cathédrale Saint-Louis

Versailles : une architecture religieuse royale !

Par Le 15/05/2026

La Ville de Versailles dispose dans ses quartiers historiques (Notre-Dame, Saint-Louis, Montreuil) d’une architecture religieuse XVIIe-XVIIIe de première importance mais souvent négligée par les historiens de l’art, voire la municipalité elle-même, faute de pouvoir en apprécier toute la valeur artistique.

Prise entre les grandes réalisations parisiennes du temps (Saint-Roch, Saint-Sulpice, Sainte-Geneviève (Panthéon), Madeleine, Saint-Eustache, etc) et celles du château et des Trianons, la cité royale peine beaucoup à exister en effet aux yeux des historiens. Et pourtant !

Les architectes de cette période ont pour noms : Hardouin-Mansart, Mansart de Sagonne, Trouard, De Wailly, Mique, Darnaudin, soit parmi les meilleurs de leur temps, distingués par leur sens de la créativité et de l’audace architecturale.

Si l’église Notre-Dame de Versailles (1684-86) de Jules Hardouin-Mansart, paroisse de la famille royale, peut paraître bien pâle aujourd'hui au regard de la chapelle royale (1687-1710) nouvellement restaurée, c’est que la présentation que l’on en fait depuis le XIXe siècle, dépourvue de ses lys et plombs dorés extérieurs, l’a considérablement affadie. Sa vaste coupole sous le dôme et la flèche à plombs autrefois dorés constitue la première du genre à Versailles1.

 

 Joseph Vivien, Jules Hardouin-Mansart, vers 1695, Saint-Petersbourg, musée de l'Ermitage   Vue perspective sur Notre-Dame de Versailles, cl. Ph. Cachau   Jules Hardouin-Mansart (agence), lys et plombs dorés des tours, vers 1684, Archives Nationales

 

Il en va de même de la cathédrale Saint-Louis, église royale s’il en fût, avec sa flèche et ses bulbes dorés, agrémentée, avant 1792-93, du blason royal et des lys de France au centre du portail tandis que les portes latérales comportaient les L entrelacés de Louis XV.

 

                            Louis-Michel Vanloo, Louis XV, vers 1761, Versailles                          Monogramme de Louis XIV et Louis XV, Versailles,  cl. Ph. Cachau

 

Je me suis attaché dans ma thèse soutenue en 2004, puis dans l’ouvrage qui suivit, publié en 2009, à redonner à cet édifice toute l’importance qu’il mérite dans la création religieuse du règne2.

 

                       Versailles, La cathédrale Saint-Louis depuis le Potager du Roi, cl. Ph. Cachau                        Mansart de Sagonne - Nicolas Pineau, blason royal ailé et ornements de la partie centrale de la facade, 1743-54, cl. Ph. Cachau  

 

Au-delà de Mansart de Sagonne et de l'éminent Nicolas Pineau, il convient d’évoquer aussi la grande commande picturale faite en 1761 par l’administration des Économats aux meilleurs peintres français du temps (Boucher, Pierre, Vien, Deshays, Jeaurat, Vanloo, Lagrenée, Hallé, Monnet, Millet), si bien évoquée par Xavier Salmon dans ledit ouvrage3. Combien d’historiens de l’art font référence à cette commande majeure dont les œuvres furent exposées au Salon du Louvre et reçurent les commentaires plus ou moins amènes de la critique (Diderot, Grimm, Fréron, l’abbé Le Blanc, etc) ?

 

    Amédée Vanloo, le baptême du Christ, 1761, chapelle des fonts baptismaux           Jean-Baptiste-Marie Pierre, Descente de Croix, 1761, bras gauche du transept            Francois Boucher, saint Jean-Baptiste prêchant dans le désert, 1760-61, chapelle Saint Jean-Baptiste

 

Saint-Louis de Versailles, c’est aussi le début du néo-classicisme avec la Chapelle des Catéchismes de Louis-François Trouard en 1764, première réalisation du genre à Versailles, quand le Petit Trianon de Gabriel, commencé en 1762, ne sera pas achevé avant 1770 !

