Billets de philippecachau

Art religieux du XVIIIe siècle : Quand Paris rivalisait avec Rome

Lorsque nous publions en 2009, avec Xavier Salmon, actuel directeur du cabinet des dessins du Louvre, notre ouvrage sur la cathédrale Saint-Louis de Versailles (éd. Somogy), bien peu d’historiens de l’art s’intéressaient à l’art religieux du siècle des Lumières. Les thématiques récurrentes jusqu’alors étaient le château, l’hôtel particulier, l’urbanisme des villes et les jardins*.

 

                   Affiche de l'exposition (cl. Ph. Cachau)                     Jean Restout, La naissance de la Vierge, 1744 (cl. Ph. Cachau)

 

Si l’on traitait d’art religieux, il s’agissait le plus souvent de la seconde moitié du XVIIIe siècle à travers le néo-classicisme, le plus connu dans les ouvrages d’histoire de l’art. L’art rocaille, celui de la première moitié du siècle, n’était évoqué qu’à travers les arts décoratifs, la peinture ou la sculpture. L’architecture religieuse de la période était considérée alors − à tort − comme la continuation de celle du XVIIe baroque, faisant fi de la persistance d'une certaine tradition gothique, en plan comme en élévation, et des influences non négligeables d'un Francesco Borromini, notamment, dans les églises parisiennes, si prisées des architectes rocailles. C’est précisément cette lacune dans la connaissance de l’architecture française d’alors que nous avions tenu à corriger dans notre ouvrage, qui a fait des émules depuis (voir plus bas). Le commentaire flatteur de Françoise Hamon, ex-conservatrice à l'Inventaire et enseignante à Paris IV, dans le Bulletin Monumental en 2011, participa, semble-t-il, à la prise de conscience.

 

          Seconde salle de l'exposition (cl. Ph. Cachau)              Simon Julien, Le martyr de saint Hippolyte, 1762 (cl. Ph. Cachau)

 

C’est avec grand plaisir que l’on peut constater, depuis le début de notre décennie, un regain d’intérêt pour l’art religieux du XVIIIe siècle. À Paris, cet intérêt fut marqué, notamment, par la naissance de la Fondation Avenir du Patrimoine à Paris, en octobre 2013, qui « a pour ambition de redonner aux églises de Paris la splendeur qu’elles méritent » (sic).

L’abandon, par l’équipe Delanoë, de l’ambitieux programme de restauration des églises de Paris, entamé dans les années 1990 par Jacques Chirac et poursuivi par Jean Tiberi, pouvait faire craindre le pire pour son splendide patrimoine religieux. La préface du catalogue de l’exposition du Petit Palais par Anne Hidalgo permet de mesurer l’ignorance de certains politiques devant la richesse du patrimoine de la capitale.

 

          Vue du flanc gauche de la seconde salle de l'exposition (cl. Ph. Cachau)              Restitution de la chapelle des Enfants trouvés, 1746-1750 (cl. Ph. Cachau)

 

Jouvenet, Restout, Deshays, Hallé, Pierre, Natoire, Largillère et autres grands maîtres de la peinture française du XVIIIe siècle sont de superbes inconnus pour vous : courrez donc voir la superbe exposition actuellement en cours au Petit Palais jusqu'au 16 juillet**. Didier Rykner avait attiré l’attention de ses lecteurs sur cette exposition remarquable (son billet du 9 mai 2017) et elle l’est assurément.

On est en effet stupéfait par la scénographie qui restitue des intérieurs d’églises parisiennes du XVIIIe. Le point d’orgue demeure assurément la restitution du fameux décor en trompe l’œil de la chapelle des Enfants trouvés, autrefois sur le parvis Notre-Dame, par les Brunetti père et fils, avec les tableaux conçus par Charles Natoire. Cet ensemble, réalisé entre 1746 et 1750, mêlait habilement décor italien à fresque (une crèche en ruine) avec toiles dans le goût français d’alors.

La qualité des œuvres exposées permet de mesurer combien Paris était parvenu à rivaliser alors avec Rome dans le domaine religieux. Qu’il s’agisse d’architecture, de décoration, de peinture ou de sculpture, les artistes français ou étrangers (Servandoni, Meissonnier, les Brunetti…) s’étaient surpassés pour faire de la capitale française un modèle du genre, là comme ailleurs. Paris n’avait pas attendu les XIXe et XXe siècles pour être la capitale des arts ! Les pillages de la Révolution et de la Commune,  le vide des églises causé par la loi de 1905 et le concile de Vatican II dans les années 1960, vont dénaturer profondément ces lieux emblématiques d’une France qui se voulait encore la fille aînée de l’Eglise. Il suffit, pour s’en convaincre, de comparer les intérieurs des églises au XIXe siècle avec celles d’aujourd’hui, à Paris comme en France.

