Versailles

La chambre de Louis XVI à Versailles : une restitution éclectique

Par Le 01/06/2026

Le récent aménagement de la chambre de Louis XVI à Versailles, dans son prétendu "état d’octobre 1789, départ de la cour", ravira le grand public et les médias par la qualité de sa réalisation mais il laissera plus circonspect le connaisseur de Versailles et des XVIIe-XVIIIe siècles.

S’agit-il d’une restauration, d’une restitution, d’un essai de restitution, d’une évocation, d’une création ? Un peu de tout cela à la fois suivant la tendance du "en même temps" chère à la France Macron telle qu’on a pu l'observer l’an dernier à propos du nouvel aménagement de la galerie des Glaces.

 

                                                      Chambre de Louis XVI, Versailles, état 2026

 

Examinons les faits sérieusement :

1. Ce qu’on n’a pas et qu’on a réalisé :

-Un lit d’été à la duchesse, mis en pièce durant la Terreur (1792-94) et dont on ne dispose, en l’état actuel des connaissances, que du motif central du baldaquin, donné par le décorateur Jacques Garcia en 2013, figurant un Pélican se nourrissant pour sauver ses petits, mais d’aucun dessin ou vue, hormis l'esquisse figurée dans l'élévation de l'alcôve plus bas.

Un lit reconstitué par deux jeunes menuisiers de l’École Boulle, François Gilles et Charles Boulnois, d’après le mémoire détaillé du sculpteur sur bois Pierre-Edme Babel (1719-1775) en 1775, conservé aux Archives Nationales1. Dans sa vidéo de présentation, François Gilles ne cache pas sa part d’interprétation :

https://www.youtube.com/watch?v=dzfMnuPHVEo

-Le décor textile livré en 1785 par le soyeux lyonnais Camille Pernon (1753-1808), composé d’un meuble d’été "gros de Tours broché, dessin de fleurs et colorié sur fond blanc à bouquets détachés et guirlandes formant mosaïques".

Un décor qui fut réalisé en deux campagnes (1983-1989 ; 2008-2012) à partir d’un fragment ancien, de rééditions du début du XXe siècle et des archives du Garde-Meuble de la Couronne (Archives Nationales, Mobilier National).                                                       

 

2. Ce qu’on a et qui n’a pas été réalisé ou replacé :

-Le plan annoté et le dessin de la balustrade de l’alcôve avec ses pilastres corinthiens tels qu’ils apparaissent dans une coupe du grand projet d’Ange-Jacques Gabriel, datée d’août 17741.

 

                        Ange-Jacques Gabriel, alcôve de la chambre de Louis XV, août 1774, détail, Archives Nationales, O1-1766, dossier 4, n° 13.                      Ange-Jacques Gabriel, détail en filigrane du lit du roi, 1774, Archives Nationales.  

 

Un ensemble qui fut conçu par Jacques V Gabriel, premier architecte du roi, et son fils Ange-Jacques en 1738 (balustrade) et vers 1753 pour les pilastres centraux, réalisés par Ange-Jacques Gabriel dans la mouvance du goût néo-classique naissant en remplacement des palmiers rocailles initiaux, passés de mode2.

 

            Ange-Jacques Gabriel, balustrade de la chambre de Louis XV, 1774, détail,  Archives Nationales

 

Le plan de 1758, levé en vue de la réalisation des tapis de la pièce évoqués ci-après, qui contient toutes les mesures permettant la restitution de la balustrade de bois doré par l'architecte en chef du château, Frédéric Didier (agence 2BDM). Il indique clairement les portes latérales à deux vantaux qui se retiraient lors de la maladie du roi (annotation A en marge).

Ajoutons que l’on dispose aussi de la description de l’alcôve à sa réalisation en 1738 comme indiquée par Alfred Marie3 : "ouverte entre deux pilastres aux angles du flanc desquels on remarque des palmiers qui s’élèvent et se recourbent en cintre, en s’étendant le long de la traverse d’en haut ; cette traverse est chantournée et les armes du Roi sont sculptées dans son milieu".

 

    Profil de la balustrade, détail, milieu XVIIIe, Archives Nationales, O1-1770, dossier 4, n° 15.    Plan de l'alcôve avec balustrade, 1758, détail, Archives Nationales, O1-1770, dossier 4, n° 3.   Légende lettre A du plan de l'alcôve et sa balustrade, 1758, détail, Archives Nationales.

 

La traverse est devenue droite vers 1753 lors de l’installation des pilastres remplaçant les palmiers, soulignant symboliquement la présence du blason royal ailé en couronnement au-dessus de l’alcôve4.

 

     Les Gabriel, réaménagement de l'appartement interieur du roi, 1738, O1- 1770, dossier 1, n° 3.         Etat de la balustrade de l'alcôve, vers 1754, Archives Nationales, O1-1770, dossier 4, n° 5.

 

-Les quatre portraits en dessus de portes figurant :

-François Ier par Titien (1538, Louvre) au-dessus de la porte sur le cabinet du Conseil ;

 

     Titien, Francois Ier, 1538, Louvre

 

-Don Juan d’Autriche par Antonio Moro (1565, Louvre), le grand portraitiste d’origine hollandaise de la cour de Philippe II d’Espagne, en vis-à-vis, au-dessus de la porte sur le cabinet de la Pendule ;

    

      Antonio Moro, Don Juan d'Autriche, 1565, Louvre

 

-Élisabeth de France par Pierre-Paul Rubens (vers 1630, Saint-Pétersbourg, musée de l'Ermitage) au-dessus de la fausse porte voisine de la précédente ;

 

      Pierre-Paul Rubens, Elisabeth de France, vers 1630, Saint-Pétersbourg, musée de l'Ermitage

 

-Marie de Médicis par Antoon van Dyck (vers 1640, Lille, musée des Beaux-Arts) au-dessus de la fausse porte en vis-à-vis, soit un homme et une femme de chaque côté.

 

     Antoon van Dyck, Marie de Médicis, vers 1640, Lille, musée des Beaux-Arts       

 

À l’exemple de Gérald Van der Kemp pour la chambre de Louis XIV, trois portraits au moins pourraient être remis en place au lieu de ceux des filles de Louis XV par Jean-Marc Nattier qui ne sont plus d’actualité dans une chambre passée de celle de Louis XV, telle qu’établie par Van der Kemp, à celle de Louis XVI aujourd’hui.

En effet, en vertu du décret Malraux n°61-153 du 13 février 1961 "relatif au décor mobilier du château de Versailles, des Trianons et des anciennes demeures royales disparues", ces œuvres doivent revenir au château.

Si cela n’était vraiment possible - toile du musée de l’Ermitage à Saint-Pétersbourg principalement -, on dispose des moyens techniques suffisants pour en faire des copies satisfaisantes à l’instar du lit réalisé.

-Une commode par l’ébéniste Jean-Henri Riesener (1734-1806) en 1775, vendue en 1794 et acquise en 1857 par le duc d’Aumale, aujourd’hui conservée au château de Chantilly. Une commode célèbre qui ne peut être restituée ou mise en dépôt à Versailles en vertu des dispositions testamentaires du duc.

 

                                                      Jean-Henri Riesener, commode de la chambre de Louis XVI à Versailles, 1775, Chantilly, musée Condé.

 

Ceci étant, si l’on a réalisé un lit qu’on n'a pas alors qu’on dispose de la commode originale, pourquoi donc ne pas réaliser la copie de celle-ci afin de rétablir la réalité historique de la pièce plutôt que d’employer une commode authentique, certes, mais d’un autre ébéniste (Guillaume Beneman) et pour une autre résidence royale (Compiègne) ?! La présence de cette dernière commode n’a clairement pas de sens ici. Il est également possible d'installer une belle copie XIXe de la commode d'origine.

-un lit à la duchesse, réalisé vers 1740 pour la marquise de Créquy, offert en 1965 par les époux Hamel, installé dans la chambre, des années 1960 aux années 1980. Un lit authentique qui aurait pu être remis en place avec les aménagements d’apparence nécessaires plutôt que le faux lit intégral réalisé.

 

                                                                                 La chambre de Louis XV, années 1970, état Gérald Van Der Kemp.     

 

On dispose également du lit à la romaine de Louis XVI à Saint-Cloud par Guillaume Beneman (1750-1811) en 1787, aujourd’hui dans les appartements du pape à Fontainebleau et qui aurait pu rejoindre les pliants installés dans la pièce qui sont du même ébéniste et de même provenance (voir plus bas).

 

                                                                   Guillaume Beneman, lit de Louis XVI à Saint-Cloud, 1787, Fontainebleau, chambre du pape.                           