Une chapelle dévolue à l'enseignement religieux des garçons et des filles placés dans deux nefs latérales scandées de niches et de colonnes, séparées par un chœur central surmonté d'un dôme à caissons, le tout sur le mode antique.

Cerise sur le gâteau : les superbes reliefs et médaillons d’Augustin Pajou bien avant ceux de l’Opéra royal!

 

    Augustin Pajou, médaillon intérieur de saint Jean l'evangéliste, 1764-65       Pierre-Antoine de Machy, interieur de la chapelle des Catéchismes, vers 1772 , Versailles, musée Lambinet        Augustin Pajou, relief extérieur de la Prudence, 1764-65, cl. Ph. Cachau

 

C’est au même Trouard que l’on doit en 1764-70, l’église Saint-Symphorien de Montreuil, première église néo-classique de France avec ses colonnes doriques et son plan basilical à l’antique, repris par Chalgrin à Paris pour Saint-Philippe-du-Roule à compter de 1767-685.

Outre les cannelures des colonnes sur le mode antique, on appréciera les beaux ornements de la porte centrale, déjà Louis XVI, autrefois dorés, et le blason royal au-dessus dont les lys devraient être rétablis comme à Saint-Louis pour une meilleure appréhension de l’origine de l’édifice.

 

                    Louis-Francois Trouard, voûte à caissons de la nef, 1764-70, cl. Ph. Cachau                         Pierre-Antoine de Machy, la nef de Saint-Symphorien de Montreuil en 1772, Paris, musée Carnavalet    

 

Le Reposoir de Charles De Wailly en 1769, rue Dauphine (Hoche), est sans aucun doute l’une des plus grosses pertes architecturales de la cité royale, voire de l’architecture religieuse du XVIIIe siècle, constituant, comme le rappelle Daniel Rabreau, « le seul exemple d’édifice religieux complet » de l’architecte6.

Démoli en 1880 pour laisser place au temple néo-gothique actuel, cet édifice témoigne de l’importance que le directeur des Bâtiments du roi, le marquis de Marigny, attachait à cet architecte - qu’il fit contrôleur adjoint des Bâtiments de Versailles en 1767 - au point de lui confier ce chantier royal au détriment d'Ange-Jacques Gabriel, premier architecte du roi, après celui de la décoration de l’Opéra royal en 1768.

 

          Charles De Wailly, 1798                      Charles De Wailly, le Reposoir royal, Versailles, 1769, BNF

 

Cette rotonde néo-classique inscrite dans un carré constituait une version réduite, revue et corrigée, du Panthéon de Rome si apprécié de cette nouvelle génération d’architectes dites des "piranésiens français", préfigurant le projet de chapelle de Darnaudin à l’hôpital royal. Son état nous est connu par la description du Cicérone de Versailles.

 

                                                                                 Description du Reposoir,  Cicérone de Versailles, 1822

 

L’architecture néo-classique versaillaise put s’enorgueillir au même moment de la maison d’éducation voulue par Marie Lezczynska en 1766, dite "Couvent de la Reine", réalisée par Richard Mique, architecte lorrain qui travaillait pour son père Stanislas en tant que premier architecte7.

 

Jean-Marc Nattier, la reine Marie Leszczynska, 1748, Versailles  Richard Mique, vue perspective du couvent de la reine depuis la cour, 1er projet, 1766, Versailles, Bibliothèque municipale  Johann Julius Heinsius, Richard Mique, vers 1770, Nancy, Musee lorrain                                

 

Bâti de 1767 à 1772, le couvent royal est sa première réalisation à Versailles. Son importance dans l’architecture du temps est attestée par les beaux plans, profils et élévations du recueil conservé à la Bibliothèque municipale.

