Jacques Hardouin-Mansart de Sagonne
Versailles : une architecture religieuse royale !
Par
Philippe CACHAU
Le 15/05/2026
La Ville de Versailles dispose dans ses quartiers historiques (Notre-Dame, Saint-Louis, Montreuil) d’une architecture religieuse XVIIe-XVIIIe de première importance mais souvent négligée par les historiens de l’art, voire la municipalité elle-même, faute de pouvoir en apprécier toute la valeur artistique.
Prise entre les grandes réalisations parisiennes du temps (Saint-Roch, Saint-Sulpice, Sainte-Geneviève (Panthéon), Madeleine, Saint-Eustache, etc) et celles du château et des Trianons, la cité royale peine beaucoup à exister en effet aux yeux des historiens. Et pourtant !
Les architectes de cette période ont pour noms : Hardouin-Mansart, Mansart de Sagonne, Trouard, De Wailly, Mique, Darnaudin, soit parmi les meilleurs de leur temps, distingués par leur sens de la créativité et de l’audace architecturale.
Si l’église Notre-Dame de Versailles (1684-86) de Jules Hardouin-Mansart, paroisse de la famille royale, peut paraître bien pâle aujourd'hui au regard de la chapelle royale (1687-1710) nouvellement restaurée, c’est que la présentation que l’on en fait depuis le XIXe siècle, dépourvue de ses lys et plombs dorés extérieurs, l’a considérablement affadie. Sa vaste coupole sous le dôme et la flèche à plombs autrefois dorés constitue la première du genre à Versailles1.
Il en va de même de la cathédrale Saint-Louis, église royale s’il en fût, avec sa flèche et ses bulbes dorés, agrémentée, avant 1792-93, du blason royal et des lys de France au centre du portail tandis que les portes latérales comportaient les L entrelacés de Louis XV.
Je me suis attaché dans ma thèse soutenue en 2004, puis dans l’ouvrage qui suivit, publié en 2009, à redonner à cet édifice toute l’importance qu’il mérite dans la création religieuse du règne2.
Au-delà de Mansart de Sagonne et de l'éminent Nicolas Pineau, il convient d’évoquer aussi la grande commande picturale faite en 1761 par l’administration des Économats aux meilleurs peintres français du temps (Boucher, Pierre, Vien, Deshays, Jeaurat, Vanloo, Lagrenée, Hallé, Monnet, Millet), si bien évoquée par Xavier Salmon dans ledit ouvrage3. Combien d’historiens de l’art font référence à cette commande majeure dont les œuvres furent exposées au Salon du Louvre et reçurent les commentaires plus ou moins amènes de la critique (Diderot, Grimm, Fréron, l’abbé Le Blanc, etc) ?
Saint-Louis de Versailles, c’est aussi le début du néo-classicisme avec la Chapelle des Catéchismes de Louis-François Trouard en 1764, première réalisation du genre à Versailles, quand le Petit Trianon de Gabriel, commencé en 1762, ne sera pas achevé avant 1770 !
Une chapelle dévolue à l'enseignement religieux des garçons et des filles placés dans deux nefs latérales scandées de niches et de colonnes, séparées par un chœur central surmonté d'un dôme à caissons, le tout sur le mode antique.
Cerise sur le gâteau : les superbes reliefs et médaillons d’Augustin Pajou bien avant ceux de l’Opéra royal4 !
C’est au même Trouard que l’on doit en 1764-70, l’église Saint-Symphorien de Montreuil, première église néo-classique de France avec ses colonnes doriques et son plan basilical à l’antique, repris par Chalgrin à Paris pour Saint-Philippe-du-Roule à compter de 1767-685.
Outre les cannelures des colonnes sur le mode antique, on appréciera les beaux ornements de la porte centrale, déjà Louis XVI, autrefois dorés, et le blason royal au-dessus dont les lys devraient être rétablis comme à Saint-Louis pour une meilleure appréhension de l’origine de l’édifice.
Le Reposoir de Charles De Wailly en 1769, rue Dauphine (Hoche), est sans aucun doute l’une des plus grosses pertes architecturales de la cité royale, voire de l’architecture religieuse du XVIIIe siècle, constituant, comme le rappelle Daniel Rabreau, « le seul exemple d’édifice religieux complet » de l’architecte6.