 

          Louis-Jacques Durameau, La Mort et la Terre, la France et l'Europe, 1781 (cl. Ph. Cachau)              Dernière salle de l'exposition, période néo-classique (cl. Ph. Cachau)

 

On ne peut donc que féliciter le directeur actuel du Petit Palais et la conservation du musée de rappeler aux Parisiens, mais aussi aux touristes présents dans la capitale, la splendeur des églises de Paris au XVIIIe siècle, si amplement méconnue. Outre la peinture, l'exposition s'attache aussi aux qualités de metteur en scène de certains peintres (projet de Durameau pour le catafalque de l'impératrice-reine Marie-Thérèse d'Autriche à Notre-Dame) ou d'ornemaniste de certains architectes (pique-cierge de Soufflot pour Sainte-Geneviève).

Cette exposition fait écho à la publication, en novembre dernier, par les éditions Picard, d’un remarquable ouvrage sur les églises et ensembles conventuels de Paris aux XVIIe-XVIIIe siècles sous la direction de Mathieu Lours, professeur à l’université de Cergy-Pontoise***. Cet ouvrage offre le panorama complet, revu et corrigé, de l’architecture religieuse de cette époque à Paris qui manquait tant.

 

                 Jacques-Germain Soufflot, Pique-cierge pour l'autel de Sainte-Geneviève de Paris, fin XVIIIe (cl. Ph. Cachau)                   Paris et ses eglises, du Grand Siècle aux Lumières

 

*Cf. Mathieu Lours : Les cathédrales de France du Concile de Trente à la Révolution : mutation d’un espace sacré, thèse d’histoire de l’art soutenue à Paris I en 2006 sous la direction de Nicole Lemaître. Le thème n'est pas évoqué dans Les arts réunis. Mélanges offerts à Daniel Rabreau, Paris, 2017.

**Exposition Le baroque des Lumières. Chefs-d’œuvre des églises parisiennes au XVIIIe siècle, Petit Palais, 21 mars-16 juillet 2017.

***Paris et ses églises du Grand Siècle au Lumières, éd. Picard, Paris, 2016.

Le site des Amis de Paul-César Helleu

Fabuleux peintre de la société de la Belle Epoque, découvrez l'oeuvre de Paul-César Helleu (1859-1927) sur le site des Amis, revu et corrigé :

http://www.helleu.org

 

        Paul-César Helleu : Portrait de femme, pastel

Articles 2016-2017 à découvrir

L'année 2017 est marquée par un nombre non négligeable (8 au total) de publications scientifiques et grand public que nous vous invitons à découvrir. Les voici :

-"De Jules Hardouin-Mansart à Jacques Hardouin-Mansart de Lévy : Les Mansart, une dynastie en Bourbonnais", Bulletin de la Société d'Emulation du Bourbonnais, tome 78, 4e trimestre 2017, décembre 2017, p. 558-567..

-"Le mécénat du marquis de Voyer aux château et aux haras d'Asnières-sur-Seine : enjeux politiques et culturels (1750-1755)", Bulletin de la Société de l'Histoire de l'Art français, 2013 (2014), p. 139-171 (parution début 2017).

-"Les Mansart. Une grande dynastie d'architectes", Bulletin de la Société des Amis du château de Maisons, n° 11, 2016, p. 5-26.

- "L'entrepôt général d'Asnières ou les beaux haras oubliés du marquis de Voyer", Revue des Amis du Cadre noir de Saumur, n° 89, 2016 (article en ligne complet, janvier 2017).    

-"Solférino. Napoléon III à la conquête de l'ouest", Le Festin, n° 100, hiver 2017, p. 48-53 (parution décembre 2016).

-"L'église des Carmes-Billettes : une église d'après Jacques Hardouin-Mansart de Sagonne (1744-1758)", Bulletin de la société de l'Histoire de Paris et de l'Ile-de-France, année 2014, décembre 2016, p. 95-106 (version complète en ligne, février 2016).