Il entendait être l’"un des plus beaux et plus commodes du royaume" aux dires de Madame Adélaïde, laquelle poursuivra, avec ses sœurs Victoire et Sophie, l’œuvre de leur mère à son décès en 1768.

Le couvent est ainsi autant celui de Mesdames que de la feue reine qui dépensèrent plus de 800 000 livres, soit plus de 9 133 000 euros, somme fort importante à cette époque.

 

       Richard Mique, plan général du couvent de la reine, premier projet, 1766, Versailles, Bibliothèque municipale                   Richard Mique, vue longitudinale du couvent de la reine, second projet, vers 1771, Versailles, Bibliothèque municpale

 

La savante composition de la chapelle de plan centré, d’inspiration palladienne8, élevée en 1771-72, témoigne du talent et de l’originalité de Mique qui abandonna le plan basilical initial trop courru.

Il en fit ainsi l’une des plus belles du genre en France avec ses superbes reliefs et ornements par Joseph Deschamps, ses deux rotondes arrière pour le chœur des religieuses et des pensionnaires, la croisée étant rehaussée des peintures de Gabriel Briard et Jean-Jacques Lagrenée.

Mique et Deschamps devaient se retrouver au service de Marie-Antoinette à Trianon dans la décennie suivante (Belvédère, Temple de l’Amour, Théâtre de la Reine).

 

     Richard Mique, plan définitif de la chapelle, 1771, Versailles, Bibliothèque municipale                    Richard Mique, plan des couvertures de la chapelle, projet définitif, 1771, Versailles, Bibliothèque municipale

 

Enfin, last but not least, la chapelle de Charles-François Darnaudin pour l’Hôpital royal conçu en 1781, réalisée en 1786-90, présente un plan centré des plus originaux avec à l'intérieur, au centre, une rotonde à colonnes et balustrade, inspirée du Tempietto de Bramante (XVIe siècle) mais aussi du baldaquin de baptistère du Latran à Rome (Ve siècle) suivant une tradition chrétienne établie.

 

                                    Baptistère de Saint-Jean-de-Latran, Rome, Ve siècle                          Donato Bramante, tempietto de San-Pietro-in-Montorio, Rome, 1502-10

 

Un ensemble qui fut placé au centre d’un espace cubique, coiffé d’une coupole à caissons sur le mode du Panthéon susdit et ce sans le moindre ornement, à l’instar de Trouard à Saint-Symphorien. Un fait notable en cette fin du XVIIIe siècle, souvent prolixe en la matière comme l’attestent les bâtiments évoqués de Mique et de Deschamps à Trianon.

Rappelons que le projet de Darnaudin pour l’hôpital de Versailles figurait au rang des plus beaux du genre en France à la fin de l’Ancien Régime9.

 

     Charles-Francois Darnaudin, Hôpital royal de Versailles et sa chapelle, 1781-90, cl. Ph. Cachau             Charles-François Darnaudin, rotonde et coupole de la chapelle de l'hôpital royal de Versailles, 1786-90

 

Ainsi, la cité royale présente-t-elle une architecture religieuse de premier ordre à bien des égards, totalement aboutie, quand les chantiers parisiens peinaient souvent à parvenir à leur terme. On ne compte plus en effet les églises de la capitale restées inachevées, parachevées ou modifiées au XIXe siècle. Point de cela à Versailles. Des édifices restés dans leur jus XVIIIe !

On regrettera, bien sûr, les ravages de la Ière République (1792-1804) durant la Terreur (1792-1794) qui ont totalement dépouillées ces merveilles de leurs superbes ornements et mobilier.

On rappellera simplement que Saint-Louis était assurément à la fin du XVIIIe, si l’on en juge par les inventaires et descriptions du temps, l’une des églises les plus somptueuses du pays par la protection apportée par le Dauphin, fils de Louis XV, et sa famille, ornée d’autels de marbres précieux conçus par Trouard dans le nouveau genre, ses peintures, tapis, lustres, rideaux de soie et superbes ornements liturgiques. Seules les peintures de la grande commande réchappèrent de ce monstrueux saccage.