Démoli en 1880 pour laisser place au temple néo-gothique actuel, cet édifice témoigne de l’importance que le directeur des Bâtiments du roi, le marquis de Marigny, attachait à cet architecte - qu’il fit contrôleur adjoint des Bâtiments de Versailles en 1767 - au point de lui confier ce chantier royal au détriment d'Ange-Jacques Gabriel, premier architecte du roi, après celui de la décoration de l’Opéra royal en 1768.
Cette rotonde néo-classique inscrite dans un carré constituait une version réduite, revue et corrigée, du Panthéon de Rome si apprécié de cette nouvelle génération d’architectes dites des "piranésiens français", préfigurant le projet de chapelle de Darnaudin à l’hôpital royal. Son état nous est connu par la description du Cicérone de Versailles.
L’architecture néo-classique versaillaise put s’enorgueillir au même moment de la maison d’éducation voulue par Marie Lezczynska en 1766, dite "Couvent de la Reine", réalisée par Richard Mique, architecte lorrain qui travaillait pour son père Stanislas en tant que premier architecte7.
Bâti de 1767 à 1772, le couvent royal est sa première réalisation à Versailles. Son importance dans l’architecture du temps est attestée par les beaux plans, profils et élévations du recueil conservé à la Bibliothèque municipale.
Il entendait être l’"un des plus beaux et plus commodes du royaume" aux dires de Madame Adélaïde, laquelle poursuivra, avec ses sœurs Victoire et Sophie, l’œuvre de leur mère à son décès en 1768.
Le couvent est ainsi autant celui de Mesdames que de la feue reine qui dépensèrent plus de 800 000 livres, soit plus de 9 133 000 euros, somme fort importante à cette époque.
La savante composition de la chapelle de plan centré, d’inspiration palladienne8, élevée en 1771-72, témoigne du talent et de l’originalité de Mique qui abandonna le plan basilical initial trop courru.
Il en fit ainsi l’une des plus belles du genre en France avec ses superbes reliefs et ornements par Joseph Deschamps, ses deux rotondes arrière pour le chœur des religieuses et des pensionnaires, la croisée étant rehaussée des peintures de Gabriel Briard et Jean-Jacques Lagrenée.
Mique et Deschamps devaient se retrouver au service de Marie-Antoinette à Trianon dans la décennie suivante (Belvédère, Temple de l’Amour, Théâtre de la Reine).
Enfin, last but not least, la chapelle de Charles-François Darnaudin pour l’Hôpital royal conçu en 1781, réalisée en 1786-90, présente un plan centré des plus originaux avec à l'intérieur, au centre, une rotonde à colonnes et balustrade, inspirée du Tempietto de Bramante (XVIe siècle) mais aussi du baldaquin de baptistère du Latran à Rome (Ve siècle) suivant une tradition chrétienne établie.
Un ensemble qui fut placé au centre d’un espace cubique, coiffé d’une coupole à caissons sur le mode du Panthéon susdit et ce sans le moindre ornement, à l’instar de Trouard à Saint-Symphorien. Un fait notable en cette fin du XVIIIe siècle, souvent prolixe en la matière comme l’attestent les bâtiments évoqués de Mique et de Deschamps à Trianon.
Rappelons que le projet de Darnaudin pour l’hôpital de Versailles figurait au rang des plus beaux du genre en France à la fin de l’Ancien Régime9.
Ainsi, la cité royale présente-t-elle une architecture religieuse de premier ordre à bien des égards, totalement aboutie, quand les chantiers parisiens peinaient souvent à parvenir à leur terme. On ne compte plus en effet les églises de la capitale restées inachevées, parachevées ou modifiées au XIXe siècle. Point de cela à Versailles. Des édifices restés dans leur jus XVIIIe !
On regrettera, bien sûr, les ravages de la Ière République (1792-1804) durant la Terreur (1792-1794) qui ont totalement dépouillées ces merveilles de leurs superbes ornements et mobilier.
On rappellera simplement que Saint-Louis était assurément à la fin du XVIIIe, si l’on en juge par les inventaires et descriptions du temps, l’une des églises les plus somptueuses du pays par la protection apportée par le Dauphin, fils de Louis XV, et sa famille, ornée d’autels de marbres précieux conçus par Trouard dans le nouveau genre, ses peintures, tapis, lustres, rideaux de soie et superbes ornements liturgiques. Seules les peintures de la grande commande réchappèrent de ce monstrueux saccage.
Notre-Dame, Saint-Symphorien et bien d’autres sanctuaires connurent le même sort comme partout en France.
Quand vous passerez par Versailles, ne manquez pas, autant que possible, de jeter un œil sur ces merveilles !