 

-Les tapis d’alcôve et de la chambre de la Savonnerie dont les modèles sont connus5.

 

3. Ce qui est conservé et qui a été installé :

-Les deux vases Médicis, dit "jardin", fond lilas, exécutés par la manufacture de Sèvres, peints par Antoine-Joseph Chappuis l'Ainé et dorés par Henri-François Vincent, acquis par Louis XVI à l’exposition de Versailles en 1780 et placés sur l’une des deux cheminées de la grande chambre du roi, actuelle chambre de Louis XIV, où ils sont signalés en 1791. Saisis en 1793-94 et placés sur la commode de la chambre de Louis XVI depuis leur acquisition en 1998.

-Les feux à vases en bronze doré d’après ceux livrés par Quentin-Claude Pitouin en 1775 pour le petit appartement du roi à Compiègne, puis placés dans la chambre de Louis XVI à Versailles où ils sont inventoriés en 1786-87, avec pelle, pincettes et tenailles. Dépôts du château de Fontainebleau du 8 janvier 19656.

 

                                                      Quentin-Claude Pitouin, feux de cheminée de la chambre de Louis XVI, vers 1775, Versailles.

 

4. Ce qui est définitivement perdu :

a. Disparus à la Révolution :

-Les deux girandoles d’or par le bronzier Thomas Germain sur la commode.

-Le lustre de cristal à douze branches au centre de la pièce.

-Les deux sucriers d’or sur la commode.

-La grille de feu en bronze doré à figures mythologiques.

-Le plâtre figurant le Dauphin chevauchant un dauphin7.

-Les tapis de l’alcôve et de la chambre par la manufacture de la Savonnerie.

 

b. Conservé dans les collections royales britanniques :

-Régulateur solaire orné de la figure d’Apollon par l’ébéniste Gilles Joubert (1689-1775).

-Régulateur lunaire orné de la figure de Diane par le même.

Deux éléments qui étaient disposés de part et d’autre de l’alcôve sous l’Ancien régime et qui sont évoqués aujourd’hui par ceux venus du Louvre, indiqués plus bas.

 

                                                                                 Enfant chevauchant un dauphin, anonyme, sans date, legs Chauchard, Louvre.                                                                          

 

5°. Ce qui n’était pas là et qui a été mis :

-une commode dite « aux tourterelles » par Guillaume Beneman sur un bâti exécuté par son confrère et associé Joseph Stöckel pour le comte de Provence en 1784, livré pour la chambre de Louis XVI à Compiègne en 1786, déposé par le musée du Louvre à Versailles, le 1er février 2011. 

-Sept pliants ou sièges en X sur une série de douze commandés en octobre 1787 et réalisés par Guillaume Beneman pour la chambre de Louis XVI à Saint-Cloud, revêtus du gros de Tours susdit et livrés à Saint-Cloud, le 25 avril 1788. Modèle repris pour le salon des jeux de Marie-Antoinette à Compiègne.

Achat en vente publique chez Sotheby's à Londres, le 6 juillet 2010, avec la participation de M. Michel David-Weill, des Amis de Versailles et le concours de la Fondation du Patrimoine.

N’aurait-on pu mettre ceux de Louis XV pour cette chambre, aujourd’hui dans la chambre de Louis XIV, voire en réaliser des copies pour cette chambre ?!

-Un paravent par Jean-Baptiste Boulard (vers 1725-1789), Nicolas Vallois (1744-1788) et Louis-François Chatard (vers 1749-1819) en noyer sculpté et doré avec soierie de gros de Tours, tissée à Lyon, livré en 1788 pour la chambre du comte de Provence, frère de Louis XVI, dans l’aile du Midi. Acquis en 1977 par les Amis de Versailles.

-Un écran de cheminée par Jean-Baptiste Séné (1748-1803), livré le 25 avril 1788 pour la chambre de Louis XVI à Saint-Cloud, collection du comte et de la comtesse de Ribes, préempté chez Sotheby’s, le 11 décembre 2019.

-Deux fauteuils en noyer par Jean-Baptiste-Claude Séné, sculptés par Louis-Alexandre Regnier et dorés par Louis-François Chatard, commandés le 3 novembre 1787 et livrés en 1788 pour la chambre de la reine à Saint-Cloud. Dépôts du musée des Arts décoratifs à Versailles en 1991.

-Une pendule de l’Étude et la Philosophie avec aigle au-dessus par Renacle-Nicolas Sotiau (1749-1791), d’après le modèle du sculpteur Louis-Simon Boizot (1743-1809), fournie en 1788 par le marchand-mercier Dominique Daguerre pour la salle du conseil de Saint-Cloud, placée ensuite dans la chambre de Louis XVI de cette même résidence et acquise par Riesener sous la Révolution. Legs de Mme Pillaut-Riesener en 1958, entré au château de Versailles, le 4 décembre 1959.

 

                                                       Mobilier de la chambre de Louis XVI, état avril 2026.

 

-Une horloge de parquet attribuée à Jean-Henri Riesener, vers 1785, placée aux Tuileries. Issue du cabinet de travail de l’impératrice Eugénie, versée au Louvre en 1870 par le Mobilier National et déposée à Versailles en février 2011.

-Un baromètre d’après Jean-Henri Riesener par Grohé Frères, années 1850-1860, issu du cabinet de travail de l'impératrice Eugénie aux Tuileries, versé au Louvre en 1870 et déposé à Versailles en février 2011.

-Un œuf d’autruche sur monture en ivoire tournée par Madame Adélaïde, fille de Louis XV, placé sur la commode.

-Le modèle en plâtre d’Augustin Pajou en 1781 figurant Marie-Antoinette en Vénus présentant son premier fils, le Dauphin Louis-Joseph-Xavier-François de France, né cette année-là. Don du comte et de la comtesse de Niel, entré le 3 avril 1958.

 

6. Ce qui est non localisé :

-Deux tables en noyer.

-Pliants de la chambre.

-Marchepied du lit.

 

En résumé

Il y a deux façons de procéder à la restauration d’une pièce historique à Versailles :

- la restitution intégrale comme on le fit dans les années 1970 avec les chambres de Louis XIV et de Marie-Antoinette, voire celle de reine au Petit Trianon dans les années 20008.

- l’évocation à partir d’éléments authentiques approchants disponibles.

En jouant sur les deux tableaux avec un lit recomposé d’après les descriptions d’époque9 mais sans aller jusqu’au rétablissement de la balustrade de l’alcôve et de ses pilastres dont le plan et le dessin sont connus, contrairement au lit ; sans replacer les toiles d’origine au-dessus des portes ; et en ne se livrant pas à la copie ou à l'installation d'une belle copie de la commode de Riesener, aujourd'hui à Chantilly, ainsi que des sièges et tapis qui s’y trouvaient, la conservation de Versailles est restée au milieu du guet, dans ce "en même temps" signalé en introduction et déjà observé, l’an dernier, à propos des lustres de la galerie des Glaces.

Il était tout à fait loisible de remettre le lit d’époque installé dans les années 1960-80 et de confectionner simplement pour le baldaquin le couronnement du pélican et ses petits, à la forte portée symbolique, limitant là les frais de restitution.

Plus cohérent, aurait été l’installation du lit à la romaine de Louis XVI à Saint-Cloud afin de composer un ensemble homogène avec les pliants mis dans la chambre, issus de cette même résidence. Lit qui est aujourd’hui dans la chambre du pape Pie VII à Fontainebleau.

 

           Pliant de la chambre de Louis XV à Versailles, livré en 1739, Versailles.                Guillaume Beneman, pliants de la chambre de Louis XVI à Saint-Cloud avec soierie et passemanterie d'origine, 1787. Etat avant restauration actuelle.

 

S’agissant de ces pliants, on s’étonnera qu’ils aient été préférés à ceux de la chambre de Louis XV à Versailles, aujourd’hui dans la chambre de Louis XIV (?). Il était tout à fait loisible de les y remettre quand bien même ils n’étaient pas de style Louis XVI alors qu’on a conservé dans cette pièce les toiles des filles de Louis XV et des éléments qui ne s’y trouvaient pas ! Raison de plus pour remettre ceux qui s’y trouvaient.

Le choix de la chambre de Louis XV fait par Van Der Kemp dans les années 1970 se révèle au final plus judicieux que celui de la chambre de Louis XVI aujourd’hui.

En effet, à part les feux de cheminée authentiquement signalés en 1786-87, rien de ce qui est présenté dans la chambre ne se trouvaient là en 1789.

Il s’agit de toute évidence d’une évocation hybride, composite, d’une chambre de Louis XVI dans une résidence royale à la fin de l’Ancien Régime mais sûrement pas de celle du souverain à Versailles en 1789.