Notre-Dame, Saint-Symphorien et bien d’autres sanctuaires connurent le même sort comme partout en France.

Quand vous passerez par Versailles, ne manquez pas, autant que possible, de jeter un œil sur ces merveilles !

Voir également l'album photos.

                                                                                

                                                       Nef de Saint-Louis de Versailles, anonyme, 2e moitié XVIIIe, Versailles, Bibliothèque municipale

 

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1.Sur cette église royale, voir François Bergot, Notre-Dame. Église paroissiale et royale de Versailles, Versailles, Art Lys, 2005.

2.Voir mon ouvrage La Cathédrale Saint-Louis de Versailles. Un grand chantier royal du règne de Louis XV, Paris, Somogy, 2009.

3.Ibid, p. 204-231.

4.Ibid, p.61-67.

5.Voir Jean-Marie Pérouse de Montclos, Histoire de l’architecture française de la Renaissance à la Révolution, Paris, Mengès, 1989, p. 427 et 432.

6.Sur cet édifice, voir Daniel Rabreau – Monique Mosser, Charles De Wailly, peintre architecte dans l’Europe des Lumières, cat. expo., CNMHS, Paris, 1979, p. 47 ; Cicérone de Versailles, 1822, p. 217.

7.Sur cet ensemble conventuel, actuel Lycée Hoche, voir Sœur Marie-Claire Tibon, Le couvent de la reine, de Compiègne à Versailles, Paris, Cerf, 2012.

8.Fusion de la Villa Rotonda et de la croisée de San Giorgio Maggiore.

9.Sur cet édifice, voir Régine Cabannes, L’hôpital Richaud et ses secrets, autoédition, Versailles, 2009.

Inauguration du grand orgue de la cathédrale Saint-Louis, Versailles, janvier 2025

Par Le 20/01/2025

Les 17-18 et 26 janvier 2025 verront l’inauguration du grand orgue de la cathédrale Saint-Louis de Versailles, après six ans de restauration.

Réalisé en 1760-1761 par Louis-Alexandre Cliquot (1680-1760) et son fils François-Henri (1732-1790), qui le paracheva à la mort de son père, cet orgue de 53 tonnes, classé M.H. en 1906, figure au rang des plus grands instruments liturgiques du XVIIIe siècle au même titre que l’orgue de la chapelle royale du château, œuvre de Robert et Jean Cliquot (1710-1771), respectivement père et aïeul des précédents.

 

                                                            Grand orgue, vue générale depuis la croisée, cl. Ph Cachau

 

Inauguré aux vêpres du 31 octobre 1761, veille de Toussaint, il fut joué, nous dit L’Avant-Coureur, durant trois-quart d’heure devant Louis XV par son organiste Nicolas-Hubert Paulin (1713-1785).

L’orgue fut restauré à plusieurs reprises au XIXe siècle. Les interventions les plus notables sont celles de : Pierre-François Dallery (1807-1808), son fils Louis-Paul (1828-1829), John Abbey (1838-1839) et, surtout, Aristide Cavaillé-Coll (1859-1863). 

 

                     Partie gauche du grand orgue, détail, cl. Ph. Cachau       Le positif, détail, cl. Ph. Cachau        Partie droite du grand orgue, détail, cl. Ph. Cachau

                              

Restauré à nouveau en 1901-1902, l’orgue dut attendre 1987-1989 pour que l’on procédât à une nouvelle intervention d’envergure en vue du bicentenaire de la Révolution française. Je me souviens encore de l’inauguration, le 15 octobre 1989, avec le récital de Marie-Claire Alain. L’orgue fut béni alors par Mgr Jean-Charles Thomas, évêque de Versailles.