Voir également l'album photos.
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1.Sur cette église royale, voir François Bergot, Notre-Dame. Église paroissiale et royale de Versailles, Versailles, Art Lys, 2005.
2.Voir mon ouvrage La Cathédrale Saint-Louis de Versailles. Un grand chantier royal du règne de Louis XV, Paris, Somogy, 2009.
3.Ibid, p. 204-231.
4.Ibid, p.61-67.
5.Voir Jean-Marie Pérouse de Montclos, Histoire de l’architecture française de la Renaissance à la Révolution, Paris, Mengès, 1989, p. 427 et 432.
6.Sur cet édifice, voir Daniel Rabreau – Monique Mosser, Charles De Wailly, peintre architecte dans l’Europe des Lumières, cat. expo., CNMHS, Paris, 1979, p. 47 ; Cicérone de Versailles, 1822, p. 217.
7.Sur cet ensemble conventuel, actuel Lycée Hoche, voir Sœur Marie-Claire Tibon, Le couvent de la reine, de Compiègne à Versailles, Paris, Cerf, 2012.
8.Fusion de la Villa Rotonda et de la croisée de San Giorgio Maggiore.
9.Sur cet édifice, voir Régine Cabannes, L’hôpital Richaud et ses secrets, autoédition, Versailles, 2009.
Chantilly : les exceptionnelles boiseries du grand salon de la Maison de Sylvie, 1755-56
Par
Philippe CACHAU
Le 30/03/2026
Ces boiseries animalières du XVIIIe siècle sont sans aucun doute parmi les plus exceptionnelles encore subsistantes de nos jours, tant par leur originalité que leur qualité d’exécution, loin des éternelles boiseries à chicorées rocailles.
Elles auraient mérité de figurer dans l’ouvrage de Bruno Pons, Grands décors français 1650-1800 (Faton, 1999), entre celles du grand salon du château d’Asnières (1750-51, Cliveden House, Grande-Bretagne) et celles du salon du château d’Abondant (1748-50, Louvre).
Tenues loin des visiteurs de Chantilly, les boiseries du grand salon de la Maison de Sylvie, réalisées en 1755-56, n’apparaissent guère sur le net, jalousement conservées par la direction du domaine qui les réserve aux happy fews organisant là évènements et réunions.
C’est lors d’une étude sur le pavillon de chasse du comte d’Eu en forêt de Dreux que je fus conduit jusqu’à elles en 2021. Dès que je les vis, leur influence me sauta aux yeux : ces boiseries à trophées d’animaux ne pouvaient qu’avoir été influencées par celles du grand salon du château d’Asnières-sur-Seine, réalisation majeure de Nicolas Pineau, qui faisaient sensation depuis le début des années 1750. Je les rendis donc à Jean Mansart de Jouy sur la base des éléments ci-après :
-Commanditaire en 1755 du pavillon de chasse destiné à Louis XV, Louis-Charles de Bourbon, comte d'Eu (1701-75), était fils du duc et de la duchesse du Maine.
Au décès de son aîné, le prince de Dombes (1700-55), il hérita du domaine de Sceaux qui voisinait au sud-est avec celui de Berny où résidait son cousin, Louis de Bourbon-Condé, comte de Clermont (1709-71) en tant qu’abbé commendataire de Saint-Germain-des-Prés. Réalisation fameuse de François Mansart, Berny fut restauré par Mansart de Sagonne, "architecte de S.A.S. le comte de Clermont, prince du sang", de 1737 à 1741.
-Le pavillon de chasse de Dreux est voisin du château d’Abondant, propriété de la famille de Souches qui fit intervenir Jean Mansart de Jouy de 1747 à 1750.
-Le choix de ce Mansart par le comte d’Eu fut d’autant plus indiqué que l’architecte était particulièrement en vue des Bourbons par la réalisation du portail de l’église Saint-Eustache à Paris dont la première pierre fut posée par Louis-Philippe d’Orléans, duc de Chartres, en 1754.
-Précepteur de Chartres, le marquis de Voyer, commanditaire des boiseries animalières d’Asnières, se trouvait être aussi allié à la famille Sourches par leur parent commun, le comte de Maillebois dont le marquisat, sis sur la paroisse de Châteauneuf-en-Thymerais, était voisin de celui d'Abondant.