Les éléments installés sont trop disparates pour qu’il en soit ainsi.

 

                                                                         Dimensions de la chambre de Louis XV en 1760, Archives Nationales, O1-1770, dossier 4, n° 17.

 

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Notes

1.Voir Vivien Richard, 2018, p.160-161, et 173, note 81.

2.Vivien Richard rappelle que les pilastres n’apparaissent pas à la réfection de la pièce en 1754-56 et qu’ils durent être réalisés quelques temps auparavant (2018, p. 172, note 55). Ils le furent probablement vers 1753, au moment où Louis XV procédait à plusieurs aménagements dans son appartement intérieur, dont la création de son cabinet d’angle, ensuite du salon de la pendule.

3.Alfred Marie, 1984, p. 337.

4.Vivien Richard, 2018, p. 158, note 55.

5."Tapis fond blanc ayant au milieu une rose moresque en coquille entourée de guirlandes de fleurs sur les quatre faces" avec bordure. Voir Vivien Richard, 2018, p. 160, fig.13 et p. 173, note 75.

6.Sur les feux placés dans cette chambre, voir Vivien Richard, 2018, p. 173, note 89.

7.Le Louvre conserve une figurine d’enfant chevauchant un dauphin, legs Chauchart, inventorié GML7970, qui pourrait être judicieusement présenté ici en lieu et place de la Marie-Antoinette en Vénus.

8.Rappelons que depuis les années 1970, les chambres de Louis XIV et de Marie-Antoinette, tout comme partie du mobilier de la galerie des Glaces sont copies de modèles authentiques. À la fin des années 2000, la conservation de Versailles fit réaliser par le décorateur Jacques Garcia la table et les sièges de l’antichambre du grand couvert de la reine. On réalisa également le billard de la salle éponyme de Louis XVI.

On pourrait multiplier les exemples de réalisations d’après originaux au sein des collections du château ou des deux Trianons.

9.L'opportunité de la restitution de ce lit demeure dans le contexte actuel. Didier Rykner s’était également interrogé dans La Tribune de l’Art en septembre 2017 :

https://www.latribunedelart.com/versailles-le-lit-de-louis-xvi-se-passera-de-ses-parties-sculptees

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Bibliographie sommaire

-Gérald Van Der Kemp, Versailles. Le château – le parc- les Trianons, Art Lys, Versailles 1972, n°24 – La chambre de Louis XV.

-Alfred Marie, Versailles au temps de Louis XV, Paris, Imprimerie Nationale, 1984, p. 327-340.

-Pierre Lemoyne, Versailles et Trianon, Châteaux et Jardins, Paris, RMN, 1991, p. 80-81.

-Jean-Claude Le Guillou, "Le « côté du Roi » au temps de Louis XVI", Versalia, n° 10, 2007, p. 80-142.

-Richard Vivien, "Les chambres du roi à Versailles au XVIIIe siècle, espace de la majesté ?", Versalia, n° 21, 2018, p. 153-174.

-Restauration de la chambre de l’appartement intérieur du roi, dossier de presse, Versailles, avril 2026.

dossier-de-presse-chambre-du-roi-versailles-15-avril-2026-compresse.pdf (16.02 Mo)

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Liens mobilier

https://collections.chateauversailles.fr/?permid=permobj_cb7144b1-c623-4def-a743-662a52656a3d#/query/cebd39bc-1bf6-4ee3-9b0c-6842d8ef0c84

https://collections.chateauversailles.fr/?queryid=547f8507-ea75-4ae5-a5b3-54fd333b70dd#/query/ff0edbcf-5ff1-484a-a23f-59052a393708

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Lien architecture

https://verspera.hypotheses.org/506-2

Versailles : une architecture religieuse royale !

Par Le 15/05/2026

La Ville de Versailles dispose dans ses quartiers historiques (Notre-Dame, Saint-Louis, Montreuil) d’une architecture religieuse XVIIe-XVIIIe de première importance mais souvent négligée par les historiens de l’art, voire la municipalité elle-même, faute de pouvoir en apprécier toute la valeur artistique.

Prise entre les grandes réalisations parisiennes du temps (Saint-Roch, Saint-Sulpice, Sainte-Geneviève (Panthéon), Madeleine, Saint-Eustache, etc) et celles du château et des Trianons, la cité royale peine beaucoup à exister en effet aux yeux des historiens. Et pourtant !

Les architectes de cette période ont pour noms : Hardouin-Mansart, Mansart de Sagonne, Trouard, De Wailly, Mique, Darnaudin, soit parmi les meilleurs de leur temps, distingués par leur sens de la créativité et de l’audace architecturale.

Si l’église Notre-Dame de Versailles (1684-86) de Jules Hardouin-Mansart, paroisse de la famille royale, peut paraître bien pâle aujourd'hui au regard de la chapelle royale (1687-1710) nouvellement restaurée, c’est que la présentation que l’on en fait depuis le XIXe siècle, dépourvue de ses lys et plombs dorés extérieurs, l’a considérablement affadie. Sa vaste coupole sous le dôme et la flèche à plombs autrefois dorés constitue la première du genre à Versailles1.

 

 Joseph Vivien, Jules Hardouin-Mansart, vers 1695, Saint-Petersbourg, musée de l'Ermitage   Vue perspective sur Notre-Dame de Versailles, cl. Ph. Cachau   Jules Hardouin-Mansart (agence), lys et plombs dorés des tours, vers 1684, Archives Nationales

 

Il en va de même de la cathédrale Saint-Louis, église royale s’il en fût, avec sa flèche et ses bulbes dorés, agrémentée, avant 1792-93, du blason royal et des lys de France au centre du portail tandis que les portes latérales comportaient les L entrelacés de Louis XV.

 

                            Louis-Michel Vanloo, Louis XV, vers 1761, Versailles                          Monogramme de Louis XIV et Louis XV, Versailles,  cl. Ph. Cachau

 

Je me suis attaché dans ma thèse soutenue en 2004, puis dans l’ouvrage qui suivit, publié en 2009, à redonner à cet édifice toute l’importance qu’il mérite dans la création religieuse du règne2.

 

                       Versailles, La cathédrale Saint-Louis depuis le Potager du Roi, cl. Ph. Cachau                        Mansart de Sagonne - Nicolas Pineau, blason royal ailé et ornements de la partie centrale de la facade, 1743-54, cl. Ph. Cachau  

 

Au-delà de Mansart de Sagonne et de l'éminent Nicolas Pineau, il convient d’évoquer aussi la grande commande picturale faite en 1761 par l’administration des Économats aux meilleurs peintres français du temps (Boucher, Pierre, Vien, Deshays, Jeaurat, Vanloo, Lagrenée, Hallé, Monnet, Millet), si bien évoquée par Xavier Salmon dans ledit ouvrage3. Combien d’historiens de l’art font référence à cette commande majeure dont les œuvres furent exposées au Salon du Louvre et reçurent les commentaires plus ou moins amènes de la critique (Diderot, Grimm, Fréron, l’abbé Le Blanc, etc) ?

 

    Amédée Vanloo, le baptême du Christ, 1761, chapelle des fonts baptismaux           Jean-Baptiste-Marie Pierre, Descente de Croix, 1761, bras gauche du transept            Francois Boucher, saint Jean-Baptiste prêchant dans le désert, 1760-61, chapelle Saint Jean-Baptiste

 

Saint-Louis de Versailles, c’est aussi le début du néo-classicisme avec la Chapelle des Catéchismes de Louis-François Trouard en 1764, première réalisation du genre à Versailles, quand le Petit Trianon de Gabriel, commencé en 1762, ne sera pas achevé avant 1770 !

Une chapelle dévolue à l'enseignement religieux des garçons et des filles placés dans deux nefs latérales scandées de niches et de colonnes, séparées par un chœur central surmonté d'un dôme à caissons, le tout sur le mode antique.

Cerise sur le gâteau : les superbes reliefs et médaillons d’Augustin Pajou bien avant ceux de l’Opéra royal!

 

    Augustin Pajou, médaillon intérieur de saint Jean l'evangéliste, 1764-65       Pierre-Antoine de Machy, interieur de la chapelle des Catéchismes, vers 1772 , Versailles, musée Lambinet        Augustin Pajou, relief extérieur de la Prudence, 1764-65, cl. Ph. Cachau

 

C’est au même Trouard que l’on doit en 1764-70, l’église Saint-Symphorien de Montreuil, première église néo-classique de France avec ses colonnes doriques et son plan basilical à l’antique, repris par Chalgrin à Paris pour Saint-Philippe-du-Roule à compter de 1767-685.