La colle employée durant cette restauration entraina malheureusement une dégradation lente des 3248 tuyaux, constatée en 2000. Ce n’est qu’en 2018 que la restauration complète put être enfin engagée. Le remontage des tuyaux, effectué en 2024, avait été entravé en 2020-2022 par le Covid et la restauration de la façade de la cathédrale.

 

            Ange musicien, à gauche, cl. Ph. Cachau                Ange musicien, à droite, cl. Ph. Cachau

 

On retrouvera l’historique complet de l’instrument dans mon ouvrage La cathédrale Saint-Louis de Versailles. Un grand chantier du règne de Louis XV, Paris, Somogy, 2009 (p.52-53, 87-88, 126-130), ainsi que sa composition complète (p.246-247), avec l’aimable et précieuse collaboration de Jean-Pierre Millioud, titulaire de l’orgue depuis quatre décennies.

Le 18 janvier, à 16h, verra une nouvelle bénédiction de l’instrument par Mgr Luc Crépy, évêque de Versailles. 

 

                                                                 Horloge, détail, cl. Ph. Cachau

 

Premier concert inaugural, le 19 janvier, 15h et le second, le 26 janvier, 15h.

Toutes les informations ici :

https://actu.fr/ile-de-france/versailles_78646/video-un-monstre-de-la-musique-est-de-retour-en-la-cathedrale-saint-louis-de-versailles_62115326.html

 

                                                             Le grand orgue et sa tribune, milieu XVIIIe, cl. Ph. Cachau                                             

La renaissance de la cathédrale de Versailles, Versailles +, n° 151, novembre 2022

Par Le 07/11/2022

À l’occasion de sa restauration et de l’exposition Louis XV actuellement au château, découvrez dans la revue Versailles + de novembre, mon article sur la cathédrale de Versailles, premier grand chantier religieux du Bien-Aimé.

Longtemps restée dans l’ombre de la chapelle royale et des grandes églises parisiennes du moment, Saint-Louis de Versailles constitue assurément un chef-d’œuvre de l’art religieux du XVIIIe siècle : parmi les plus éminents architectes, peintres, sculpteurs et ornemanistes d’alors collaborèrent à cet édifice et à sa Chapelle des Catéchismes (de la Providence aujourd'hui).

Un édifice conforme aux fastes d’Ancien Régime et à la notoriété de Versailles, capitale du royaume, que l’on peine à concevoir aujourd’hui.

Tous les souverains, de Louis XV à Napoléon III, en passant par Louis XVI, Louis XVIII ou Louis-Philippe, y laissèrent leur empreinte. Le pape Pie VII l’honora de sa visite en 1805.

L’occasion de rappeler aussi combien Versailles dispose d’une architecture religieuse importante : Notre-Dame, Saint-Symphorien, chapelles du Couvent de la Reine (Lycée Hoche) et de l’Hôpital royal (Richaud), toutes conçues et réalisées par d’éminents membres des Académies royales d’architecture, de peinture et sculpture.

Que cette publication soit donc l’occasion de rappeler l’intérêt majeur de l’architecture religieuse de la ville, souvent négligée médiatiquement au profit des réalisations du domaine royal.

Une occasion de beaux documentaires ou d’émissions à envisager pour une meilleure appréhension de leur histoire, leur architecture et des chefs-d’œuvre que ces édifices contiennent.

Sauf exception, les clichés sont de votre serviteur.

Bonne lecture.

 

Article Saint-Louis, Versailles +, novembre 2022Article Saint-Louis, novembre-2022, pdf

 

    Couverture Versailles +, novembre 2022               Eglise en restauration, septembre 2022, cl. Ph. Cachau

Restauration de la cathédrale Saint-Louis de Versailles 2021-2022

Par Le 04/04/2021

La cathédrale Saint-Louis de Versailles est l’un des édifices religieux majeurs du règne de Louis XV au même titre que les grandes églises parisiennes de la période1.