-Enfin, autre élément essentiel et tangible dans le lien entre les derniers Mansart et le comte d'Eu : le service du maître peintre Joseph Labbé, "peintre ordinaire de S.A.S. Louis-Charles de Bourbon, comte d'Eu", qui fut aussi au service de Mansart de Sagonne, apparaissant dans plusieurs de ses réalisations.
Labbé se disait aussi "conseiller de l'Académie de Saint-Luc", ancienne maîtrise des peintres et sculpteurs de la capitale, protégée par le marquis de Voyer au milieu du XVIIIe siècle. Il peignit sans doute lesdites boiseries que l'on voit aujourd'hui. Tout se tient donc.
Dans mon article paru en 2023 dans les Mémoires de la Société historique de l'Oise (t. XLV, p.146-167), on consultera les autres éléments confortant mon authentification.
Héritier du pavillon de chasse de la forêt de Dreux, le duc d'Aumale fit installer, en 1886, les boiseries du salon central dans le grand salon de la Maison de Sylvie par son architecte Honoré Daumet (1826-1911).
Il s’agit là assurément d’une de mes plus heureuses authentifications.
On consultera dans l’album photos le détail de ces superbes boiseries ainsi que leurs parties cintrées (portes et croisées).
L'incroyable histoire du canal de l'Essonne (1490-1634-1831)
Par
Philippe CACHAU
Le 29/08/2025
Découvrez l'incroyable histoire du canal de l'Essonne qui, du XVe au XIXe siècle, visa, à la suite du canal de Briare (1605-1642), cher à Henri IV et à Sully, à lier la Loire à la Seine et à favoriser le commerce des régions limitrophes (Gâtinais, Hurepoix, Beauce, Orléanais).
L’association Mémoire et Patrimoine Vivant de Corbeil-Essonnes s’est livrée en 2023, en la personne d’Yves Morelle, à la réalisation d’un beau documentaire intitulé : "Un canal s’est perdu. L’impossible histoire du canal de l’Essonne (1634-1831)".
En vous positionnant sur 27’47’’, vous trouverez mon intervention sur le projet de Jacques Hardouin-Mansart de Sagonne en 1759-67. Projet que j’eus l’occasion d’étudier à la fin des années 1990 dans le cadre de ma thèse sur l’architecte-ingénieur du roi, soutenue en 2004.
Ce canal fit l’objet d’une ample publication circonstanciée en 2018 sous le titre : "Les canaux de la Juine, de l’Essonne et de la Rimarde au XVIIIe siècle. Projets de Jacques Hardouin-Mansart de Sagonne et consorts (1759-1767)", Essonne et Hurepoix, Bulletin de la société historique et archéologique de l’Essonne et du Hurepoix, n° 87, année 2017, 2018, p. 7-70.
Vous trouverez aussi dans ce documentaire l’évocation du château de Montauger, propriété du Département de l’Essonne et, au XVIIIe siècle, de Gilbert-Jérôme Clautrier, premier commis du Contrôle général des Finances, intime de Mansart de Sagonne. Clautrier soutint financièrement ce projet de canal alors que l'architecte réalisait pour lui la reconstruction et l'augmentation du château (1759-1762).
Un aspect méconnu de l’histoire de l’Essonne. Histoire à laquelle j’ai passablement contribué ces vingt dernières années par diverses recherches que vous retrouverez aux Archives départementales de Chamarande.
Article à découvrir : le projet de Mansart de Sagonne pour Mme de Pompadour au château de Maisons (1747)
Par
Philippe CACHAU
Le 24/10/2024
Il est des sujets d’histoire ou d’histoire de l’art qui peuvent paraitre anecdotiques mais qui se révèlent, à l’analyse, loin de là.
Prenez le projet d’acquisition du château de Maisons-Laffitte par Louis XV pour Madame de Pompadour en 1747 : vous découvrirez combien ce projet était ancien chez les Bourbons et qu’il en fut à nouveau question pour Madame du Barry.
La tradition Mansart voulut que le Bien-Aimé fît appel à Mansart de Sagonne. Si les projets ne sont pas conservés, ils nous sont néanmoins connus par la description faite par Jacques-François Blondel dans le tome III de son "Cours d’Architecture" en 1772.
J’eus l’occasion d’évoquer les rapports particuliers entre Blondel et le dernier Mansart dans les actes du colloque Blondel, tenu à la Cité de l’Architecture et du Patrimoine, en 2017. Actes parus aux éditions Mardaga, à Bruxelles, en 2022.