Outre les cannelures des colonnes sur le mode antique, on appréciera les beaux ornements de la porte centrale, déjà Louis XVI, autrefois dorés, et le blason royal au-dessus dont les lys devraient être rétablis comme à Saint-Louis pour une meilleure appréhension de l’origine de l’édifice.

 

                    Louis-Francois Trouard, voûte à caissons de la nef, 1764-70, cl. Ph. Cachau                         Pierre-Antoine de Machy, la nef de Saint-Symphorien de Montreuil en 1772, Paris, musée Carnavalet    

 

Le Reposoir de Charles De Wailly en 1769, rue Dauphine (Hoche), est sans aucun doute l’une des plus grosses pertes architecturales de la cité royale, voire de l’architecture religieuse du XVIIIe siècle, constituant, comme le rappelle Daniel Rabreau, « le seul exemple d’édifice religieux complet » de l’architecte6.

Démoli en 1880 pour laisser place au temple néo-gothique actuel, cet édifice témoigne de l’importance que le directeur des Bâtiments du roi, le marquis de Marigny, attachait à cet architecte - qu’il fit contrôleur adjoint des Bâtiments de Versailles en 1767 - au point de lui confier ce chantier royal au détriment d'Ange-Jacques Gabriel, premier architecte du roi, après celui de la décoration de l’Opéra royal en 1768.

 

          Charles De Wailly, 1798                      Charles De Wailly, le Reposoir royal, Versailles, 1769, BNF

 

Cette rotonde néo-classique inscrite dans un carré constituait une version réduite, revue et corrigée, du Panthéon de Rome si apprécié de cette nouvelle génération d’architectes dites des "piranésiens français", préfigurant le projet de chapelle de Darnaudin à l’hôpital royal. Son état nous est connu par la description du Cicérone de Versailles.

 

                                                                                 Description du Reposoir,  Cicérone de Versailles, 1822

 

L’architecture néo-classique versaillaise put s’enorgueillir au même moment de la maison d’éducation voulue par Marie Lezczynska en 1766, dite "Couvent de la Reine", réalisée par Richard Mique, architecte lorrain qui travaillait pour son père Stanislas en tant que premier architecte7.

 

Jean-Marc Nattier, la reine Marie Leszczynska, 1748, Versailles  Richard Mique, vue perspective du couvent de la reine depuis la cour, 1er projet, 1766, Versailles, Bibliothèque municipale  Johann Julius Heinsius, Richard Mique, vers 1770, Nancy, Musee lorrain                                

 

Bâti de 1767 à 1772, le couvent royal est sa première réalisation à Versailles. Son importance dans l’architecture du temps est attestée par les beaux plans, profils et élévations du recueil conservé à la Bibliothèque municipale.

Il entendait être l’"un des plus beaux et plus commodes du royaume" aux dires de Madame Adélaïde, laquelle poursuivra, avec ses sœurs Victoire et Sophie, l’œuvre de leur mère à son décès en 1768.

Le couvent est ainsi autant celui de Mesdames que de la feue reine qui dépensèrent plus de 800 000 livres, soit plus de 9 133 000 euros, somme fort importante à cette époque.

 

       Richard Mique, plan général du couvent de la reine, premier projet, 1766, Versailles, Bibliothèque municipale                   Richard Mique, vue longitudinale du couvent de la reine, second projet, vers 1771, Versailles, Bibliothèque municpale

 

La savante composition de la chapelle de plan centré, d’inspiration palladienne8, élevée en 1771-72, témoigne du talent et de l’originalité de Mique qui abandonna le plan basilical initial trop courru.

Il en fit ainsi l’une des plus belles du genre en France avec ses superbes reliefs et ornements par Joseph Deschamps, ses deux rotondes arrière pour le chœur des religieuses et des pensionnaires, la croisée étant rehaussée des peintures de Gabriel Briard et Jean-Jacques Lagrenée.

Mique et Deschamps devaient se retrouver au service de Marie-Antoinette à Trianon dans la décennie suivante (Belvédère, Temple de l’Amour, Théâtre de la Reine).

 

     Richard Mique, plan définitif de la chapelle, 1771, Versailles, Bibliothèque municipale                    Richard Mique, plan des couvertures de la chapelle, projet définitif, 1771, Versailles, Bibliothèque municipale

 

Enfin, last but not least, la chapelle de Charles-François Darnaudin pour l’Hôpital royal conçu en 1781, réalisée en 1786-90, présente un plan centré des plus originaux avec à l'intérieur, au centre, une rotonde à colonnes et balustrade, inspirée du Tempietto de Bramante (XVIe siècle) mais aussi du baldaquin de baptistère du Latran à Rome (Ve siècle) suivant une tradition chrétienne établie.

 

                                    Baptistère de Saint-Jean-de-Latran, Rome, Ve siècle                          Donato Bramante, tempietto de San-Pietro-in-Montorio, Rome, 1502-10

 

Un ensemble qui fut placé au centre d’un espace cubique, coiffé d’une coupole à caissons sur le mode du Panthéon susdit et ce sans le moindre ornement, à l’instar de Trouard à Saint-Symphorien. Un fait notable en cette fin du XVIIIe siècle, souvent prolixe en la matière comme l’attestent les bâtiments évoqués de Mique et de Deschamps à Trianon.

Rappelons que le projet de Darnaudin pour l’hôpital de Versailles figurait au rang des plus beaux du genre en France à la fin de l’Ancien Régime9.

 

     Charles-Francois Darnaudin, Hôpital royal de Versailles et sa chapelle, 1781-90, cl. Ph. Cachau             Charles-François Darnaudin, rotonde et coupole de la chapelle de l'hôpital royal de Versailles, 1786-90

 

Ainsi, la cité royale présente-t-elle une architecture religieuse de premier ordre à bien des égards, totalement aboutie, quand les chantiers parisiens peinaient souvent à parvenir à leur terme. On ne compte plus en effet les églises de la capitale restées inachevées, parachevées ou modifiées au XIXe siècle. Point de cela à Versailles. Des édifices restés dans leur jus XVIIIe !

On regrettera, bien sûr, les ravages de la Ière République (1792-1804) durant la Terreur (1792-1794) qui ont totalement dépouillées ces merveilles de leurs superbes ornements et mobilier.

On rappellera simplement que Saint-Louis était assurément à la fin du XVIIIe, si l’on en juge par les inventaires et descriptions du temps, l’une des églises les plus somptueuses du pays par la protection apportée par le Dauphin, fils de Louis XV, et sa famille, ornée d’autels de marbres précieux conçus par Trouard dans le nouveau genre, ses peintures, tapis, lustres, rideaux de soie et superbes ornements liturgiques. Seules les peintures de la grande commande réchappèrent de ce monstrueux saccage.

Notre-Dame, Saint-Symphorien et bien d’autres sanctuaires connurent le même sort comme partout en France.

Quand vous passerez par Versailles, ne manquez pas, autant que possible, de jeter un œil sur ces merveilles !

Voir également l'album photos.

                                                                                

                                                       Nef de Saint-Louis de Versailles, anonyme, 2e moitié XVIIIe, Versailles, Bibliothèque municipale

 

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1.Sur cette église royale, voir François Bergot, Notre-Dame. Église paroissiale et royale de Versailles, Versailles, Art Lys, 2005.

2.Voir mon ouvrage La Cathédrale Saint-Louis de Versailles. Un grand chantier royal du règne de Louis XV, Paris, Somogy, 2009.

3.Ibid, p. 204-231.

4.Ibid, p.61-67.

5.Voir Jean-Marie Pérouse de Montclos, Histoire de l’architecture française de la Renaissance à la Révolution, Paris, Mengès, 1989, p. 427 et 432.

6.Sur cet édifice, voir Daniel Rabreau – Monique Mosser, Charles De Wailly, peintre architecte dans l’Europe des Lumières, cat. expo., CNMHS, Paris, 1979, p. 47 ; Cicérone de Versailles, 1822, p. 217.

7.Sur cet ensemble conventuel, actuel Lycée Hoche, voir Sœur Marie-Claire Tibon, Le couvent de la reine, de Compiègne à Versailles, Paris, Cerf, 2012.

8.Fusion de la Villa Rotonda et de la croisée de San Giorgio Maggiore.

9.Sur cet édifice, voir Régine Cabannes, L’hôpital Richaud et ses secrets, autoédition, Versailles, 2009.

Galerie des Glaces 2025 : examen critique et historique du nouvel aménagement

Par Le 22/10/2025

C’est un aménagement assez symptomatique de la France Macron, celle du "en même temps", de l’entre-deux, du milieu, avec et sans lustres, et de la façon dont on peut vendre un pseudo-état au public et aux médias.