 

                                                                   La cathédrale Saint-Louis depuis le Potager du Roi, cl. Ph. Cachau

 

Cela faisait une vingtaine d’années que l’on n’était plus intervenu aussi massivement sur l’édifice : les dernières restaurations en la matière datent en effet du début des années 2000. Elles faisaient suite aux dégâts causées alors par la tempête de décembre 1999.

La présente campagne a pour objet :

1°) le ravalement de la façade principale et des deux tours latérales.

2°) la restauration des trois portes de la façade.

3°) la réfection du vitrail central en façade avec remplacement des fers dégradés de l'armature, des verres abimés et la consolidation des plombs.

4°) la révision générale de la couverture des tours latérales (ardoises, plombs et étanchéité au droit des corniches).

5°) la mise en place d’un dispositif destiné à protéger durablement la pierre des déjections des pigeons2.

On regrettera dans ce beau programme, l’absence de mise en dorure des plombs extérieurs (bulbes des tours latérales, flèche du dôme3 et couverture de la chapelle axiale de la Vierge), qui pourraient faire l’objet d’une prochaine campagne d’intervention. Ainsi réhabilités, ils feraient un bel écho aux plombs dorés de la chapelle royale récemment dégagés.

 

          Plombs des tours latérales autrefois dorés, cl. Ph. Cachau                  La chapelle royale de Versailles en 2021, cl. Ph. Cachau

 

On ne peut qu’encourager une telle initiative afin de redonner à la cathédrale de Versailles et, plus largement aux églises de la cité royale, leur splendeur primitive. Ceci contribuerait à leur réhabilitation dans l’esprit des visiteurs de la ville comme chez les historiens et historiens d’art.

Rappelons que Versailles était alors la capitale administrative de la France, pays le plus peuplé et le plus puissant d’Europe.

L’église Notre-Dame, église primitive de la cité nouvelle de Louis XIV, disposait aussi de plombs dorés comme rappelé dans mon ouvrage en 2009, d’après un dessin retrouvé aux Archives nationales4.

 

                                Plombs dorés des tours latérales de Notre-Dame de Versailles,  détail,  Jules Hardouin-Mansart (agence),1684, Archives nationales                         Plombs autrefois dorés de la flèche et de la chapelle de la Vierge, cl. Ph. Cachau

 

Les lys de France du blason royal ailé dans le fronton central devraient être aussi rétablis durant cette campagne à l’instar d’autres édifices de la ville (église Notre-Dame, Bibliothèque municipale, ex-ministère des Affaires étrangères), tels que visibles dans les blasons royaux de la place Vendôme à Paris.

 

        Jules Hardouin-Mansart, fronton de la place Vendôme, blason ailé à fleurs de lys, détail, cl. Ph. Cachau                    Notre-Dame de Versailles, tours et fronton aux armes royales, cl. Ph. Cachau

 

                                                  Fronton principal de Saint-Louis de Versailles, blason royal ailé avec lys de France disparus, cl. Ph. Cachau

 

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1.Voir mon ouvrage publié en 2009 aux éditions Somogy. Ce bel édifice ne suscite pas, curieusement, autant d’intérêt médiatique que le Potager du roi voisin. Il contient pourtant parmi les chefs-d’œuvre de la peinture des XVIIIe-XIXe siècles et abrite l’une des plus belles charpentes de France.

2.Précisions aimablement communiquées par la Conservation régionale des Monuments historiques d'Ile-de-France.

3.La dorure de la flèche fut timidement engagée au début des années 2000. Rappelons que, sous l’Ancien Régime, il n’était pas concevable de laisser ainsi le plomb apparent d’un édifice royal, surtout lorsque aussi visible depuis la terrasse de l’Orangerie du château. La remise en dorure des bulbes redonnerait à l'édifice tout le prestige qui lui fait actuellement défaut.

4.Réflexions engagées suite à mes échanges avec Gérald Van Der Kemp en 1991.

Louis-Philippe à Versailles, c'est aussi Trianon et la cathédrale Saint-Louis !

