cathédrale Saint-Louis
Versailles : une architecture religieuse royale !
Par
Philippe CACHAU
Le 15/05/2026
La Ville de Versailles dispose dans ses quartiers historiques (Notre-Dame, Saint-Louis, Montreuil) d’une architecture religieuse XVIIe-XVIIIe de première importance mais souvent négligée par les historiens de l’art, voire la municipalité elle-même, faute de pouvoir en apprécier toute la valeur artistique.
Prise entre les grandes réalisations parisiennes du temps (Saint-Roch, Saint-Sulpice, Sainte-Geneviève (Panthéon), Madeleine, Saint-Eustache, etc) et celles du château et des Trianons, la cité royale peine beaucoup à exister en effet aux yeux des historiens. Et pourtant !
Les architectes de cette période ont pour noms : Hardouin-Mansart, Mansart de Sagonne, Trouard, De Wailly, Mique, Darnaudin, soit parmi les meilleurs de leur temps, distingués par leur sens de la créativité et de l’audace architecturale.
Si l’église Notre-Dame de Versailles (1684-86) de Jules Hardouin-Mansart, paroisse de la famille royale, peut paraître bien pâle au regard de la chapelle royale (1687-1710), c’est que la présentation que l’on en fait aujourd’hui, dépourvue de ses lys et plombs dorés extérieurs l’ont considérablement affadie. Sa vaste coupole sous les dôme et flèche à plombs autrefois dorés constitue la première du genre à Versailles1.
Il en va de même de la cathédrale Saint-Louis, église royale s’il en fût, avec ses bulbes et sa flèche dorée, agrémentée avant 1793 du blason royal et des lys de France au centre du portail tandis que les portes latérales comportaient les L entrelacés de Louis XV. Je me suis attaché dans ma thèse en 2004, puis dans l’ouvrage qui suivit en 2009, à redonner à cet édifice toute l’importance qu’il mérite dans la création religieuse du règne2.
Au-delà de Mansart de Sagonne et du grand Nicolas Pineau, il convient d’évoquer aussi l’importante grande commande picturale faite en 1761 par l’administration des Économats aux meilleurs peintres français du temps (Boucher, Pierre, Vien, Deshays, Jeaurat, Vanloo, Lagrenée, Hallé, Monnet, Millet), si bien évoquée par Xavier Salmon dans ledit ouvrage3. Combien d’historiens de l’art font référence à cette commande majeure dont les œuvres furent exposées au Salon et reçurent les commentaires plus ou moins amènes de la critique (Diderot, Grimm, Fréron, l’abbé Le Blanc, etc) ?
Saint-Louis de Versailles, c’est aussi le début du néo-classicisme avec la Chapelle des Catéchismes de Louis-François Trouard en 1764, première réalisation du genre à Versailles, quand le Petit Trianon de Gabriel, commencé en 1762, ne sera pas achevé avant 1770 ! Cerise sur le gâteau : les superbes reliefs et médaillons d’Augustin Pajou bien avant ceux de l’Opéra royal4.
C’est au même Trouard que l’on doit, en 1764-70, l’église Saint-Symphorien de Montreuil, première église néo-classique de France avec ses colonnes doriques et son plan basilical à l’antique, repris par Chalgrin à Paris pour Saint-Philippe-du-Roule à compter de 1767-685. Outre les cannelures des colonnes sur le mode antique, on appréciera les beaux ornements de la porte centrale, déjà Louis XVI, autrefois dorés, et le blason royal au-dessus dont les lys devraient être rétablis comme à Saint-Louis pour une meilleure appréhension de l’origine de l’édifice.
Le Reposoir de Charles De Wailly en 1769, rue Dauphine (Hoche), est sans aucun doute l’une des plus grosses pertes architecturales de la cité royale, voire de l’architecture religieuse du XVIIIe siècle, constituant, comme le rappelle Daniel Rabreau « le seul exemple d’édifice religieux complet » de l’architecte6.
Démoli en 1880 pour laisser place au temple néo-gothique actuel, cet édifice témoigne de l’importance que le directeur des Bâtiments du roi Marigny attachait à cet architecte - qu’il fit contrôleur adjoint des Bâtiments de Versailles en 1767 - au point de lui confier ce chantier au détriment du premier architecte du roi Ange-Jacques Gabriel après celui de la décoration de l’Opéra royal en 1768.
Cette rotonde néo-classique inscrite dans un carré constituait une version réduite, revue et corrigée, du Panthéon de Rome si apprécié de cette nouvelle génération d’architectes, dites des "piranésiens français", préfigurant le projet de la chapelle de Darnaudin à l’hôpital royal. Son état nous est connu par la description du Cicérone de Versailles.
