt statues - Quatre Saisons ; Quatre Parties du Monde ; Quatre Éléments ; Quatre Poèmes ; et Quatre Complexions de l’Homme - allaient créer un effet de saturation sur la façade du corps central qu’il avait réalisée en 1678-79.

Il est clair que l’architecte entendait créer un ensemble harmonieux au droit de cette partie du château et des jardins.

Ajoutons que le grand bassin à oreilles, qui occupait alors tout l'espace, engendrait une difficulté de circulation qui ne pouvait se faire que sur les côtés seulement.

Hardouin-Mansart proposa ainsi deux miroirs d’eau, avec allée centrale, venant refléter sa nouvelle façade à l’instar des glaces de sa Grande Galerie, le tout étant achevé en juin 1684.

On peut penser légitimement que Le Nostre proposa des solutions pour cette nouvelle version du parterre - la 4e depuis les années 1660 - dont l’agrément des bassins à l’aide de groupes sculptés comme il le fit, dans les années 1670, pour les bassins des Quatre Saisons en collaboration avec Le Brun. Ceci explique l’attribution donnée, parfois, au grand jardinier pour ce parterre par ses partisans.

Mais le goût de la simplicité de Louvois - qui était aussi celle préconisée par Hardouin-Mansart comme il le démontra aux bassins des Saisons à compter de 1681 - ainsi que l’abandon du projet de l’aqueduc de Maintenon au début de 1688, engagé en 1686, firent abandonner l’installation des groupes centraux envisagés. Ils avaient pour thèmes : La Naissance de Vénus et Le Triomphe de Téthys, les modèles en plâtre ayant été réalisés en 1686 précisément.

 

              Adam Pérelle, le Parterre d'Eau avec les groupes projetés, vers 1684-85, Versailles                Adam Pérelle, le Parterre d'Eau, 1685, Versailles

 

Les bassins demeurèrent donc dans l’état figuré en 1685, date de début d’exécution des seize figures allongées des fleuves de France, de leurs affluents et de nymphes avec enfant. Fondues en bronze par les frères Keller, elles furent progressivement installées jusqu’en 1691.

 

              Etienne Le Hongre, la Seine, bronze, 1685-90                  Jean-Baptiste Tuby, la Saône, bronze, 1685-88

 

Ces figures furent complétées en 1686-90 par huit groupes d’enfants confiés aux fondeurs Aubry, Bonvalet, Scabol et Taupin, disposés aux angles des bassins.

En concevant des figures allongées ou basses, Hardouin-Mansart offrait la visibilité souhaitée par son protecteur sur la façade du corps central.

 

               Pierre Legros, Nymphe avec jeune triton et monstre marin, bronze, 1685-89                                 Jean-Baptiste Poultier, Enfants au miroir, bronze, 1687-90          

 

La correspondance entre Louvois et Hardouin-Mansart indique également que le Parterre d’Eau se vit compléter, de part et d’autre, en 1684, de cabinets d’animaux dits "Fontaine du Pont du Jour" et "Fontaine du Soir", confirmant à nouveau le rôle majeur joué par l’architecte dans la reprise en main des jardins de Versailles à ce moment.

 

               Jules Hardouin-Mansart, Fontaine du Soir, 1684                  Jules Hardouin-Mansart, Fontaine du Point du Jour, 1684, détail.

 

Sa position se vit conforter par l’acceptation, la même année, de son projet de Colonnade au droit du Bosquet des Sources de Le Nostre et de celui de Grande Cascade, envisagé derrière la Bosquet du Chêne Vert, au détriment de celui du jardinier.

Ce dernier projet fut abandonné, à son tour, tant pour des raisons de coûts que de difficultés d’approvisionnement d’eau, quoique les matériaux aient été commandés comme l’avaient été les groupes centraux des bassins du Parterre d’Eau.

En résumé, si l’on ne peut exclure totalement la collaboration de Le Nostre dans le projet du Parterre d’Eau aux côtés d’Hardouin-Mansart, c’est bien celui-ci qui, de par ses fonctions de Premier architecte, en assura la conception et la maîtrise d’œuvre.