Par Le 25/11/2018

Le château de Versailles rend hommage, du 6 octobre 2018 au 3 février 2019, à Louis-Philippe, roi des Français, qui décida, en 1833, de consacrer l'endroit "À toutes les gloires de la France" par la création d’un grand musée de l’Histoire de France, depuis Clovis à 1830, date de son arrivée sur le trône.

Ce musée fut inauguré le 10 juin 1837 et ouvrit ses portes, le lendemain.

L’exposition, dont la commissaire est Valérie Bajou, était envisagée depuis une dizaine d’années au moins mais elle n’avait jamais pu voir le jour jusqu'ici.

 

                                                               Horace Vernet : Louis-Philippe et ses fils, Château de Versailles, 1846

 

Longtemps, en effet, depuis Pierre de Nolhac (1859-1936), conservateur du château de 1892 à 1919, le musée de l'Histoire de France de Versailles demeura honni de la conservation. Seul l’Ancien Régime retenait alors toute son attention.

Plus généralement, hormis, l’ère napoléonienne au Grand Trianon, le XIXe siècle demeurait proscrit, suivant le goût général en France au XXe siècle.

À partir des années 1970-80, les choses évoluèrent peu à peu, quand, suite à la loi programme de 1978, on décida de conserver le musée de Louis-Philippe dans les ailes nord et sud – emplacement d’anciens appartements princiers (aile sud) et courtisans (aile nord) – et de rétablir dans le corps central, l’état d'Ancien Régime, celui du 6 octobre 1789, départ de la cour.

Cette exposition permet de découvrir les superbes salles élaborées dans le goût du temps, à savoir celles des Croisades, sur Napoléon et de 1830, mais aussi, et surtout, les trois salles relatives à la conquête de l’Afrique du nord (Constantine, Smala et Maroc), confiées au grand peintre Horace Vernet (1789-1863). C’est en effet avec Louis-Philippe que s’ouvre l’ère coloniale de la France.

Demeurées inaccessibles depuis des lustres, ces salles - qui servirent tour à tour de réserves, puis de lieux d’exposition - sont enfin dévoliées dans leur état d'origine.

 

        Salle de Constantine, château de Versailles, 1842                      Salle de la Smala, château de Versailles, années 1840

 

Mais Louis-Philippe à Versailles, ce n’est pas que le château et son musée historique.

Lors de ses séjours dans la cité royale et comme Napoléon, le roi des Français logea au Grand Trianon dès 1833. Pour lui et sa nombreuse famille, il décida le réaménagement des lieux en 1835.

Il fit ainsi établir une chapelle dans l’aile de Trianon-sous-bois où sa fille Marie-Christine-Caroline-Adélaïde (1813-1839) épousa, en octobre 1837, le prince allemand Alexandre de Wurtemberg (1804-1881).

 

         Chapelle de Louis-Philippe au Grand Trianon, aile de Trianon-sous-bois, 1835-1838                        Achille Devéria : Assomption, chapelle du Grand Trianon, manufacture de Sèvres, 1838

 

Outre les appartements bien connus et encore visibles de la reine des Belges – sa fille Louise-Marie-Thérèse (1812-1850) – et le salon de famille, réalisé à l’emplacement de deux salons de Louis XIV, le roi des Français fit installer son appartement au bout de l’aile sud qui donnait sur les jardins et le Grand Canal, derrière l’ancienne salle du conseil de Louis XIV.

Il installa sa chambre, qui était aussi celle de Marie-Amélie – le roi et la reine couchaient bourgeoisement dans le même lit ! - dans celle de l'impératrice Marie-Louise au début du siècle. Le lit de Louis XVIII aux Tuileries fut installé là et agrandi pour l'occasion.

Les enfants du couple royal furent mis, quant à eux, dans la partie nord du Grand Trianon, ses cinq fils étant à Trianon-sous-Bois.