L’architecture néo-classique versaillaise put s’enorgueillir presqu’au même moment de la maison d’éducation voulue par Marie Lezczynska en 1766, dit "Couvent de la Reine", réalisé par Richard Mique, architecte lorrain qui travaillait pour son père Stanislas en tant que premier architecte7.
Bâti de 1767 à 1772, le couvent royal est sa première réalisation à Versailles. Son importance dans l’architecture du temps est attestée par les beaux plans, profils et élévations du recueil conservé à la Bibliothèque municipale de Versailles. Il entendait être l’"un des plus beaux et plus commodes du royaume" aux dires de Madame Adélaïde, laquelle poursuivra, avec ses sœurs Victoire et Sophie, l’œuvre de leur mère à son décès en 1768. Le couvent est ainsi autant celle de Mesdames que de la feue reine qui dépensèrent plus de 800 000 livres, soit plus de 9 133 000 euros, somme importante à cette époque.
La savante composition de la chapelle de plan centré, d’inspiration palladienne8, élevée en 1771-72, témoigne du talent et de l’originalité de Mique qui abandonna le plan basilical initial trop commun. Il en fit ainsi l’une des plus belles du genre en France avec ses superbes reliefs et ornements de Joseph Deschamps, ses deux rotondes arrière pour le chœur des religieuses et des pensionnaires, la croisée étant rehaussée des peintures de Gabriel Briard et Jean-Jacques Lagrenée. Mique et Deschamps devaient se retrouver au service de Marie-Antoinette à Trianon dans la décennie suivante (Belvédère, Temple de l’Amour, Théâtre de la Reine).
Enfin, last but not least, la chapelle de Charles-François Darnaudin pour l’Hôpital royal conçu en 1781, réalisée en 1786-90, présente un plan centré des plus originaux avec sa rotonde à colonnes et sa balustrade au-dessus, inspirée du Tempietto de Bramante à Rome, placée au centre d’un espace cubique coiffé d’une coupole à caissons sur le mode dudit Panthéon et ce sans le moindre ornement, à l’instar de Trouard à Saint-Symphorien. Un fait notable en cette fin du XVIIIe siècle, souvent prolixe en la matière comme l’attestent les bâtiments évoqués de Mique et de Deschamps à Trianon. Rappelons que le projet de Darnaudin pour l’hôpital de Versailles figurait au rang des plus beaux du genre en France à la fin de l’Ancien Régime9.
Ainsi, la cité royale présente-t-elle une architecture religieuse XVIIIe de premier ordre à bien des égards, totalement aboutie, quand les chantiers parisiens peinaient souvent à parvenir à leur terme. On ne compte plus en effet les églises de la capitale restées inachevées, parachevées ou modifiées au XIXe siècle. Point de cela à Versailles. Des édifices restés dans leur jus XVIIIe !
On regrettera, bien sûr, les ravages de la Ière République (1792-1804) durant la Terreur (1792-1794) qui ont totalement dépouillées ces merveilles de leurs superbes ornements et mobilier.
On rappellera simplement que Saint-Louis était assurément, si l’on en juge par les inventaires et descriptions du temps, l’une des églises les plus somptueuses du pays à la fin du XVIIIe par la protection apportée par le Dauphin, fils de Louis XV, et sa famille, ornée d’autels de marbres précieux conçus par Trouard dans le nouveau genre, ses peintures, tapis, lustres, rideaux de soie et ornements liturgiques. Seules les peintures de la grande commande réchappèrent de ce monstrueux saccage. Notre-Dame, Saint-Symphorien et d’autres sanctuaires connurent le même sort comme partout en France.
Quand vous passerez par Versailles, ne manquez pas, autant que possible, de jeter un œil sur ces merveilles !
Voir également l'album photos.
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1.Sur cette église royale, voir François Bergot, Notre-Dame. Église paroissiale et royale de Versailles, Versailles, Art Lys, 2005.
2.Voir mon ouvrage La Cathédrale Saint-Louis de Versailles. Un grand chantier royal du règne de Louis XV, Paris, Somogy, 2009.
3.Ibid, p. 204-231.
4.Ibid, p.61-67.
5.Voir Jean-Marie Pérouse de Montclos, Histoire de l’architecture française de la Renaissance à la Révolution, Paris, Mengès, 1989, p. 427 et 432.