Le goût prononcé du roi pour ses créations, souvent conçues avec lui et suivant ses ordres, devait conduire Le Nostre à se retirer définitivement du métier en 1693.

 

                                       Francois-Edme Ricois, le Parterre d'Eau, 1844, Versailles

 

Ajoutons enfin que le remplacement de certains bosquets de Le Nostre par Hardouin-Mansart (Salle des Marronniers, Bosquets des Bains d'Apollon et de l'Obélisque) et la poursuite de la modification des jardins et bosquets par lui jusqu'à sa mort en 1708, voire au-delà (bassin de l'Ile-aux-Enfants, 1704-09), suivant le souhait du roi, tant pour des raisons de coûts d'entretien que d'évolution du goût ou d'économie d'eau, on se rend compte combien la restitution d'un prétendu "état Le Nostre" des jardins de Versailles, opérée ces dernières années, parait bien chimérique*.

Si Le Nostre fut, en effet, le concepteur des jardins de Versailles, il n'en fut pas le seul auteur, l'action d'Hardouin-Mansart couvrant l'autre moitié du règne de Louis XIV.

 

*Chimère : Qui ne correspond pas à la réalité, la réalité historique en l'occurence.

 

Références bibliographiques

Stéphane Pincas, Versailles, un jardin à la française, Paris, 1995, p. 82-99.

Architecture et Beaux-Arts à l’apogée du règne de Louis XIV. Édition critique de la correspondance du marquis de Louvois, surintendant des Bâtiments du roi, arts et manufactures de France, 1683-1691, Service historique de la Défense à Vincennes, Raphaël Masson - Thierry Sarmant (dir.), 2 vol., Paris, 2007-2009.

Bertrand Jestaz, Jules Hardouin-Mansart, 2 tomes, Paris, 2008, t. I, p. 159-161, 209-213, 246-250.

Thomas Hédin in Jules Hardouin-Mansart 1646-1708, Paris, 2010, p. 232-240.  

Alexandre Maral in André Le Nôtre en perspectives, cat. expo., Patricia Bouchenot-Déchin – Georges Farhat (dir.), Versailles, 2013, p. 278-281.

Alexandre Maral, Catalogue des sculptures des jardins de Versailles et de Trianon en ligne, juillet 2021.

Deux-Ponts - Pompadour : les échanges franco-allemands au XVIIIe siècle

Par Le 07/11/2024

C’est un des merveilleux sujets que j’eus à traiter au cours de ma carrière scientifique.

Personnage central des échanges franco-germaniques et de l’amitié franco-allemande au milieu du XVIIIe siècle, par ses prétentions aux trônes de Bavière et du Palatinat, le duc Christian IV des Deux-Ponts (1722-1775), prince palatin, fut, de 1750 à 1764, l’intime de Louis XV et, surtout, de Madame de Pompadour qui le trouvait fort séduisant.

Prince francophile et francophone, souverain d’une de ces principautés éparses du Saint-Empire romain germanique, il était, "aussi français que s’il était né au milieu de Versailles", nous dit le duc de Zuckmantel. Très apprécié à chaque séjour, il fut beaucoup regretté à son décès en 1775.

 

                       Le château de Jägersburg en 1757, détail du tableau de Ziesenis                      Johann George Ziesenis, Christian IV en chasseur, 1757, Darmstadt

 

Intime de Marc-René de Voyer d’Argenson, marquis de Voyer (1722-1782) – personnalité éminente des arts au XVIIIe, aussi réhabilitée par mes travaux , le duc commanda à Mansart de Sagonne, le château de Jägersburg (1752-1756), réplique du Grand Trianon de Jules Hardouin-Mansart. Cette demeure était aussi inspirée des projets de palais de Blondel comme exposé en 2012 dans mon article de la revue du Centre historique allemand à Paris (Francia, n° 39, p. 135-165).

J’eus l’occasion de prolonger le propos en 2018, sous l’angle de la rivalité avec Pierre Patte, cette fois, dans Saarpfalz. Blätter für Geschichte und Volksunde, revue historique de Sarre (n° 3, 2018, p.37-51).