Le parti actuel est d'autant plus hybride qu'on y mêle des éléments XVIIIe (mobilier, torchères) avec des vasques à orangers devant les fenêtres comme au temps du mobilier d'argent de Louis XIV ?!

 

            Galerie des Glaces, état 1980                 Galerie des Glaces, état 2025

 

Quand on est conservateur du château de Versailles, on ne peut être banal et réduire la galerie des Glaces à n’importe quelle galerie !

Versailles n’est pas un monument quelconque. C’est le lieu de l’excellence française dans tous les domaines : architecture, peinture, sculpture, arts décoratifs, jardins, urbanisme, musique, théâtre, littérature, horticulture, sciences, art équestre, bref la plus sublime expression des deux périodes les plus glorieuses de notre Histoire : le Grand Siècle et le Siècle des Lumières.

L’aménagement de la galerie des Glaces opéré à la fin des années 1970, inauguré en 1980 en même temps que la chambre du roi, entendait redonner au château de Versailles, démeublé par la Ière République en 1793-17941, toute sa magnificence d’Ancien Régime, à savoir celle d’octobre 1789, départ de la cour, dernier état historique attesté.

 

                             Sébastien Leclerc l'ancien, la galerie des Glaces, annees 1680, Versailles                  Audience de l'ambassadeur de Perse, le 19 fevrier 1715

 

Une date  qui fut arrêtée par Pierre de Nolhac (1859-1936) à la fin du XIXe siècle en vue de la restitution des appartements royaux du corps central2 tandis que l’on conservait le musée historique de Louis-Philippe dans les ailes nord et sud. Les aménagements susdits faisaient suite, rappelons-le, à celui de la chambre de la reine, inauguré en 1976. Un évènement qui fait toujours sensation !

Pour parvenir à ses fins, Gérald Van Der Kemp (1912-2001), éminent conservateur en chef de Versailles de l'après-guerre (1953-1980), s’assura le concours de grands mécènes internationaux, à commencer par celui des Américains3.

Renseignements pris auprès d’une pointure de la conservation de cette époque, il apparait que les lustres de la galerie des Glaces étaient toujours disposés sur trois rangs et pas seulement lors des fêtes, comme en témoignent la vue de Sébastien Leclerc, datée des années 1680, au temps du mobilier d’argent, ainsi que toutes celles montrant la galerie au XVIIIe siècle, notamment durant les soirées de jeux. Un usage qui fut perpétué au XIXe (réceptions de la reine Victoria en 1855 et des souverains européens, de 1856 à 18674).

 

                                                   Charles-Nicolas II Cochin, le bal des ifs, 25-26 fevrier 1745 versailles

 

Si effectivement les lustres étaient montés et démontés après emploi dans les résidences royales par le service des Menus-Plaisirs, il apparaît qu’à la fin du XVIIIe, cet usage s’était perdu et que les lustres demeurèrent en place afin d’éviter les manipulations continuelles, périlleuses et coûteuses.

J’eus l’occasion d’étudier le sujet à propos des lustres de l’église royale Saint-Louis de Versailles, actuelle cathédrale. Montés et démontés après les cérémonies, de 1774 à 1785, ces lustres demeurèrent en place à compter de cette date. Ils participaient du goût du luxe du moment aux côtés des candélabres, tapis et étoffes précieuses5

 

              Charles-Nicolas II Cochin, jeu du roi et de la reine, 1747, Versailles                Charles-Nicolas II Cochin, bal à Versailles pour le mariage du dauphin, mai 1770, Versailles

 

Tour à tour lieu de fêtes et de cérémonies, salle des pas perdus et passage obligé des souverains à la chapelle royale lors des messes quotidiennes, la galerie des Glaces était un lieu de représentation autant que de pouvoir, où la cour se pressait pour admirer les cortèges royaux et princiers ou celui des ambassades étrangères.

Le parti d’une seule rangée de lustres dans la galerie, adopté durant l’été 2025, est, par conséquent, parfaitement inadapté et d’autant plus singulier qu’on le justifie, dit-on, pour mieux apprécier le décor de Charles Le Brun, qualifié de "véritable sixtine de l’art français".

Il apparait, en vérité, comme un souhait de renouer avec un état républicain, celui de la IIIe, dont on célèbre cette année les 150 ans avec la réouverture de la salle du Congrès et le réaménagement des espaces périphériques de l'aile sud6.

 

              Réception de la reine Victoria, 25 aout 1855                La galerie des Glaces sous Napoleon III

 

On rappelera aux tenants de ce parti que la galerie des Glaces n’est pas qu’un plafond mais aussi une architecture, celle de Jules Hardouin-Mansart ; des glaces, bien sûr, produites par la manufacture royale de Saint-Gobain, créée en 1665 afin de concurrencer les productions vénitiennes ; de superbes ornements de bronze et de stucs dorés par les meilleurs sculpteurs et orfèvres du temps (Jacques Buirette, François Lespingola, Pierre Ladoyreau7) ; un mobilier, dont les fameuses torchères de Jacques Gondouin (1737-1818), 24 au total, commandées en 1769 en vue du mariage du Dauphin, futur Louis XVI, avec la Dauphine Marie-Antoinette d'Autriche, l’année suivante. Torchères qui furent reproduites par Gérald Van Der Kemp et Pierre Lemoine d’après les modèles originaux, présentés dans la Grand Appartement du Roi (salon d’Apollon)8.

 

                   Torchères originales de Jacques Gondouin, commande de 1769, salon d'Apollon, 1972                      Jacques Gondouin, torchère de bois doré, 1769, modele 1980

 

En supprimant les deux rangées latérales de lustres présentes depuis 45 ans, les tenants de ce parti se trompent à d’autres égards :

-sur un plan pratique, ils assombrissent la galerie durant les périodes automnale et hivernale, lors des réceptions officielles et autres évènements dans la galerie9.

-les effets de faste et de prestige, qui sont l’expression et l’image de Versailles, se trouvent nettement amoindris.

-le respect dû aux grands mécènes qui contribuèrent à l’ambitieuse restitution de 1980, ainsi qu’à la mémoire de ceux disparus, le nom de tous figurant sur les lustres, qu'ils soient retirés ou encore en place. Une injustice donc pour beaucoup.

 

                    Visite du shah de Perse, juillet 1873                  Dîner de gala en l' honneur du shah de Perse, juillet 1873, L'Illustration

 

Soulignons enfin la faiblesse scientifique de la page internet10 et du communiqué de presse du nouvel état, nullement justifié par une vue d'Ancien Régime attestant le bienfondé du parti adopté, preuve de la fantaisie de certains conservateurs de nos jours. Une fantaisie qu’il est aussi loisible d’apprécier dans la transformation continuelle, et pas toujours à propos, d’autres espaces du château11.

On espère que l’on se rendra vite compte de l'erreur commise et que le parti des brillants Van Der Kemp, Lemoine et autres, était finalement le bon.

On ne peut réduire, en effet, la galerie des Glaces au seul plaisir de la vue d’un plafond !

 

                                                             La galerie des Glaces sans lustres, vers 1760, estampe, Jean-Francois Daumont éditeur.

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1.La Ière République s'étend de 1792 à 1804 et comprend la Convention nationale (1792-1795) avec sa phase de Terreur (1792-1794), le Directoire (1795-1799) et le Consulat (1799-1804). Une période pas particulièrement tendre avec Versailles : après les pillages et le départ de la cour en octobre 1789, le massacre du carrefour Orangerie-Satory en septembre 1792, le projet de démolition du château par le ministre de l'Intérieur, Jean-Marie Roland (de La Plâtière) en novembre, le démeublement organisé en 1793 et la vente du mobilier du 25 août 1793 au 11 août 1794, la fermeture des églises Notre-Dame et Saint-Louis, transformées en "Temple de la Raison" ou "de l'Abondance" (dépôt à grains). La fin des pillages étant décrétée en mai 1794, on revînt à de meilleurs sentiments avec les éphémères Musée central des Arts en 1796 et Musée spécial de l'École française de 1797 à 1810, pendant du Louvre destiné aux écoles étrangères.

2.Un état qui répondait parfaitement à celui extérieur des jardins, restés dans leur état Louis XVI (1774-1776), démantelé dans les années 1990 pour un pseudo-état Le Nostre. 

3.Sa seconde épouse, rencontrée en 1958, était américaine. Un rapprochement américain pas toujours bien vu du sérail français d’alors.

4.https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_visites_officielles_au_ch%C3%A2teau_de_Versailles

5.Voir mon ouvrage sur la cathédrale Saint-Louis, Somogy, 2009, p. 56.

6.Ouverture exceptionnelle de la Salle du Congrès. La gare de Versailles-Chantiers porte fièrement l'inscription : "Le Château de Versailles au coeur de la République". La IIIe en l'occurence.  