6.Sur cet édifice, voir Daniel Rabreau – Monique Mosser, Charles De Wailly, peintre architecte dans l’Europe des Lumières, cat. expo., CNMHS, Paris, 1979, p. 47 ; Cicérone de Versailles, 1822, p. 217.
7.Sur cet ensemble conventuel, actuel Lycée Hoche, voir Sœur Marie-Claire Tibon, Le couvent de la reine, de Compiègne à Versailles, Paris, Cerf, 2012.
8.Fusion de la Villa Rotonda et de la croisée de San Giorgio Maggiore.
9.Sur cet édifice, voir Régine Cabannes, L’hôpital Richaud et ses secrets, autoédition, Versailles, 2009.
Inauguration du grand orgue de la cathédrale Saint-Louis, Versailles, janvier 2025
Par
Philippe CACHAU
Le 20/01/2025
Les 17-18 et 26 janvier 2025 verront l’inauguration du grand orgue de la cathédrale Saint-Louis de Versailles, après six ans de restauration.
Réalisé en 1760-1761 par Louis-Alexandre Cliquot (1680-1760) et son fils François-Henri (1732-1790), qui le paracheva à la mort de son père, cet orgue de 53 tonnes, classé M.H. en 1906, figure au rang des plus grands instruments liturgiques du XVIIIe siècle au même titre que l’orgue de la chapelle royale du château, œuvre de Robert et Jean Cliquot (1710-1771), respectivement père et aïeul des précédents.
Inauguré aux vêpres du 31 octobre 1761, veille de Toussaint, il fut joué, nous dit L’Avant-Coureur, durant trois-quart d’heure devant Louis XV par son organiste Nicolas-Hubert Paulin (1713-1785).
L’orgue fut restauré à plusieurs reprises au XIXe siècle. Les interventions les plus notables sont celles de : Pierre-François Dallery (1807-1808), son fils Louis-Paul (1828-1829), John Abbey (1838-1839) et, surtout, Aristide Cavaillé-Coll (1859-1863).
Restauré à nouveau en 1901-1902, l’orgue dut attendre 1987-1989 pour que l’on procédât à une nouvelle intervention d’envergure en vue du bicentenaire de la Révolution française. Je me souviens encore de l’inauguration, le 15 octobre 1989, avec le récital de Marie-Claire Alain. L’orgue avait été béni alors par Mgr Jean-Charles Thomas, évêque de Versailles.
La colle employée durant cette restauration entraina malheureusement une dégradation lente des 3248 tuyaux, constatée en 2000. Ce n’est qu’en 2018 que la restauration complète put être enfin engagée. Le remontage des tuyaux, effectué en 2024, avait été entravé en 2020-2022 par le Covid et la restauration de la façade de la cathédrale.
On retrouvera l’historique complet de l’instrument dans mon ouvrage La cathédrale Saint-Louis de Versailles. Un grand chantier du règne de Louis XV, Paris, Somogy, 2009 (p.52-53, 87-88, 126-130), ainsi que la composition complète de l’instrument (p.246-247), avec l’aimable et précieuse collaboration de Jean-Pierre Millioud, titulaire de l’orgue depuis quatre décennies.
Le 18 janvier, à 16h, verra une nouvelle bénédiction de l’instrument par Mgr Luc Crépy, évêque de Versailles.
Premier concert inaugural, le 19 janvier, 15h et le second, le 26 janvier, 15h.
Toutes les informations ici :
https://actu.fr/ile-de-france/versailles_78646/video-un-monstre-de-la-musique-est-de-retour-en-la-cathedrale-saint-louis-de-versailles_62115326.html
La renaissance de la cathédrale de Versailles, Versailles +, n° 151, novembre 2022
Par
Philippe CACHAU
Le 07/11/2022
À l’occasion de sa restauration et de l’exposition Louis XV actuellement au château, découvrez dans la revue Versailles + de novembre, mon article sur la cathédrale de Versailles, premier grand chantier religieux du Bien-Aimé.
Longtemps restée dans l’ombre de la chapelle royale et des grandes églises parisiennes du moment, Saint-Louis de Versailles constitue assurément un chef-d’œuvre de l’art religieux du XVIIIe siècle : parmi les plus éminents architectes, peintres, sculpteurs et ornemanistes d’alors collaborèrent à cet édifice et à sa Chapelle des Catéchismes (de la Providence aujourd'hui).
Un édifice conforme aux fastes d’Ancien Régime et à la notoriété de Versailles, capitale du royaume, que l’on peine à concevoir aujourd’hui.
