Louis-Philippe
Amboise : le château XIXe oublié
Par
Philippe CACHAU
Le 18/06/2024
Le 15 juin 2024, a été inaugurée la chapelle Saint-Hubert du château d’Amboise, ouverte au public depuis le 1er juin.
Un chantier conséquent, de près de 3 ans, sous la houlette d’Étienne Barthélémy, architecte en chef des Monuments historiques, s’achève donc.
Lorsqu’en 2020, il me confia la réalisation de l’étude historique préalable, je fus stupéfait de constater combien on se méprenait sur la nature actuelle du château d’Amboise.
Le colloque tenu les 12-13 juin, intitulé "Architecture et décor", uniquement focalisé sur les XVe-XVIe siècles, le confirme : le XIXe siècle n’existe pas !
Premier grand de la Renaissance française, engagé par Charles VIII en 1492-1498 dans le contexte de la première guerre d’Italie (1494-1497), poursuivi par Louis XII et François Ier, ce château fut réduit à la portion congrue en 1806-1808 afin de former la Sénatorerie d’Orléans.
On conserva la célèbre façade sur la Loire et une partie en retour, actuelles ailes Charles VIII et Louis XII.
La chapelle privée ou oratoire du roi devint celle du château, suite à la disparition de la collégiale Saint-Florentin où fut inhumé Léonard de Vinci en 1419. Sépulture qu’on déplaça en conséquence dans la chapelle.
Le reste du site fut aménagé en jardin à l’anglaise par le célèbre architecte de Napoléon, Pierre-Léonard Fontaine (1752-1863), devenu celui de la famille d'Orléans.
Un aménagement qui fut poursuivi par Louis-Philippe, propriétaire d’Amboise depuis la mort de sa mère Louise-Marie-Adélaïde de Bourbon (1753-1821), duchesse d’Orléans, en 1821. On lui doit le classement du château en 1840.
De 1832 à 1848, puis de 1872 à 1925, la famille d’Orléans s’attacha à la restauration et à la mise au goût du jour du site dans l’esprit gothico-renaissant du moment sous la houlette des architectes Ruprich-Robert père et fils.
Cette négligence dans l’approche d’Amboise est observable dans les travaux de Lucie Gaugain, auteure d’une thèse soutenue en 2011 à l’Université de Tours, publiée en 2014. Le XIXe siècle fut survolé au point que je pus identifier l’auteur du grand relief du portail de la chapelle figurant l’Adoration de la Vierge par Charles VIII et Anne de Bretagne, daté de 1879-1880 et rendu au sculpteur Eugène Legrain (1837-1915), artiste oublié aujourd’hui mais réputé en son temps.
Le XIXe siècle est en effet riche d’enseignements sur la nature des opérations effectuées sur le château à ce moment non négligeable de son histoire. Étude qui doit être reprise dans le fond de la Maison de France conservé aux Archives Nationales pour une meilleure compréhension des modifications et des aménagements effectués.
C’est cette même négligence du XIXe siècle qui amena en 1994-1995 au rétablissement de la montée du château dans son état d’origine, actuelle montée Abd-el-Kader, et à défaire la montée douce paysagère aménagée par Louis-Philippe, côté ville.
Une montée arborée qui aurait été bien appréciable aujourd’hui pour les personnes à mobilité réduite et les visiteurs en général en ces périodes de changement climatique.
Le jardin à l’anglaise XIXe fut pareillement démantelé peu à peu par l’abattage progressif des arbres et le réaménagement contemporain opéré dans les années 2000-2010.
Mon propos soutient donc un retour progressif à l’état XIXe, celui de la restauration de la chapelle Saint-Hubert et des aménagements des ailes Charles VIII et Louis XII par la famille d'Orléans, dans un souci de cohérence et de meilleure appréhension de l’évolution de ce site majeur du Val-de-Loire, inscrit Unesco depuis 2000.
Louis-Philippe à Versailles, c'est aussi Trianon et la cathédrale Saint-Louis !
Par
Philippe CACHAU
Le 25/11/2018
Le château de Versailles rend hommage, du 6 octobre 2018 au 3 février 2019, à Louis-Philippe, roi des Français, qui décida, en 1833, de consacrer l'endroit "À toutes les gloires de la France" par la création d’un grand musée de l’Histoire de France, depuis Clovis à 1830, date de son arrivée sur le trône.
Ce musée fut inauguré le 10 juin 1837 et ouvrit ses portes, le lendemain.
L’exposition, dont la commissaire est Valérie Bajou, était envisagée depuis une dizaine d’années au moins mais elle n’avait jamais pu voir le jour jusqu'ici.
Longtemps, en effet, depuis Pierre de Nolhac (1859-1936), conservateur du château de 1892 à 1919, le musée de l'Histoire de France de Versailles demeura honni de la conservation. Seul l’Ancien Régime retenait alors toute son attention.
Plus généralement, hormis, l’ère napoléonienne au Grand Trianon, le XIXe siècle demeurait proscrit, suivant le goût général en France au XXe siècle.
À partir des années 1970-80, les choses évoluèrent peu à peu, quand, suite à la loi programme de 1978, on décida de conserver le musée de Louis-Philippe dans les ailes nord et sud – emplacement d’anciens appartements princiers (aile sud) et courtisans (aile nord) – et de rétablir dans le corps central, l’état d'Ancien Régime, celui du 6 octobre 1789, départ de la cour.