7.On doit à cet orfèvre les superbes trophées suspendus en bronze doré des trumeaux.

8.Il n’est fait aucune allusion à cet artiste réputé à l’évocation de ces torchères dans les interviews.

9.L'intensité des lustres est réglée sur celle de l'éclat d'une bougie.

10.https://www.chateauversailles.fr/presse/restaurations/galerie-glaces-revelee#redecouvrir-lepopee-de-louis-xiv-peinte-par-charles-le-brun

11.On pense notamment à ceux des appartements Dauphin-Dauphine et de Mesdames au rez-de-chaussée du château par le décorateur Jacques Garcia dans les années 2010, revus depuis. 

Inauguration du grand orgue de la cathédrale Saint-Louis, Versailles, janvier 2025

Par Le 20/01/2025

Les 17-18 et 26 janvier 2025 verront l’inauguration du grand orgue de la cathédrale Saint-Louis de Versailles, après six ans de restauration.

Réalisé en 1760-1761 par Louis-Alexandre Cliquot (1680-1760) et son fils François-Henri (1732-1790), qui le paracheva à la mort de son père, cet orgue de 53 tonnes, classé M.H. en 1906, figure au rang des plus grands instruments liturgiques du XVIIIe siècle au même titre que l’orgue de la chapelle royale du château, œuvre de Robert et Jean Cliquot (1710-1771), respectivement père et aïeul des précédents.

 

                                                            Grand orgue, vue générale depuis la croisée, cl. Ph Cachau

 

Inauguré aux vêpres du 31 octobre 1761, veille de Toussaint, il fut joué, nous dit L’Avant-Coureur, durant trois-quart d’heure devant Louis XV par son organiste Nicolas-Hubert Paulin (1713-1785).

L’orgue fut restauré à plusieurs reprises au XIXe siècle. Les interventions les plus notables sont celles de : Pierre-François Dallery (1807-1808), son fils Louis-Paul (1828-1829), John Abbey (1838-1839) et, surtout, Aristide Cavaillé-Coll (1859-1863). 

 

                     Partie gauche du grand orgue, détail, cl. Ph. Cachau       Le positif, détail, cl. Ph. Cachau        Partie droite du grand orgue, détail, cl. Ph. Cachau

                              

Restauré à nouveau en 1901-1902, l’orgue dut attendre 1987-1989 pour que l’on procédât à une nouvelle intervention d’envergure en vue du bicentenaire de la Révolution française. Je me souviens encore de l’inauguration, le 15 octobre 1989, avec le récital de Marie-Claire Alain. L’orgue fut béni alors par Mgr Jean-Charles Thomas, évêque de Versailles.

La colle employée durant cette restauration entraina malheureusement une dégradation lente des 3248 tuyaux, constatée en 2000. Ce n’est qu’en 2018 que la restauration complète put être enfin engagée. Le remontage des tuyaux, effectué en 2024, avait été entravé en 2020-2022 par le Covid et la restauration de la façade de la cathédrale.

 

            Ange musicien, à gauche, cl. Ph. Cachau                Ange musicien, à droite, cl. Ph. Cachau

 

On retrouvera l’historique complet de l’instrument dans mon ouvrage La cathédrale Saint-Louis de Versailles. Un grand chantier du règne de Louis XV, Paris, Somogy, 2009 (p.52-53, 87-88, 126-130), ainsi que sa composition complète (p.246-247), avec l’aimable et précieuse collaboration de Jean-Pierre Millioud, titulaire de l’orgue depuis quatre décennies.

Le 18 janvier, à 16h, verra une nouvelle bénédiction de l’instrument par Mgr Luc Crépy, évêque de Versailles. 

 

                                                                 Horloge, détail, cl. Ph. Cachau

 

Premier concert inaugural, le 19 janvier, 15h et le second, le 26 janvier, 15h.

Toutes les informations ici :

https://actu.fr/ile-de-france/versailles_78646/video-un-monstre-de-la-musique-est-de-retour-en-la-cathedrale-saint-louis-de-versailles_62115326.html

 

                                                             Le grand orgue et sa tribune, milieu XVIIIe, cl. Ph. Cachau                                             

Deux-Ponts - Pompadour : les échanges franco-allemands au XVIIIe siècle

Par Le 07/11/2024

C’est un des merveilleux sujets que j’eus à traiter au cours de ma carrière scientifique.

Personnage central des échanges franco-germaniques et de l’amitié franco-allemande au milieu du XVIIIe siècle, par ses prétentions aux trônes de Bavière et du Palatinat, le duc Christian IV des Deux-Ponts (1722-1775), prince palatin, fut, de 1750 à 1764, l’intime de Louis XV et, surtout, de Madame de Pompadour qui le trouvait fort séduisant.

Prince francophile et francophone, souverain d’une de ces principautés éparses du Saint-Empire romain germanique, il était, "aussi français que s’il était né au milieu de Versailles", nous dit le duc de Zuckmantel. Très apprécié à chaque séjour, il fut beaucoup regretté à son décès en 1775.

 

                       Le château de Jägersburg en 1757, détail du tableau de Ziesenis                      Johann George Ziesenis, Christian IV en chasseur, 1757, Darmstadt

 

Intime de Marc-René de Voyer d’Argenson, marquis de Voyer (1722-1782) – personnalité éminente des arts au XVIIIe, aussi réhabilitée par mes travaux , le duc commanda à Mansart de Sagonne, le château de Jägersburg (1752-1756), réplique du Grand Trianon de Jules Hardouin-Mansart. Cette demeure était aussi inspirée des projets de palais de Blondel comme exposé en 2012 dans mon article de la revue du Centre historique allemand à Paris (Francia, n° 39, p. 135-165).

J’eus l’occasion de prolonger le propos en 2018, sous l’angle de la rivalité avec Pierre Patte, cette fois, dans Saarpfalz. Blätter für Geschichte und Volksunde, revue historique de Sarre (n° 3, 2018, p.37-51).

 

                                                 Francia, n° 39, 2012, Paris, Institut historique allemand                        Saarpfalz, n° 3, 2018

 

Réhabilité par Wilhelm Weber en 1987 dans son remarquable ouvrage Schloss Karlsberg, le duc des Deux-Ponts demeurait inconnu en France jusqu’à mes recherches dans les années 1990. Une fois encore (après Voyer d’Argenson et Biarritz), l’intérêt porté à ce personnage ignoré me valut l’exploitation éhontée de mes travaux par une citation à minima d’un universitaire. La rançon du succès, diront certains. Si Coco Chanel déclarait aimer être copiée, il n’en est pas de même pour moi. Smiley clin d'oeil

Pour mieux apprécier l’importance et la variété des échanges entre Deux-Ponts et la France de Louis XV (diplomatie, culture, économie, etc), il convient de se reporter aux missives du duc avec la Pompadour.

La publication de cette abondante correspondance est un projet que je caresse depuis fort longtemps. Je lance ainsi un appel à l’attention des institutions historiques allemandes ou américaines en vue de sa publication dans un bel ouvrage.

 

                                       Maurice-Quentin de La Tour, Louis XV, 1748, Louvre                      François Boucher, Madame de Pompadour, 1756, Munich

 

Pour mieux cerner l’importance et la considération qu’on portait à ce prince allemand à Versailles sous Louis XV, son peintre Mannlich rappelle comment « l’évocation du nom de mon souverain produisit un effet magique » lorsqu’il s’agit de lui ouvrir le Petit Trianon.

L’allée principale de cette résidence, ô combien célèbre, fut plantée, rappelons-le, de peupliers sur le modèle de celle de Jägersburg, et non d’ormes ou de tilleuls suivant la tradition française d’alors. Les échanges entre le duc et la Pompadour cessèrent à la mort de celle-ci en 1764.

On comprendra donc l’intérêt particulier de publier cette correspondance afin de mieux cerner les échanges et influences entre France et Allemagne au Siècle des Lumières.

Un grand merci pour vos contacts et recommandations.

English version

Rétro 1992 : mon plan d'aménagement de la place Saint-Louis de Versailles

Par Le 31/08/2023

                            Plan d aménagement de la place Saint-Louis de Versailles, Philippe Cachau, 1992 ©Ph.Cachau

 

Voici le plan d’aménagement de la place Saint-Louis de Versailles que j’avais composé en 1992 en collaboration avec un jeune étudiant de l’École d’Architecture de Versailles.

Petit rappel historique : À la fin des années 1980, la municipalité d’André Damien envisagea le réaménagement de la place de la cathédrale en supprimant le parking en surface qui existait alors.