La perfidie du théoricien à l’égard d’un architecte qu’il jalousait se confirme à nouveau : demander ses plans pour mieux les critiquer et valoriser François Mansart, "le Grand Mansart", au détriment du dernier membre de la dynastie !
On y verra peut-être aussi une critique sous-jacente du choix du roi comme on le fit en 1754 à l’occasion de celui de Mansart de Jouy pour le portail de Saint-Eustache à Paris. L’envie face au talent est éternelle comme on sait.
Enfin, il est intéressant d’observer comment le château de Maisons, par ce projet de modifications, devait marquer Mansart de Sagonne à Asnières. Il est question une fois encore, en conclusion, du marquis de Voyer, personnage décidément incontournable dans le champ de l’architecture et des chevaux au siècle des Lumières.
Article en ligne téléchargeable ici (cliquez sur pdf).
Bonne lecture !
Mansart de Sagonne et Marseille : 30 ans de deux découvertes fondamentales, 1994-2024
Par
Philippe CACHAU
Le 11/01/2024
L’année 2024 marque les 30 ans de mes deux découvertes fondamentales concernant l’architecture de Marseille au XVIIIe siècle :
1°) les 23 planches avec variantes de Jacques Hardouin-Mansart de Sagonne, architecte du roi, pour le projet de l’hôtel de ville et sa place royale dédiée à Louis XV, conservées aux Archives Nationales.
2°) les plans et les élévations de l’Hôtel-Dieu par le même, conservés aux Archives départementales des Bouches-du-Rhône.
Jusqu’à mes travaux de DEA en 1994 à Paris-IV Sorbonne, sous la direction de l’éminent Jean Guillaume, personne n’avait pris la pleine mesure de ces projets dans l’histoire de la cité phocéenne et de l’évolution de son architecture au XVIIIe siècle.
On savait vaguement qu’un « neveu » (sic) de Mansart - François ou Hardouin-Mansart ? - avait conçu le projet de l’Hôtel-Dieu, exécuté par le marseillais Claude-Henri-Jacques D’Aggeville (1721-1794).
Quant au projet d’hôtel de ville, il demeura oublié en vertu de l’escamotage dont Mansart de Sagonne fit l’objet par son rival Pierre Patte1 dans la rédaction de son célèbre recueil sur les projets de places royales sous le Bien-Aimé, Monuments érigés en France à la gloire de Louis XV (1767).
On retrouvera l’intégralité des planches de l’hôtel de ville et de sa place royale - les seules et uniques conservées de la main même de l’architecte - dans mes deux publications pour le Bulletin Monumental en 1996 (p.39-53) - avec l’aimable et précieux concours de Bertrand Jestaz - et dans l’ouvrage sur les hôtels de villes de la Renaissance à nos jours, sous la direction d’Alain Salamagne, en 2015 (p.319-344).
Ces planches furent présentées aux Marseillais, le 30 octobre 2012, dans le cadre d'une conférence pour le Comité du Vieux Marseille.
Quant à l’Hôtel-Dieu de Marseille, devenu hôtel de prestige en 2013, il avait pour ambition de rivaliser avec celui contemporain de Jacques-Germain Soufflot à Lyon (années 1750), voire de le surpasser par l’ampleur et la régularité du parti.
Il s’agissait ni plus ni moins que de former le plus vaste ensemble hospitalier de France pour le plus grand prestige du nom Mansart !
Seul un tiers du projet fut réalisé, soit l’impressionnant bâtiment que l’on voit actuellement au-dessus du Vieux-Port, revu et corrigé sous le Second Empire, inauguré par Napoléon III et l’impératrice Eugénie en 1866.
Ceci donne la pleine mesure de l'ampleur de l'Hôtel-Dieu de Marseille s'il avait été réalisé dans son intégralité.
Jacques Hardouin-Mansart de Sagonne, l'autre grand Mansart !
1.Sur cette rivalité, voir mon article "Blondel et les Mansart : une leçon d’architecture particulière", Jacques-François Blondel, la dernière leçon d’architecture « à la française », actes du colloque international Jacques-François Blondel, Cité de l’Architecture et du Patrimoine, Aurélien Davrius (dir.), Bruxelles, 2022, p. 33-53.
Mansart de Sagonne à Versailles, Versailles + mai-juin 2023
Par
Philippe CACHAU
Le 11/07/2023
Découvrez dans Versailles + de mai-juin 2023, le dernier volet des Mansart à Versailles à travers l'oeuvre de Jacques Hardouin-Mansart de Sagonne, dernier des Mansart (1711-1778).