Cette exposition permet de découvrir les superbes salles élaborées dans le goût du temps, à savoir celles des Croisades, sur Napoléon et de 1830, mais aussi, et surtout, les trois salles relatives à la conquête de l’Afrique du nord (Constantine, Smala et Maroc), confiées au grand peintre Horace Vernet (1789-1863). C’est en effet avec Louis-Philippe que s’ouvre l’ère coloniale de la France.
Demeurées inaccessibles depuis des lustres, ces salles - qui servirent tour à tour de réserves, puis de lieux d’exposition - sont enfin dévoliées dans leur état d'origine.
Mais Louis-Philippe à Versailles, ce n’est pas que le château et son musée historique.
Lors de ses séjours dans la cité royale et comme Napoléon, le roi des Français logea au Grand Trianon dès 1833. Pour lui et sa nombreuse famille, il décida le réaménagement des lieux en 1835.
Il fit ainsi établir une chapelle dans l’aile de Trianon-sous-bois où sa fille Marie-Christine-Caroline-Adélaïde (1813-1839) épousa, en octobre 1837, le prince allemand Alexandre de Wurtemberg (1804-1881).
Outre les appartements bien connus et encore visibles de la reine des Belges – sa fille Louise-Marie-Thérèse (1812-1850) – et le salon de famille, réalisé à l’emplacement de deux salons de Louis XIV, le roi des Français fit installer son appartement au bout de l’aile sud qui donnait sur les jardins et le Grand Canal, derrière l’ancienne salle du conseil de Louis XIV.
Il installa sa chambre, qui était aussi celle de Marie-Amélie – le roi et la reine couchaient bourgeoisement dans le même lit ! - dans celle de l'impératrice Marie-Louise au début du siècle. Le lit de Louis XVIII aux Tuileries fut installé là et agrandi pour l'occasion.
Les enfants du couple royal furent mis, quant à eux, dans la partie nord du Grand Trianon, ses cinq fils étant à Trianon-sous-Bois.
Depuis 2016, l'appartement de Louis-Philippe fait l’objet du rétablissement complet dans ce qui était, jusqu'alors, les appartements des hôtes de marque de la France. Appartement établis en 1966 à la demande du général de Gaulle à l'occasion de la restauration du palais.
Ce rétablissement de l'appartement Louis-Philippe est mené par le talentueux Jérémie Benoit, conservateur en chef en charge des Trianons, auquel on doit la superbe restauration, dans son état Empire, des intérieurs de la maison de la reine au hameau. Une restauration inaugurée en juin 2018.
M. Benoit a sorti des réserves tout le mobilier Louis-Philippe, entreposé là depuis l’ère de Pierre de Nolhac. Ces appartements pourront être découverts prochainement. Un pas de plus vers l’état XIXe du Grand Trianon.
Pendant ses séjours à Versailles, Louis-Philippe et sa famille venaient aux offices à la cathédrale Saint-Louis.
En octobre 1837, soit quelques mois après l’inauguration du musée historique du château, il assista au Te Deum donné suite à la prise de Constantine (Algérie), le 13 du mois.
Le début de son règne fut marqué par le rétablissement de la chapelle axiale de la Vierge : en 1835, on commanda à l’artiste tyrolien Dominique Malkenecht (1793-1876), dit aussi Molkenecht, une statue de la Vierge à l’enfant en marbre, présentée au Salon du Louvre en 1837.
L’artiste s’était distingué alors par une Assomption de la Vierge pour la cathédrale de Metz (1835-1836). La commande rendait hommage à la Vierge pour avoir protéger la cité royale de l’épidémie de choléra qui avait sévi à Paris et ses environs en 1831-1832.
La réalisation de cette statue devait conduire au rétablissement complet de la chapelle dans les années 1840.
En 1843, Mgr Louis Blanquart de Bailleul, évêque de Versailles, décida la réfection de l’autel et fit disposer par la fabrique la balustrade de marbre rouge du Languedoc que l’on voit aujourd’hui. Marbres issus de la Petite Venise, près du Grand Canal, où se trouvaient différentes margelles des bassins du parc.
En 1847, la statue de Malkenecht, disposée jusqu’alors sur piédestal, fut enfin placée au-dessus de l’autel conformément au souhait des fidèles.
On réalisa, cette année-là, la gloire baroque ornée de têtes de chérubins. L’ensemble remplaçait le tableau de Hyacinthe Collin de Vermont, La présentation de la Vierge au Temple (1755), installée là depuis le milieu du XVIIIe siècle. Tableau qui est visible, aujourd'hui, dans une chapelle latérale de la nef.
La restauration de la chapelle de la Vierge s’acheva par la réalisation des vitraux de l’Annonciation et de l’Assomption, confiés à Achille Devéria (1800-1857), célèbre peintre et lithographe de la période romantique que Louis-Philippe avait sollicité pour son musée historique et le vitrail de la chapelle du Grand Trianon.
Exécutés par la manufacture de Sèvres, ces superbes vitraux furent installés en juin 1848. Le roi des Français était alors déchu depuis la révolution survenue en février. En mars 1847, il avait offert sur sa liste civile, le vitrail de l’Assomption, en gage de bienfaisance à la Ville de Versailles.
Après la visite de l’exposition du château, pensez aussi à parachever votre périple par celle de ces deux sites emblématiques de la présence du roi des Français à Versailles.



