Le plan proposé par la Ville, confié à Jean-Claude Rochette, architecte des Monuments historiques, entendait disposer des parterres de broderies sur les placettes latérales de l’édifice tandis que le reste de la place était entièrement minéral.

Cet aménagement me parut incongru car il n’y eut jamais au XVIIIe siècle de tels motifs à ces endroits et ce d’autant qu’ils étaient réservés aux jardins et donc inenvisageables dans un espace urbain comme celui qui nous concerne.

Je conçus donc un projet basé sur des éléments plus authentiques esthétiquement :

1°) Pour le chevet de la cathédrale, je repris l’aménagement du jardin de l’évêché proposé par Robert de Cotte, Premier architecte du Roi, dans ses divers projets pour l’église Saint-Louis au début des années 1720.

 

                                                       Robert de Cotte, projet pour l'eglise Saint-Louis de Versailles, 1724, BNF.

 

2°) Pour les arbres des places latérales, qui étaient alors en boule ou informe, je repris la taille en rideau visible en maints endroits de Versailles : Grand Canal, Jardin français de Trianon, Boulevards du Roi et de la Reine.

Plutôt que l’espace en terre battue que l’on voit aujourd’hui, je disposais au centre un espace vert composé d’un gazon entouré de fleurs à gauche, motif que j’inversais, à droite, par souci de diversité et d’originalité.

3°) S’agissant de la place centrale, je m’inspirais de la place de la Santissima Annunziata à Florence dont la place Saint-Louis reprenait le schéma, rare pour une place française, à savoir : une église en fond de place avec rue axiale en perspective. Afin de conférer fraicheur et animation visuelle à cet espace pour le moins aride, je proposais l’installation de fontaines sur le modèle de celles de la place des Vosges à Paris, disposées symétriquement comme sur la place florentine.

 

                                                             Fontaine de la Place des Vosges, Paris.

 

4°) Le centre de la place était agrémenté d’un labyrinthe en évocation des labyrinthes des cathédrales gothiques. Le motif à la grecque se voulait un clin d’œil au goût néo-grec naissant lors de l’achèvement de l’église Saint-Louis en 1754, son style rocaille l’ayant fait paraître alors démodée.

5°) Le reste de la place alternait pavés de grès et espaces dallés pour l’installation de terrasses de café ou tout autre animation, plus agréables aux pieds que le pavé actuel. J'envisageais alors l'installation provisoire de kiosques pour marchands de glace avec menues terrasses durant la saison estivale.

De toutes ces propositions, la municipalité n’agréa que la taille en rideau, ce dont j’étais assez satisfais car il s’agissait d’un élément significatif dans la perception générale du monument et de son environnement.

 

              Effet d'ensemble de la cathédrale et des arbres taillés en rideau, ©Ph.Cachau                Taille en rideau des arbres à droite de la cathédrale vus depuis le seuil de la cure, ©Ph.Cachau

 

À l’heure du changement climatique et de la végétalisation des espaces urbains, ce projet reprend toute son actualité : l’aménagement du chevet de la cathédrale en jardin valoriserait ce secteur ingrat de l’édifice, contribuerait à sa restauration et satisferait bien des habitants du quartier Saint-Louis où les espaces verts sont rares.

 

                                                          Chevet de la cathédrale de Versailles, état actuel, Google view

 

Les fontaines de la place serviraient au rafraichissement et au spectacle des habitants, comme des visiteurs de la cathédrale, qui pourraient s’y désaltérer.

Des idées à méditer.

Philippe Cachau, 31 août 2023

Mansart de Sagonne à Versailles, Versailles + mai-juin 2023

Par Le 11/07/2023

Découvrez dans Versailles + de mai-juin 2023, le dernier volet des Mansart à Versailles à travers l'oeuvre de Jacques Hardouin-Mansart de Sagonne, dernier des Mansart (1711-1778).

Désormais, il n'y a pas que Jules Hardouin-Mansart à Versailles aux XVIIe- XVIIIe siècles !

À lire ici :

Article Mansart de Sagonne à Versailles, Versailles +, mai juin 2023, p. 26-27Mansart de Sagonne à Versailles, Versailles +, mai-juin-2023, p.26-27 pdf

  

      Couverture Versailles +, n° 157, mai-juin 2023                Mansart de Sagonne : Maison de Charité de la paroisse Saint-Louis, rue de l'Orangerie, Versailles,  années 1750

Jules Hardouin-Mansart et Versailles, Versailles +, février 2023

Par Le 11/02/2023

Découvrez dans Versailles +, février 2023, n° 54, mon propos sur Jules Hardouin-Mansart et Versailles, p. 20-21.

Trop souvent réduite à la réalisation du château, des deux écuries ou du Grand Trianon, l’activité d’Hardouin-Mansart à Versailles fut protéiforme et s’étendit à tout le site royal : château, jardins, parc et ville.

L’occasion de rappeler dans cet article l’importance de l’architecte dans l’image et la perception de Versailles, quelque peu malmenée ces dernières années au profit des seuls Le Nôtre et Le Brun.

Combien il demeura, plus que tout autre artiste ou personnage du Grand Siècle, longtemps au service du Roi-Soleil (34 ans).

Ces derniers siècles, il fut, hélas, peu récompensé de son génie, contrairement à d'autres gloires nationales.

Gageons que cet article saura combler quelque peu ces lacunes.

 

Article Hardouin-Mansart, Ph. Cachau, février 2023Article Jules Hardouin-Mansart à Versailles, Versailles +, février 2023. p.20-21 pdf

 

 

        Couverture Versailles +, n° 154, février 2023                  Jean-Louis Lemoyne,  Jules Hardouin-Mansart, 1703, Louvre, cl. Ph. Cachau                

La renaissance de la cathédrale de Versailles, Versailles +, n° 151, novembre 2022

Par Le 07/11/2022

À l’occasion de sa restauration et de l’exposition Louis XV actuellement au château, découvrez dans la revue Versailles + de novembre, mon article sur la cathédrale de Versailles, premier grand chantier religieux du Bien-Aimé.

Longtemps restée dans l’ombre de la chapelle royale et des grandes églises parisiennes du moment, Saint-Louis de Versailles constitue assurément un chef-d’œuvre de l’art religieux du XVIIIe siècle : parmi les plus éminents architectes, peintres, sculpteurs et ornemanistes d’alors collaborèrent à cet édifice et à sa Chapelle des Catéchismes (de la Providence aujourd'hui).

Un édifice conforme aux fastes d’Ancien Régime et à la notoriété de Versailles, capitale du royaume, que l’on peine à concevoir aujourd’hui.

Tous les souverains, de Louis XV à Napoléon III, en passant par Louis XVI, Louis XVIII ou Louis-Philippe, y laissèrent leur empreinte. Le pape Pie VII l’honora de sa visite en 1805.

L’occasion de rappeler aussi combien Versailles dispose d’une architecture religieuse importante : Notre-Dame, Saint-Symphorien, chapelles du Couvent de la Reine (Lycée Hoche) et de l’Hôpital royal (Richaud), toutes conçues et réalisées par d’éminents membres des Académies royales d’architecture, de peinture et sculpture.

Que cette publication soit donc l’occasion de rappeler l’intérêt majeur de l’architecture religieuse de la ville, souvent négligée médiatiquement au profit des réalisations du domaine royal.

Une occasion de beaux documentaires ou d’émissions à envisager pour une meilleure appréhension de leur histoire, leur architecture et des chefs-d’œuvre que ces édifices contiennent.

Sauf exception, les clichés sont de votre serviteur.

Bonne lecture.

 

Article Saint-Louis, Versailles +, novembre 2022Article Saint-Louis, novembre-2022, pdf

 

    Couverture Versailles +, novembre 2022               Eglise en restauration, septembre 2022, cl. Ph. Cachau

Le lieu le plus secret de Versailles est dans Versailles +, n° 150, octobre 2022

Par Le 29/09/2022

Découvrez dans le n° 150 de Versailles +, octobre 2022*, p. 20-21, l'un des lieux les plus secrets et méconnus du domaine de Versailles :

La chapelle des Pages de la Grande Écurie par Jules Hardouin-Mansart (1682).

La combinaison des ordres employés (colonne ronde et pile carrée) se retrouvera au Bosquet de la Colonnade en 1685.

 

Article Versailles +, octobre 2022Article Versailles +, octobre 2022, pdf

 

      Couverture Versailles +, octobre 2022               Jules Hardouin-Mansart, ordres d'architecture de la Chapelle des Pages, Grande Ecurie, Versailles, 1682  

                 

* tirage 40 000 exemplaires, Versailles et périphérie.