 

                                                 Francia, n° 39, 2012, Paris, Institut historique allemand                        Saarpfalz, n° 3, 2018

 

Réhabilité par Wilhelm Weber en 1987 dans son remarquable ouvrage Schloss Karlsberg, le duc des Deux-Ponts demeurait inconnu en France jusqu’à mes recherches dans les années 1990. Une fois encore (après Voyer d’Argenson et Biarritz), l’intérêt porté à ce personnage ignoré me valut l’exploitation éhontée de mes travaux par une citation à minima d’un universitaire. La rançon du succès, diront certains. Si Coco Chanel déclarait aimer être copiée, il n’en est pas de même pour moi. Smiley clin d'oeil

Pour mieux apprécier l’importance et la variété des échanges entre Deux-Ponts et la France de Louis XV (diplomatie, culture, économie, etc), il convient de se reporter aux missives du duc avec la Pompadour.

La publication de cette abondante correspondance est un projet que je caresse depuis fort longtemps. Je lance ainsi un appel à l’attention des institutions historiques allemandes ou américaines en vue de sa publication dans un bel ouvrage.

 

                                       Maurice-Quentin de La Tour, Louis XV, 1748, Louvre                      François Boucher, Madame de Pompadour, 1756, Munich

 

Pour mieux cerner l’importance et la considération qu’on portait à ce prince allemand à Versailles sous Louis XV, son peintre Mannlich rappelle comment « l’évocation du nom de mon souverain produisit un effet magique » lorsqu’il s’agit de lui ouvrir le Petit Trianon.

L’allée principale de cette résidence, ô combien célèbre, fut plantée, rappelons-le, de peupliers sur le modèle de celle de Jägersburg, et non d’ormes ou de tilleuls suivant la tradition française d’alors. Les échanges entre le duc et la Pompadour cessèrent à la mort de celle-ci en 1764.

On comprendra donc l’intérêt particulier de publier cette correspondance afin de mieux cerner les échanges et influences entre France et Allemagne au Siècle des Lumières.

Un grand merci pour vos contacts et recommandations.

English version

Article à découvrir : le projet de Mansart de Sagonne pour Mme de Pompadour au château de Maisons (1747)

Par Le 24/10/2024

Il est des sujets d’histoire ou d’histoire de l’art qui peuvent paraitre anecdotiques mais qui se révèlent, à l’analyse, loin de là.

Prenez le projet d’acquisition du château de Maisons-Laffitte par Louis XV pour Madame de Pompadour en 1747 : vous découvrirez combien ce projet était ancien chez les Bourbons et qu’il en fut à nouveau question pour Madame du Barry.

La tradition Mansart voulut que le Bien-Aimé fît appel à Mansart de Sagonne. Si les projets ne sont pas conservés, ils nous sont néanmoins connus par la description faite par Jacques-François Blondel dans le tome III de son "Cours d’Architecture" en 1772.

J’eus l’occasion d’évoquer les rapports particuliers entre Blondel et le dernier Mansart dans les actes du colloque Blondel, tenu à la Cité de l’Architecture et du Patrimoine, en 2017. Actes parus aux éditions Mardaga, à Bruxelles, en 2022.

La perfidie du théoricien à l’égard d’un architecte qu’il jalousait se confirme à nouveau : demander ses plans pour mieux les critiquer et valoriser François Mansart, "le Grand Mansart", au détriment du dernier membre de la dynastie !

On y verra peut-être aussi une critique sous-jacente du choix du roi comme on le fit en 1754 à l’occasion de celui de Mansart de Jouy pour le portail de Saint-Eustache à Paris. L’envie face au talent est éternelle comme on sait.

Enfin, il est intéressant d’observer comment le château de Maisons, par ce projet de modifications, devait marquer Mansart de Sagonne à Asnières. Il est question une fois encore, en conclusion, du marquis de Voyer, personnage décidément incontournable dans le champ de l’architecture et des chevaux au siècle des Lumières.

Article en ligne téléchargeable ici (cliquez sur pdf).

Bonne lecture !

 

                       François Mansart, château de Maisons, face latérale droite, années 1640, cl. Ph. Cachau                    Maurice-Quentin de La Tour : Louis XV, 1748, Louvre