Désormais, il n'y a pas que Jules Hardouin-Mansart à Versailles aux XVIIe- XVIIIe siècles !
À lire ici :
Mansart de Sagonne à Versailles, Versailles +, mai-juin-2023, p.26-27 pdf
Deux portraits de Jacques Hardouin-Mansart de Sagonne, dernier des Mansart, à identifier
Par
Philippe CACHAU
Le 27/03/2020
Jacques Hardouin-Mansart de Sagonne (1711-1778) fut le dernier des trois grands Mansart.
Sa notoriété d'architecte du roi Louis XV et sa fortune lui valurent de se faire portraiturer par deux grands pastellistes français du XVIIIe siècle : Maurice-Quentin de La Tour (1704-1788) et Louis Vigée (1715-1767), père de la célèbre Élisabeth Vigée-Lebrun (1755-1842).
Le premier portrait par La Tour est signalé dans le livret du Salon du Louvre en 1738 (p. 17, n° 70). Il n'est pas indiqué, curieusement, dans les deux catalogues de l’œuvre de l’artiste par Xavier Salmon en 2001 et 20041.
Il apparait, en revanche, dans le Dictionnary of pastellists before 1800 par Neil Jeffares en 20062.
Il n’y a pas d’autre "Mansard, architecte du roy" que lui à cette époque.
Ce portrait correspond, en réalité, à son entrée au service du comte de Clermont, prince du sang, abbé commendataire de Saint-Germain-des-Prés en 1737.
Celui de Vigée fut présenté au salon de l’Académie de Saint-Luc − académie protégée par le marquis Marc-René de Voyer d'Argenson, son ami et mécène − en 1751 (n° 118 du livret)2. Il correspond à la pleine activité de l'architecte du roi pour celui-ci à ses château et haras d'Asnières-sur-Seine.
Peut-être perdus (?), ces deux portraits méritent toutefois d'éveiller la curiosité des amateurs de peinture XVIIIe.
Cet appel s'adresse particulièrement aux conservateurs de musée, aux historiens de l'art, aux collectionneurs, marchands d'art et autres détenteurs de pastels des deux artistes dont ils ignorent l'identité jusqu'à présent.
La physionomie de l'architecte peut être rapprochée de celle de son père, Jacques Hardouin-Mansart, comte de Sagonne (1677-1762), portraituré vers 1701, à l'occasion de son mariage avec Madeleine Bernard, fille de Samuel Bernard, banquier de la cour, par Hyacinthe Rigaud.
Elle peut être aussi rapprochée de celle de son aïeul, Jules Hardouin-Mansart (1646-1708), à ses débuts.
En vous remerciant de votre précieuse collaboration.
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1.https://neiljeffares.wordpress.com/2018/07/12/the-louvre-pastels-catalogue-errata-and-observations
2.references-neil-jeffares.pdf
3.Archives de l'Art Français, t. IX, 1915, p. 477.
Découvrez le domaine départemental de Montauger, site historique et environnemental remarquable
Par
Philippe CACHAU
Le 10/07/2018
Venez découvrir sur les bords de l'Essonne, un des hauts lieux de la biodiversité en Ile-de-France : le domaine départemental de Montauger.
Installé dans les vestiges d'un château du XVIIIe siècle, oeuvre de Jacques Hardouin-Mansart de Sagonne, il a été inauguré le 30 juin dernier.
Partez à la rencontre d'une faune et d'une flore exceptionnelles et naviguez, durant les chaleurs d'été, sous les délicieux ombrages d'une rivière pleine de charme.
Clichés et explications dans l'Album photos.
Découvrez le monastère royal de Prouille (Aude), oeuvre disparue de Mansart de Sagonne !
Par
Philippe CACHAU
Le 24/07/2015
Enfin l'ouvrage sur la vraie histoire du monastère royal Notre-Dame de Prouille (Aude), première grande fondation dominicaine en France.
Le monastère fut entièrement rebâti au XVIIIe siècle suivant le projet de Jacques Hardouin-Mansart de Sagonne, architecte du roi désigné par Louis XV en 1746 alors qu'il érigeait l'église royale Saint-Louis de Versailles.
Un ouvrage et un édifice à découvrir dans les liens suivants :
Article sur la reconstruction au XVIIIe siècle
Bonne lecture !


























