 

   Grand Trianon, salon de famille de Louis-Philippe                  Grand Trianon, chambre de Louise-Marie-Thérèse d'Orléans, reine des Belges

 

Depuis 2016, l'appartement de Louis-Philippe fait l’objet du rétablissement complet dans ce qui était, jusqu'alors, les appartements des hôtes de marque de la France. Appartement établis en 1966 à la demande du général de Gaulle à l'occasion de la restauration du palais.

Ce rétablissement de l'appartement Louis-Philippe est mené par le talentueux Jérémie Benoit, conservateur en chef en charge des Trianons, auquel on doit la superbe restauration, dans son état Empire, des intérieurs de la maison de la reine au hameau. Une restauration inaugurée en juin 2018.

M. Benoit a sorti des réserves tout le mobilier Louis-Philippe, entreposé là depuis l’ère de Pierre de Nolhac. Ces appartements pourront être découverts prochainement. Un pas de plus vers l’état XIXe du Grand Trianon.

Pendant ses séjours à Versailles, Louis-Philippe et sa famille venaient aux offices à la cathédrale Saint-Louis.

En octobre 1837, soit quelques mois après l’inauguration du musée historique du château, il assista au Te Deum donné suite à la prise de Constantine (Algérie), le 13 du mois.

Le début de son règne fut marqué par le rétablissement de la chapelle axiale de la Vierge : en 1835, on commanda à l’artiste tyrolien Dominique Malkenecht (1793-1876), dit aussi Molkenecht, une statue de la Vierge à l’enfant en marbre, présentée au Salon du Louvre en 1837.

L’artiste s’était distingué alors par une Assomption de la Vierge pour la cathédrale de Metz (1835-1836). La commande rendait hommage à la Vierge pour avoir protéger la cité royale de l’épidémie de choléra qui avait sévi à Paris et ses environs en 1831-1832.

                   

                                                          Cathédrale Saint-Louis, chapelle de la Vierge, années 1840

 

La réalisation de cette statue devait conduire au rétablissement complet de la chapelle dans les années 1840.

En 1843, Mgr Louis Blanquart de Bailleul, évêque de Versailles, décida la réfection de l’autel et fit disposer par la fabrique la balustrade de marbre rouge du Languedoc que l’on voit aujourd’hui. Marbres issus de la Petite Venise, près du Grand Canal, où se trouvaient différentes margelles des bassins du parc.

En 1847, la statue de Malkenecht, disposée jusqu’alors sur piédestal, fut enfin placée au-dessus de l’autel conformément au souhait des fidèles.

On réalisa, cette année-là, la gloire baroque ornée de têtes de chérubins. L’ensemble remplaçait le tableau de Hyacinthe Collin de Vermont, La présentation de la Vierge au Temple (1755), installée là depuis le milieu du XVIIIe siècle. Tableau qui est visible, aujourd'hui, dans une chapelle latérale de la nef.

 

                           Dominique Malkenecht, Vierge à l'enfant, cathédrale Saint-Louis, 1835-1837                        Achille Devéria : Assomption, chapelle de la Vierge, cathédrale Saint-Louis, manufacture de Sèvres,1847-1848

 

La restauration de la chapelle de la Vierge s’acheva par la réalisation des vitraux de l’Annonciation et de l’Assomption, confiés à Achille Devéria (1800-1857), célèbre peintre et lithographe de la période romantique que Louis-Philippe avait sollicité pour son musée historique et le vitrail de la chapelle du Grand Trianon.

Exécutés par la manufacture de Sèvres, ces superbes vitraux furent installés en juin 1848. Le roi des Français était alors déchu depuis la révolution survenue en février. En mars 1847, il avait offert sur sa liste civile, le vitrail de l’Assomption, en gage de bienfaisance à la Ville de Versailles.

Après la visite de l’exposition du château, pensez aussi à parachever votre périple par celle de ces deux sites emblématiques de la présence du roi des Français à Versailles.