Alexis de Tocqueville : de Versailles à la Touraine

Par Le 13/09/2021

On ne présente plus Alexis de Tocqueville (1805-1859), de son vrai nom Alexis-Henri-Charles Clérel, comte de Tocqueville, chantre de la démocratie américaine.

Le début de sa carrière fut marqué par sa nomination en 1827 en tant que juge auditeur au Tribunal royal de Versailles. Son père était alors préfet de Seine-et-Oise.

Cette nomination lui valut de faire la connaissance de Gustave Bonnin de La Bonninière de Beaumont, dit Gustave de Beaumont (1802-1866), désigné l'année précédente (22 février 1826), procureur du roi au tribunal de première instance. Beaumont restera au tribunal de Versailles jusqu'à sa nomination à celui de Paris, le 27 septembre 1829.

Les deux hommes, qui étaient de la même génération et pétris des mêmes idées, se lièrent d'une amitié indéfectible dans la cité royale. Beaumont hébergea ainsi son ami au 66 rue d'Anjou où il disposait d'un appartement.

Une plaque commémorative rappelle la présence de Tocqueville à cet endroit, de 1828 à 18321.

Elle m'est sensible à plusieurs titres : non seulement en tant qu'enfant du quartier Saint-Louis de Versailles, mais aussi en tant qu'ex-voisin du lieu durant deux décennies, puis en tant qu'auteur d'un ouvrage sur la famille de Beaumont et son fief tourangeau, paru en 20192.

 

          Logement de Tocqueville à Versailles, 66 rue d'Anjou, cl. Ph. Cachau                     Plaque du 66 rue d'Anjou à Versailles, cl. Ph. Cachau

 

En 1830, suite à leur démarche auprès du garde des Sceaux, Tocqueville et Beaumont obtinrent du gouvernement un congé de dix-huit mois afin de se rendre aux États-Unis pour étudier le système pénitentiaire, aux conceptions alors révolutionnaires en matière de gestion des détenus. En avril 1831, les deux hommes embarquèrent au Havre pour New York.

Ce séjour, qui s'étendit jusqu'en janvier 1832, valut aux deux amis la sortie d'ouvrages majeurs pour le XIXe siècle, à savoir :

Pour Gustave de Beaumont, Du système pénitentiaire aux États-Unis (1833) en collaboration avec Tocqueville et Marie ou de l'esclavage aux États-Unis (1835), première grande dénonciation de la situation des Noirs américains.

Pour Tocqueville, l'ouvrage en deux tomes, De la démocratie en Amérique (t. I, 1835 ; t.II, 1840), "best-seller" de la littérature libérale, tant française qu'européenne.

Les deux hommes se livreront ensuite à une carrière politique sur les bancs de l'Assemblée en tant que députés.

 

              Les Trésorières à Saint-Cyr-sur-Loire, XVIIIe-XIXe siècles, cl. Ph. Cachau                        Théodore Chasseriau, Alexis de Tocqueville (1805-1859), 1850, Château de Versailles

 

En 1853, Tocqueville éprouvant le besoin de passer l’été et l’hiver en province - le Second Empire n'était pas sa tasse de thé ! -, son ami Gustave de Beaumont lui trouva une demeure, Les Trésorières, à Saint-Cyr-sur-Loire, en périphérie de Tours. Il y séjourna de juin 1853 à mai 1854.

Ceci lui permit d'entreprendre des recherches aux Archives départementales d’Indre-et-Loire pour servir son essai L'Ancien Régime et la Révolution (Paris,1856). Tocqueville décédera cinq ans plus tard à Cannes.

 

                          Gustave de Beaumont (1802-1866)                             Ouvrage Beaumont-la-Ronce 2019

 

Cette présence d'Alexis de Tocqueville à Saint-Cyr-sur-Loire, dans la région de la famille de Beaumont, lui vaut aujourd'hui son portrait sur un rond point très fréquenté de la ville.

On regrettera que Gustave de Beaumont, issu d'une des plus vieilles familles tourangelles et ce depuis le Moyen Age, né à quelques kilomètres de là, à Beaumont-la-Ronce, n'ait disposé de semblable faveur près de lui, son œuvre littéraire, certes quelque peu oublié aujourd'hui, ayant été au moins aussi important en son temps.

Espérons que ce regrettable oubli saura être réparé par la municipalité.

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1. Les dates de cette plaque sont sujettes à caution. Il est possible que Tocqueville ait continué à demeurer à Versailles après sa nomination à Paris en 1829 mais la date d'avril 1831 est plus exacte pour son départ définitif, étant en Amérique jusqu'en 1832 et à Paris ensuite.

2. Ouvrage disponible sur demande (12 euros + frais de port).

Restauration de la cathédrale Saint-Louis de Versailles 2021-2022

Par Le 04/04/2021

La cathédrale Saint-Louis de Versailles est l’un des édifices religieux majeurs du règne de Louis XV au même titre que les grandes églises parisiennes de la période1.

 

                                                                   La cathédrale Saint-Louis depuis le Potager du Roi, cl. Ph. Cachau

 

Cela faisait une vingtaine d’années que l’on n’était plus intervenu aussi massivement sur l’édifice : les dernières restaurations en la matière datent en effet du début des années 2000. Elles faisaient suite aux dégâts causées alors par la tempête de décembre 1999.

La présente campagne a pour objet :

1°) le ravalement de la façade principale et des deux tours latérales.

2°) la restauration des trois portes de la façade.

3°) la réfection du vitrail central en façade avec remplacement des fers dégradés de l'armature, des verres abimés et la consolidation des plombs.

4°) la révision générale de la couverture des tours latérales (ardoises, plombs et étanchéité au droit des corniches).

5°) la mise en place d’un dispositif destiné à protéger durablement la pierre des déjections des pigeons2.

On regrettera dans ce beau programme, l’absence de mise en dorure des plombs extérieurs (bulbes des tours latérales, flèche du dôme3 et couverture de la chapelle axiale de la Vierge), qui pourraient faire l’objet d’une prochaine campagne d’intervention. Ainsi réhabilités, ils feraient un bel écho aux plombs dorés de la chapelle royale récemment dégagés.

 

          Plombs des tours latérales autrefois dorés, cl. Ph. Cachau                  La chapelle royale de Versailles en 2021, cl. Ph. Cachau

 

On ne peut qu’encourager une telle initiative afin de redonner à la cathédrale de Versailles et, plus largement aux églises de la cité royale, leur splendeur primitive. Ceci contribuerait à leur réhabilitation dans l’esprit des visiteurs de la ville comme chez les historiens et historiens d’art.

Rappelons que Versailles était alors la capitale administrative de la France, pays le plus peuplé et le plus puissant d’Europe.

L’église Notre-Dame, église primitive de la cité nouvelle de Louis XIV, disposait aussi de plombs dorés comme rappelé dans mon ouvrage en 2009, d’après un dessin retrouvé aux Archives nationales4.

 

                                Plombs dorés des tours latérales de Notre-Dame de Versailles,  détail,  Jules Hardouin-Mansart (agence),1684, Archives nationales                         Plombs autrefois dorés de la flèche et de la chapelle de la Vierge, cl. Ph. Cachau

 

Les lys de France du blason royal ailé dans le fronton central devraient être aussi rétablis durant cette campagne à l’instar d’autres édifices de la ville (église Notre-Dame, Bibliothèque municipale, ex-ministère des Affaires étrangères), tels que visibles dans les blasons royaux de la place Vendôme à Paris.

 

        Jules Hardouin-Mansart, fronton de la place Vendôme, blason ailé à fleurs de lys, détail, cl. Ph. Cachau                    Notre-Dame de Versailles, tours et fronton aux armes royales, cl. Ph. Cachau

 

                                                  Fronton principal de Saint-Louis de Versailles, blason royal ailé avec lys de France disparus, cl. Ph. Cachau

 

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1.Voir mon ouvrage publié en 2009 aux éditions Somogy. Ce bel édifice ne suscite pas, curieusement, autant d’intérêt médiatique que le Potager du roi voisin. Il contient pourtant parmi les chefs-d’œuvre de la peinture des XVIIIe-XIXe siècles et abrite l’une des plus belles charpentes de France.

2.Précisions aimablement communiquées par la Conservation régionale des Monuments historiques d'Ile-de-France.

3.La dorure de la flèche fut timidement engagée au début des années 2000. Rappelons que, sous l’Ancien Régime, il n’était pas concevable de laisser ainsi le plomb apparent d’un édifice royal, surtout lorsque aussi visible depuis la terrasse de l’Orangerie du château. La remise en dorure des bulbes redonnerait à l'édifice tout le prestige qui lui fait actuellement défaut.

4.Réflexions engagées suite à mes échanges avec Gérald Van Der Kemp en 1991.