Tous les souverains, de Louis XV à Napoléon III, en passant par Louis XVI, Louis XVIII ou Louis-Philippe, y laissèrent leur empreinte. Le pape Pie VII l’honora de sa visite en 1805.
L’occasion de rappeler aussi combien Versailles dispose d’une architecture religieuse importante : Notre-Dame, Saint-Symphorien, chapelles du Couvent de la Reine (Lycée Hoche) et de l’Hôpital royal (Richaud), toutes conçues et réalisées par d’éminents membres des Académies royales d’architecture, de peinture et sculpture.
Que cette publication soit donc l’occasion de rappeler l’intérêt majeur de l’architecture religieuse de la ville, souvent négligée médiatiquement au profit des réalisations du domaine royal.
Une occasion de beaux documentaires ou d’émissions à envisager pour une meilleure appréhension de leur histoire, leur architecture et des chefs-d’œuvre que ces édifices contiennent.
Sauf exception, les clichés sont de votre serviteur.
Bonne lecture.
Article Saint-Louis, novembre-2022, pdf
Restauration de la cathédrale Saint-Louis de Versailles 2021-2022
Par
Philippe CACHAU
Le 04/04/2021
La cathédrale Saint-Louis de Versailles est l’un des édifices religieux majeurs du règne de Louis XV au même titre que les grandes églises parisiennes de la période1.
Depuis le mois de mars 2021, la cathédrale fait l’objet d’une grande campagne de restauration extérieure.
Cela faisait une vingtaine d’années que l’on n’était plus intervenu aussi massivement sur l’édifice : les dernières restaurations en la matière datent en effet du début des années 2000. Elles faisaient suite aux dégâts causées alors par la tempête de décembre 1999.
La présente campagne a pour objet :
1°) le ravalement de la façade principale et des deux tours latérales.
2°) la restauration des trois portes de la façade.
3°) la réfection du vitrail central en façade avec remplacement des fers dégradés de l'armature, des verres abimés et consolidation des plombs.
4°) la révision générale de la couverture des tours latérales (ardoises, plomb et étanchéité au droit des corniches).
5°) la mise en place d’un dispositif destiné à protéger durablement la pierre des déjections des pigeons2.
On regrettera dans ce beau programme, l’absence de mise en dorure des plombs extérieurs (bulbes des tours latérales, flèche du dôme3 et couverture de la chapelle axiale de la Vierge), qui pourraient faire l’objet d’une prochaine campagne d’intervention. Ainsi réhabilités, ils feraient un bel écho aux plombs dorés de la chapelle royale récemment dégagés.
On ne peut qu’encourager une telle initiative afin de redonner à la cathédrale de Versailles et, plus largement aux églises de la cité royale, leur splendeur primitive. Ceci contribuerait à leur réhabilitation dans l’esprit des visiteurs de la ville comme chez les historiens et historiens d’art.
Rappelons que Versailles était alors la capitale administrative de la France, pays le plus peuplé et le plus puissant d’Europe.
L’église Notre-Dame, église primitive de la cité nouvelle de Louis XIV, disposait aussi de plombs dorés comme rappelé dans mon ouvrage en 2009, d’après un dessin retrouvé aux Archives nationales4.
Les lys de France du blason royal ailé dans le fronton central devraient être aussi rétablis durant cette campagne à l’instar d’autres édifices de la ville (église Notre-Dame, Bibliothèque municipale, ex-ministère des Affaires étrangères), tels que visibles dans les blasons royaux de la place Vendôme à Paris.
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1.Voir mon ouvrage publié en 2009 aux éditions Somogy. Ce bel édifice ne suscite pas, curieusement, autant d’intérêt médiatique que le Potager du roi voisin. Il contient pourtant parmi les chefs-d’œuvre de la peinture des XVIIIe-XIXe siècles et abrite l’une des plus belles charpentes de France.
2.Précisions aimablement communiquées par la Conservation régionale des Monuments historiques d'Ile-de-France.
3.La dorure de la flèche fut timidement engagée au début des années 2000. Rappelons que, sous l’Ancien Régime, il n’était pas concevable de laisser ainsi le plomb apparent d’un édifice royal, surtout lorsque aussi visible depuis la terrasse de l’Orangerie du château. La remise en dorure des bulbes redonnerait à l'édifice tout le prestige qui lui fait actuellement défaut.
4.Réflexions engagées suite à mes échanges avec Gérald Van Der Kemp en 1991.











