-"Le fabuleux ensemble de M. Boutin, rue de Richelieu, 1738-1740", Bulletin de la Société d'histoire et d'archéologie des Ier et IIe arrondissements de Paris, n° 7, février 2017, p. 7-9 (version complète en ligne, avril 2016).

 

-"François Hugunény, premier maire de Beaumont-de-Lomagne et parent des Mansart", Les Cachiers de la Lomagne, n° 21, année 2015 (parution mars 2017).

Le Festin, n° 100. Les utopies en Nouvelle Aquitaine à l'honneur

Le Festin, la grande revue du patrimoine en Nouvelle Aquitaine, célèbre son n° 100 à travers diverses réalisations utopiques de la région. Découvrez notamment le bourg de Napoléon III à Solférino (Landes), vaste projet de colonie dans les landes arides de Gascogne, qui marque la naissance de la forêt landaise.

Bruno Ledoux, propriétaire du domaine d'Ilbarritz à Bidart (Pyrénées Atlantiques), fameux domaine fantasmagorique du baron Albert de L'Espée, est l'invité d'honneur de ce numéro.

Parution : 9 décembre 2016.

 http://www.lefestin.net/le-festin-100

Dp lf100dp-lf100.pdf

   Eglise Sainte-Eugenie, Solférino, Landes (cl. Ph. Cachau)

Retour des Blin de Fontenay de Caen à Trianon, septembre 2016

En septembre dernier, le salon de compagnie de l’Empereur au Grand Trianon a vu le retour de deux œuvres de Jean Belin, dit Blin de Fontenay (1653-1715). Conservées au musée des Beaux-Arts de Caen, ville dont l’artiste était originaire, ces œuvres font partie des derniers tableaux, saisis à la Révolution et dispersés dans les musées de province sous le Premier Empire, à n’être pas revenus lors de la restauration du palais par le général De Gaulle en 1963-1966.

Cette remise en place a pu se faire grâce au signalement que nous avions donné à la conservation du château de Versailles en 2011, après une visite du musée de Caen. Connaissant parfaitement ce salon pour avoir vu restituer, en 1985-1986, le mur à pans concaves au fond – la pièce était alors au carré – et ses boiseries par Pierre Lemoine, conservateur en chef des châteaux de Versailles et de Trianon à cette époque, nous avions souvenir de l’aspect des dessus-de-porte qui s’y trouvaient et qui étaient toujours manquants. 

                                Blin de Fontenay, Fleurs, Trianon, fin XVIIe                   Blin de Fontenay, Fleurs, Trianon, fin XVIIe                           

Cette remise en place nous est d’autant plus sensible qu’elle vient parachever le travail d’identification des toiles du Grand Trianon conduit dans les années 1960 par Antoine Schnapper (1933-2004), grand professeur d’histoire de l’art à Paris-IV, et qui donna lieu à son fameux ouvrage Tableaux pour le Trianon de marbre 1688-1714, publié à Paris et La Haye en 1967. Professeur dont je fus l’élève de 1987 à 1989. Il évoqua souvent, dans ses cours sur Louis XIV et la peinture à l’Institut d’histoire de l’art, rue Michelet, à Paris, ses recherches, ainsi que les déboires de la restauration de certaines toiles avec des méthodes américaines voulues par Gérald Van Der Kemp (son épouse était américaine, ndlr).

On rappellera que Blin de Fontenay, spécialiste français de la peinture de fleurs à l’instar des peintres flamands ou hollandais, s’était vu commander la plupart des dessus-de-porte, de cheminée et de glace sur ce thème. Louis XIV avait souhaité dédier, en effet, son nouveau palais de marbre, et sa résidence familiale (ndlr), à la déesse Flore.

                                                             Trianon, salon de compagnie de l'Empereur, vue des tableaux en place                                                           

Conçu par Jules Hardouin-Mansart en 1687-1688, le Grand Trianon est aussi un lieu qui nous est cher pour y avoir travaillé plusieurs mois dans les années 1980 alors que nous entamions nous études en histoire de l’art. Rappelons que le palais servit de modèle à l’une des grandes réalisations de Jacques Hardouin-Mansart de Sagonne en Allemagne, la seule effective des Mansart à l’étranger, le château de Jägersburg (1752-1756).

Avec la remise en place de ces toiles, c’est donc la restitution des décors peints du Grand Trianon, entamée il y a 50 ans, qui s’achève ici.

                                                                 Vue du salon de l'Empereur avec ses nouveaux rideaux